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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 00:06

On pourrait résumer Les Ephémères par l’expression « Il y a des jours comme ça », commentaire d’une mère de famille qui vient de se couper le doigt, des jours où rien ne se passe comme on l’a prévu. Son fils est en retard pour le rituel du jeudi, elle l’attend, dans son petit salon bourgeois, ses deux enfants et son gendre auprès d’elle. Jacques n’est pas là, ce n’est pas normal, elle s’irrite. Parce qu’elle a compris, les mots jaillissent : « Je ne l’accepte pas ! ». Il y a aussi comme des instants de grâce, une rencontre improbable, une amitié inespérée, la réussite à un concours, la naissance d’un enfant, qui permettent les espoirs les plus tendres et les plus fous. Il y a des jours où l’on est tous égaux devant le destin, l’imprévu, la violence, la réalité de l’extrême fragilité de la vie. Ces jours-là de chacun sont filés, ou coupés, par la main d’une Parque capricieuse, s’enchevêtrent, un moment, croisent la trame du passé, et forment le canevas des Ephémères, un autre mot pour la toile du temps. Le temps de deux recueils, vingt-neuf épisodes, le fil s’allonge, ou se rompt.

Une jeune femme fait le deuil de sa mère. Elle vend la maison maternelle à un père, fou de bonheur et de projets, que l’on retrouvera, quelques années après, séparé de sa femme, lui disputant la garde de leur fille.  La jeune femme fouille dans les mémoires du passé, croise le destin de ses grands parents, arrêtés puis déportés pendant la seconde guerre mondiale, rencontre celle qui a élevé et sauvé sa mère. Elle se rend en Bretagne pour la retrouver. Le jeune père noie son chagrin dans un bar. Il est tard, on le sert quand même. Cette serveuse triste qu’il regarde à peine a été une petite fille, comme la sienne. Il ne peut imaginer les souffrances qu’elle-même a traversées. Une douzaine d’histoires se font et s’entrecroisent. Rien à priori n’a décidé de ces chevauchements, ni l’âge, ni le sexe, ni le statut social, ni les projets personnels des personnages. Peu importent ces critères : ces personnages nous ressemblent et ils parlent de nous.

Ils évoquent ces questions qui restent sans réponse, ces émotions parfois trop douloureuses pour être exprimées. Comment dire le deuil d’un fils, le deuil d’une mère, la souffrance de la vieillesse, la violence conjugale, le racisme, la cruauté de la désillusion ? Comment donner un sens à toutes ces questions qui nous dépassent ? Ariane Mnouchkine ne prétend pas y répondre. Elle reformule simplement ces questions pour nous. La mise en scène et l’accompagnement musical de Jean-Jacques Lemêtre créent une atmosphère à la fois intime  et distanciée, qui nous permet de voir et d’entendre ce qui se refuse à l’entendement. Chacun des vingt-neuf épisodes (en deux parties de trois heures environ), prend place sur un plateau à roulettes, poussé au centre de la scène, par des comédiens vêtus de sombre, qui nous donnent à voir, dans un mouvement rotatif, tous les angles du dispositif scénique. Chaque plateau et chaque épisode nous plonge dans un décor simple et familier : une cuisine, un salon, une salle à manger, une chambre, un petit jardin ou une plage. Tout se passe dans un rythme qui nous fait prendre la mesure du temps, soutenu par les voix et les accords de musique. Nous sommes immergés dans cette dimension indéfinissable, où rien ne nous a jamais semblé plus vrai. La troupe d’Ariane Mnouchkine rend compte, une fois de plus, à un public bouleversé, de sa remarquable intelligence du théâtre.

A noter…

Les Ephémères, d’Ariane Mnouchkine
Après son succès parisien la pièce revient à Saint Etienne, à l’occasion de la célébration des 50 ans de la Comédie fondée par Jean Dasté, du 22 mai au 8 juin 2008.

Palais des Spectacles
Parc des expositions
Boulevard Jules Janin
42000 Saint-Etienne

Durée: 3 h 15 chaque partie / 7 h 30 en intégrale

Mai
jeudi 22 à 20 h: 1re partie
vendredi 23 à 20 h: 2e partie
samedi 24 à 13 h: intégrale
dimanche 25 à 13 h: intégrale
mercredi 28 à 20 h: 1re partie
jeudi 29 à 20 h 2e: partie
vendredi 30 à 20 h: 1re partie
samedi 31 à 13 h: intégrale

Juin
dimanche 1er à 13 h: intégrale
mercredi 4 à 20 h: 2e partie
jeudi 5 à 20 h:1re  partie
vendredi 6 à 20 h: 2e partie
samedi 7 à 13 h: intégrale
dimanche 8 à 13 h: intégrale



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Published by Paola de Rohan-Csermak - dans Théâtre
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