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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 00:00

Dans son dernier ouvrage, Henri Pons dénonce les blessures de l’enfance et avec elles les vices culturels qui les perpétuent. Accessible à tous, le livre est loin d’être un manuel scientifique : vingt-huit « anonymes » ont accepté de publier leurs « lettres ouvertes », des mots durs et sincères destinés à leurs parents. Une méthode… pas très catholique pour un ouvrage… pas très psychanalytique ? Réponses d’Henri Pons.



Culturecie : Selon votre dernier ouvrage, la répétition des blessures de l’enfance de génération en génération n'est plus inéluctable : en soignant ces blessures, il serait possible de ne plus les transmettre à nos enfants. Cette idée paraît un peu utopique : comment pourrait-on y parvenir ?

Je dirais qu’il faut d’abord prendre nos responsabilité, tout simplement, en commençant par critiquer utilement les idées reçues qui nous maintiennent dans l'erreur : dans notre culture, bon nombre de convictions ancrées mènent au pire. Dans les sciences humaines par exemple, on trouve des dogmes, comme dans la religion : la psychanalyse a érigé le dogme de « l'enfant pervers polymorphe ». Il est faux. L'enfant ne naît pas pervers, mais peut le devenir par la faute de parents toxiques, indélicats, ou tout simplement maladroits, malheureux ou mal informés. Dans notre culture, les idées reçues sont nombreuses et bien ancrées : prenons le cinquième commandement de la Bible par exemple, ou le troisième commandement de l'église catholique. Ce dernier fait obligation d'honorer nos parents ! Ce genre de commandements leur confèrent un brevet d'irresponsabilité et, du même coup, nous aliènent dans un statut de victimes. Depuis la nuit des temps, et aujourd'hui encore, l'honorabilité inconditionnelle des parents occulte les blessures de l'enfance : « Moïse sauvé des eaux » cache l'enfant largué sur le Nil par sa mère. De la même manière, Mazarine Pingeot, dont l'existence fut cachée malgré le scandale des écoutes de l'Élysée dont le contribuable fit les frais, a été révélée comme le fruit d'une belle histoire d'amour. Elle cache en réalité la violence inouïe de son père à son encontre : il lui imposa dix ans d’illégitimité et vingt ans d’interdiction d'exister au grand jour !

Comme bon nombre d’intellectuels et de « psys », vous dénoncez les méfaits des commandements religieux, mais votre critique met également en cause la psychanalyse freudienne, à l’image des défenseurs de la « gestalt », comme Alice Miller…

En effet, comme c’est surtout sous l'angle de la responsabilité des parents (et non de leur culpabilité) que j'ai orienté mon livre, ceci m'a amené à une critique de la psychanalyse dans la mesure où elle ignore les blessures des enfants en reprenant l'erreur de Freud qu'Alice Miller a bien dénoncée : son trop fameux « enfant pervers polymorphe » rejoint finalement le christianisme qui dit « tes père et mère tu honoreras ».
En ce qui concerne la psychanalyse, il est vrai que je peux être sceptique : prenons l'expression « être en analyse » par exemple. Cette expression est utilisée comme synonyme de « être en traitement ». C'est bien là qu'est le problème. Les psychanalystes eux-mêmes reconnaissent que la psychanalyse n'est pas là pour soigner. Le livre noir de la psychanalyse a dénoncé ces erreurs. Un chapitre donne la parole aux victimes de la psychanalyse et j'ai été frappé de voir que dans la polémique qui a suivi, aucune des critiques n’a parlé de ces victimes qui ont été pourtant si maltraitées. Comme tous les thérapeutes, j'en ai connus, et même parmi mes proches. Il est temps de faire savoir qu'il existe d'autres moyens de soigner ces blessures. Bien sûr, comme dans toutes les questions où le pouvoir est à la clé, les psychanalystes ne désarmeront pas de sitôt. Il n’est que de voir comment Jacques Alain Miller, qui s'intitule lui-même pompeusement « gendre de Lacan pour l'éternité », traite avec condescendance ceux qui ont osé le critiquer comme les auteurs d'un crime de lèse-majesté auxquels il veut bien « remettre leurs péchés ». Ces excès et ces querelles de clocher n'enlèvent pas une once de souffrance aux blessés de l'enfance !

Finalement, votre ouvrage peut être défini comme une lutte contre les abus de pouvoir, qu’il s’agisse des parents, de la religion ou de la psychanalyse freudienne…

Oui, en quelque sorte. À propos de pouvoir et d’abus de pouvoir des adultes, je cite l'exemple du père de Mazarine Pingeot qui lui a infligé seize ans de vie clandestine. C'est beaucoup, mais personne n'a osé l'en blâmer. Mazarine n'a eu que la possibilité d'écrire « Bouche cousue » pour se soulager. Après avoir consacré trente ans de ma vie aux plus défavorisés dans les hôpitaux psychiatriques et les prisons, plutôt que de rester impuissant devant le naufrage de la psychiatrie, bien étudié dans le livre de Sophie Dufau, j'ai écrit ce livre en espérant être utile à ceux qui ont été blessés dans leur enfance afin qu'ils y trouvent remède et qu'ils évitent, autant que faire se peut, de commettre les mêmes erreurs avec leurs enfants.

En lisant quelques extraits de vos « lettres ouvertes », on est surpris par la simplicité des propos des participants, par certaines maladresses avec le Français aussi. Est-ce le signe d’une volonté d’authenticité de votre part, souhaitiez-vous restituer le plus fidèlement possible les lettres de vos « anonymes » ?

J’ai éliminé les fautes d’orthographe, évidemment, même si l’orthographe est aujourd'hui très négligée. À ce sujet, je me souviens en particulier d'une très longue lettre dans laquelle manquaient tous les accents sur les « à », alors que l'auteur en mettait un au verbe avoir… Mais ces corrections sont très délicates : j'ai eu beaucoup de difficultés avec les fautes de français de certains de mes anonymes qui tenaient absolument à telle ou telle tournure de phrase, grammaticalement peu orthodoxe, mais qui traduisait mieux, selon eux, leur état émotionnel. J'ai cédé devant cet argument puisque, comme vous l'avez sans doute vu, ce qui fait l'originalité et la force de ces lettres réside dans leur impact émotionnel. Il en a été de même pour celles qui sont présentées sous forme de poèmes.

Votre objectif était-il avant tout de rendre accessible au plus grand nombre cette problématique des « blessures de l’enfance » ?

En effet, ce n'est pas sous un angle professoral que j'ai conçu mon livre. Il y en a déjà beaucoup de ce genre. J'ai choisi une forme accessible au plus grand nombre, faisant plus appel au bon sens qu'au savoir, au coeur plus qu'à la tête. C'est ce que j'ai appris en Gestalt, méthode à laquelle très peu de psychiatres sont formés tant la psychanalyse a été dominante ces dernières années. La Gestalt privilégie l'émotion. Les lettres ouvertes de mes anonymes à leurs parents parlent d’elles mêmes. Elles n'ont pas besoin d'interprétation. Elles lèvent le non-dit, toujours toxique, et c'est en cela qu'elles ont valeur thérapeutique. Leur lecture peut inciter ceux qui ne l'ont pas fait à sortir du non-dit. J'espère qu'une prise de conscience en résultera : non, les parents n'ont pas toujours raison, non les parents ne savent pas toujours ce qui est bon pour leurs enfants.
Mais si je n’ai pas modifié les lettres des anonymes, c’est aussi pour d’autres raisons : il est bien évident qu'en thérapie, ces lettres peuvent être travaillées, mais elles ne peuvent être modifiées que par l'intéressé lui-même, ce qui arrive d'ailleurs fréquemment en cours de thérapie. Elles ont valeur et sens à un instant précis de l'histoire de leur auteur par rapport à un parent ou aux parents. Dans mon livre, je ne pouvais écrire aucun commentaire après chaque lettre sans agresser gravement leur auteur, celui-ci n’ayant pas le droit de réponse.

Extraits choisis…

"Un souvenir de mes vingt ans chante encore en ma mémoire, lumineux, bien que vieux de plus d'un demi-siècle. Simple instantané de la vie de tous les jours, anodin en apparence, il porte cependant une idée-force de ce livre. À cette époque, pour accéder aux études de médecine, il fallait obtenir un certificat de physique, chimie et biologie. Ces études me passionnaient si peu que j'avais raté les épreuves de l'année précédente. Je m'ennuyais ferme sur mes cours, et, un jour, n’en pouvant plus, je décidai d'aller prendre l'air : je vis un père se promenant avec son fils âgé de trois ans environ, s'arrêter et s'accroupir face à lui pour l’écouter. Cette scène de la vie ordinaire, beaucoup plus éloquente pour moi que le certificat en question qui ne me servit jamais à rien, m'a instantanément frappé : POUR ECOUTER LEURS ENFANTS, LES PARENTS SONT OBLIGES DE SE METTRE A LEUR PORTEE." (Avant propos)

Récente est la conscience collective de la fragilité de l’enfant et de l’importance de ses relations parentales pour son avenir. Il y a peu de temps, on se contentait de dire que le petit de l’homme est le plus fragile de la nature, simple constat qui ne portait remède en aucune façon à la-dite fragilité. Puis on a découvert que son système nerveux n’est pas achevé à sa naissance. Puis que le nourrisson ne se contentait pas de lait mais qu’il lui fallait aussi de l’amour. La France s’enorgueillit d’être, depuis 1789, la patrie de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mais les femmes ont attendu 1944 pour avoir le droit de voter, et, incroyable mais vrai, ce n’est que le 12 août 2000 que l’ONU, dans sa commission des droits de l’enfant, dénoncera les tortures encore couramment pratiquées. Et le droit des enfants ?
Les maltraitances psychologiques, pourtant abondement décrites dans les romans où sévissent mères abusives ou pères tyrans, persistent et persisteront longtemps dans de nombreuses familles. L'intimité familiale devrait protéger l'épanouissement des enfants et leur bonheur. En réalité, y sont trop souvent abrités pendant des années des drames qui passent inaperçus. (Introduction)

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Published by Axelle Emden - dans Interviews
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