Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

Rachel, danseuse professionnelle, mène une vie heureuse avec son mari Derek, qui est professeur de philosophie à l'université. Deux petites filles adorables, des amis chers, et des métiers qu'ils exercent tous deux avec passion: qu'est-ce qui pourrait venir perturber cette douce vie poétique et confortable? Peut-être une carrière, peut-être un désir, peut-être des maux d'enfants qui ne laissent plus tard aux adultes d'autres choix que celui de transfigurer la fuite par l'art... de danser?
Nancy Huston ne ressemble à personne d'autre. Ce qui ressort de cette écriture crue et fine, c'est incontestablement un talent d'écrivain, atemporel, mais aussi une âme de femme, d'aujourd'hui, dont les romances et les intrigues ne sont pas sans rappeler celles d'une Françoise Sagan ou d'une Julia Kristeva. Savant mélange des temps et des genres, qui donne à ses personnages de roman un psychisme accrocheur débouchant sur des réflexions toujours plus pertienentes. C'est tant mieux, puisque l'on retrouve Lin, Rachel, Derek, Angela et d'autres dans ses romans suivants.
Quelques citations...
"Ce corps est sorti d'elle."
"Elles n'avaient jamais eu d'idéaux parce qu'elles n'avaient jamais eu de mères."
"Elle pleure presque à force de le désirer."
"Une université n'est jamais qu'un univers fracassé. Chaque prof trimballe dans sa tête un minuscule fragment friable et rien d'autre."
"Les deux danseurs sont soudés par les pulsations de l'air."
"Elle leur apprendra. Elle fera pleuvoir de la beauté sur leurs têtes."
"Elle ne faisait pas exprès d'être absurde, ses intentions étaient bonnes. Personne n'est volontairement lamentable et vulgaire."
"On ne peut pas dire n'importe quoi sous prétexte que c'est vrai."
Extraits choisis...
"Les deux filles avaient continué de vivre par la seule force de l'inertie. Elles n'avaient aucun instinct pour s'occuper de leur corps parce que leur corps avait toujours été manipulé par des femmes sans tendresse. Elles avaient laborieusement appris, comme dans un manuel, les gestes qui pouvaient leur faire du bien ou du mal, et avaient tendance à préférer ces derniers. Dieu n'existait pas, leurs pères étaient occupés ailleurs, il n'y avait pas encore de maris à l'horizon; puisque personne n'exerçait sur elles d'autorité, elles-mêmes étaient devenues l'autorité incarnée: bourreau et victime réunis en un seul corps, un seul esprit. Rachel était restée fidèle à leur philosophie partagée: réussir en tout, ne croire en rien. Lin l'avait trahie." (page 26 dans l'édition Babel)
"Mais pendant le repas un homme la rejoint de façon inattendue dans son silence, lui tient compagnie en ne disant rien, c'est un homme qu'elle ne connaît pas mais ses yeux sont des puits noirs de douleur et d'ironie, et ils ne cessent de plonger dans les siens et d'acquiescer à son voeu qu'ils se trouvent soudain ailleurs, tous les deux, seuls, et, pendant que la discussion suit péniblement son chemin de croix obligatoire, Lin commence à tomber amoureuse de ces yeux." (page 49 dans l'édition Babel)
"Depuis tout petit, j'ai su que c'était ça le sens de la révérence. On s'efface. Ce n'était pas moi, c'était la beauté. Moi, je n'existe pas, tout l'honneur revient à la beauté." (page 56 dans l'édition Babel)
"Jamais plus mes filles ne seront des nouveaux-nés, mais la danse, elle, est une renaissance perpétuelle, la danse ne grandit pas de cette façon étrange, imprévisible, la danse ne vieillit pas, elle se sert de mon corps pour dire ce qu'elle a à dire mais elle ne vieillit ni ne change, moi je mourrai, ça n'a pas d'importance, mais comment faire pour danser si mes enfants vont mourir." (page 92)
Voir aussi sur CultureCie...
Les prix littéraires 2006 dans la Revue de presse.





