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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 01:28

Le nouveau roman de Beigbeider reprend les mêmes recettes : un bouquin toujours savoureux, mais un léger goût de « déjà lu ».


Difficile de lire le dernier roman de Beigbeder sans penser à « 99 francs ». Certes il serait dommage de limiter son auteur à son cinquième titre, qui l’avait dévoilé en 2000 au grand public, mais là, il le fait exprès. Quand « 99 francs » s’attaquait au monde de la publicité, « Au secours pardon » s’est mis dans la tête de nous dépeindre le milieu du mannequinat - ou plutôt de ses têtes chercheuses, les « scouts » - dans ce qu’il a de plus nauséabond. Et le narrateur, Octave Parango, n’est autre que le narrateur de « 99 francs », reconverti de la publicité, et exilé à Moscou, pour des impératifs professionnels évidents.

Comme dans sa précédente aventure, le livre est jouissif dans sa première moitié, rempli de détails assassins sur le milieu des mannequins, et surtout leurs employeurs principaux, les grandes compagnies de cosmétiques. Le yaourt du publicitaire était produit par « Madone », la top model sera la nouvelle effigie de « l’Idéal ». Non, ce n’est pas trop téléphoné. Comme il y a sept ans, Beigbeder n’est jamais aussi bon que lorsqu’il démonte un milieu, prenant un malin plaisir à ne pas le rendre glamour. Le plaisir est communicatif mais malheureusement, cette fois encore, dès qu’il en a fini avec le cadre, le livre perd beaucoup de sa saveur, et pourtant on n’en est qu’à la moitié. Fallait-il vraiment qu’il y ait une histoire ? Elle est en effet accessoire et bien moins séduisante que les 100 pages qui l’ont précédée. De mémoire, Bernard Pivot avait dit de « 99 francs » que l’histoire était anecdotique et nulle, et que ce n’était pas pour elle qu’il fallait lire ce livre – donc il le fallait quand même !

Deux éléments changent tout de même la donne : si Beigbeder avait eu une réelle expérience de la publicité, il n’a, à ma connaissance, pas œuvré dans le « talent scoutisme », ou alors, à titre purement personnel, en amateur éclairé. Un passage rapide à la TV, oui, des critiques aux côtés de son ami Ardisson, oui, des chroniques dans la presse people, oui, et, pendant trois ans (le temps d’un amour), il a été directeur littéraire chez Flammarion. Mais dans le mannequinat… non ! Le milieu qu’il dépeint est si pourri et orgiaque qu’on a du mal à croire qu’il soit complètement réel. Enfin, j’espère… où je ne regarderai plus jamais un mannequin de la même façon !

De surcroît, presque dix ans ont passé depuis « 99 francs ». Sept, c’est presque dix, surtout à cette période de la vie. Le narrateur, tout comme l’auteur, est maintenant quadragénaire. Dans ses premiers romans, à l’exception de « Windows on the World » qui ressemblait plus à un essai, Beigbeder se limitait aux détails de sa vie d’alors pour les attribuer à son personnage. Il intègre cette fois-ci des éléments de son enfance, de sa famille et le thème de la religion. Tente-t-il d’apporter une dimension sérieuse à ce qui semble d’abord être un pamphlet rigolo ? Pourra-t-il tenir ce registre encore longtemps ?

Le lecteur convaincu de son talent pourrait se sentir lésé avec ce dernier livre : quand donc décidera-t-il d’écrire une histoire avec autant de soin qu’il prend à tourner ses phrases ? Pourquoi fait-il toujours dans le trash facile ? Pourquoi peut-il parfois décevoir autant que son personnage ?

Néanmoins, le livre reste un délice à qui apprécie la verve de son auteur. Il sera sûrement insupportable à qui ne l’aime pas. C’est la force de Beigbeder, son cynisme est trop honnête pour laisser indifférent. Si vous optez pour la défenestration du bouquin, faites-le au moins dans un grand geste élancé, accompagné d’une tirade au phrasé déclamatoire. Vous ne pourrez pas faire plus grand hommage à l’auteur, même si cela vous place à la limite du cliché.

Extraits choisis...

« Messieurs, notre but est simple : que trois milliards de femmes aient envie de ressembler à la même. Et mon problème est de trouver laquelle. »

« Il y a des règles à respecter : ainsi le « nombre d’or » (1.61803399) qui est la hauteur de la pyramide de Khéops divisée par sa demi-base. Si vous divisez votre taille par la distance sol-nombril, vous devez obtenir ce chiffre, qui doit aussi être égal à la distance sol-nombril divisée par la distance nombril-sommet du crâne. Sinon vous êtes imbaisable.»

« En cette époque où la jolie femme était devenue un trophée, certaines soirées ressemblaient à des concours de teckels : c’était à celui qui arborerait la plus fraîche bestiole à son bras. »

« Tout le monde voulait être unique, mais en réalité tout le monde avait envie de ressembler à la même couverture de magazine. (…) On croyait tomber amoureux, alors qu’on obéissait à une campagne « Guess ». »

A noter...

Au Secours Pardon
Frédéric Beigbeder
Paru en juin 2007
Grasset, 319 pages
19.90 €

Lien Amazon
www.beigbeder.net

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Published by Jean-Charles Querette - dans Romans & Nouvelles
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