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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 00:00



J'aime Madeleine Chapsal pour sa plume fluide, son inconscient qu'elle explore, sa féminité assumée, son intelligence aiguisée. Comme tous les écrivains que j'adore, je m'emploie à lire tout doucement son oeuvre: une vie sans plus de livres à lire de Sagan, Chapsal ou Rouart serait bien monotone... Me voilà à la lettre "C" du rayon de la Fnac: je choisis "Les Amoureux" et des "Conversations impudiques" car je trouve que Chapsal parle merveilleusement d'amour.

Elle est dans une voiture avec un ami, Edouard Servan-Schreiber. "Que penses-tu du plaisir ? Quel plaisir ? Eh bien, du plaisir sexuel, de l'orgasme !" et les voilà partis pour près de 200 pages jouissives...

Pour nous qui n'avons pas trente ans, ces conversations n'ont pas grand chose d'impudique: les pornos, on les a vus à la télé, les discussions hards, on les a tous les jours au restaurant quand on ne regarde pas "Sex and the City". Les films sont depuis longtemps ponctués de scènes crues et, de Basic Instinct aux confessions de Pascale Clark ou Lolita Pille, il n'y a qu'un pas: les livres ne sont donc pas épargnés... et pourquoi pas ? ça vous gêne ? Depuis que Sonia Rykiel a pris les sex toys au sérieux - merci ! - il n'est plus besoin de traverser Pigalle pour songer à se faire plaisir en solitaire mais pas toute seule et pourtant... Pourtant est-ce que nous savons parler d'amour avec celui ou celle qui a notre plaisir dans ses mains ? Avec nous-mêmes d'abord, puis avec nos partenaires ?  Pourtant, savons-nous vraiment prendre du plaisir, là, maintenant, en sentant celui qui nous touche et que l'on touche, sans faire appel à une image fantasmée ou à un souvenir ?

Loin du "ce n'est pas sale" du Doc de Fun Radio, ces confessions rappellent plutôt les dernières enquêtes du sociologue Alain Touraine, qui montre, dans Le Temps des femmes, que celles-ci se construisent avant tout par leur sexualité. Il est interessant de constater qu'un homme, Edouard Servan-Schreiber, en vient ici à la même conclusion: "se trouver soi-même par cette voie" - celle de la sexualité -, voilà un aveu peu banal de la part d'un homme, et qui plus est un homme de cette génération. Au-delà d'une discussion technique sur les caresses et les tabous, cette conversation est une véritable réflexion sur le sujet, au sens sociologique du terme. Aussi surprenant que cela puisse paraître à certains, on est ici au plus proche de la description de l'expérience spirituelle: les pages de Chapsal et Schreiber font largement écho aux témoignages des plus grands yogi.
Une jolie manière de mettre en mots la transcendance des corps, sans tomber dans les conceptualisations lévinassiennes.

Ce livre est fait pour tous ceux qui trouvent dans l'acte d'amour quelque chose de sublime, pour tous ceux qui savent déjà ou qui ne savent pas encore que l'orgasme est au-delà d'une expérience spirituelle, pour tous ceux qui aiment l'amour, en entier. En parler, le lire, le faire, le sublimer. Le trouver, et se trouver à travers lui. Edouard Servan-Schreiber et Madeleine Chapsal sont de précieux interlocuteurs. En donnant une telle importance au langage de l'amour, ils rendent un magnifique hommage aux amoureux de l'amour. Ils brisent des tabous sans doute pour certains, et pourraient même rendre service à d'autres. Ils réunissent - enfin ! - l'âme et le corps, pour les réconcilier dans une communion sans laquelle, je crois, l'amour n'existe pas.

On a fait l'amour à vos pages, et on vous dit merci de ne pas avoir gardé cette conversation pour vous. A savourer sans modération.

Extraits choisis...

"Lui: Déjà, j'éprouvais une vraie jalousie à constater que, chez elle, l'orgasme était visiblement cent fois plus intéressant que chez moi. Mon plaisir venait surtout du plaisir que je lui donnais, et je ne prenais pas tellement en compte le mien. J'éprouvais un plaisir intellectuel à notre dialogue des corps qui démontrait son amour en même temps que cela démontrait le mien.
Mais ce n'était pas pour moi une satisfaction physique complète. Je ne savais pas la ressentir autant qu'elle. En fait, je ne me concentrais pas sur ce qui se passait chez moi, mais sur ce qui se passait chez elle: plein de choses auxquelles je n'avais manifestement pas droit !"

"Elle: Nous sommes tous avertis du danger mortel et de la menace que représente le sida; pourtant, on apprend que, beaucoup, surtout parmi les jeunes, n'en tiennent aucun compte. A froid, on ne comprend pas comment on peut en arriver à mettre si facilement sa vie en danger. Mais, lorsque je vois comment nous-mêmes réagissons, quand on ressent cet élan vers le plaisir qu'on ne parvient même plus à contrôler, je comprends...
Lui: Ma génération a dû à nouveau comprendre que le sexe n'est pas un jeu gratuit. Faire l'amour, c'est prendre des risques, c'est donc faire confiance, aller au-delà de soi, il y a des conséquences et des responsabilités."

"Lui: Tu ne peux pas imaginer le nombre de fois où je me suis dit que je n'étais peut-être qu'un obsédé sexuel parmi tant d'autres et qu'il n'y avait qu'un destin pour quelqu'un de mon espèce, la débauche et le mal-être sans fin. Que je devais peut-être accepter l'idée que ce sont "les autres" qui ont raison et moi qui suis fou. Cela a duré des années, jusqu'à ce que je rencontre Léna. Là, pour la première fois, j'ai pu me dire que j'avais le droit de ressentir ce manque. Le droit de m'exprimer par le corps, d'inventer les mots, les gestes, d'en parler, de me trouver moi-même par cette voie, et de ne plus en avoir honte."

"Elle: Tu sais, cet homme que j'ai tant aimé devait lui aussi trouver cela important puisqu'il me voyait tous les jours. Mais il ne le formulait pas, aucun mot là-dessus entre nous, ni de désir, ni de reconnaissance... nous nous aimions dans le noir... (...) J'ai beaucoup de regrets. J'aimerais pouvoir remettre les pendules en arrière pour pouvoir recommencer notre amour, en mieux. En réalité ! (...) Le vrai scandale, le seul finalement, c'est la mort, parce qu'elle est irréversible. Tant qu'il était vivant, il y avait quelque chose en moi qui continuait de vivre avec lui, même sans sa présence."

Citations...

"Lui: Faire l'amour est un partage et une création, l'expression n'est pas choisie par hasard, on crée de l'amour ensemble, et là mon corps est au service de l'amour."

"Elle: Pour moi, si plus rien d'un homme ne me dégoüte, c'est le signe que je l'aime..."

"Elle: Plus que le temps, c'est, dans mon cas, le silence qui a tué le désir."

"Lui: Le désir était toujours le baromètre de notre relation."

"Lui: S'ouvrir autant, accepter d'être aussi vulnérable devant l'autre, entraîne à se demander: vais-je être respecté comme avant ?"

 

A noter absolument...


Confessions impudiques
182 pages
Livre de Poche, 2004
Première édition: 2002
Lien Amazon

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Published by Axelle Emden - dans Romans & Nouvelles
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