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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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17 mai 2007 4 17 /05 /mai /2007 01:45

Depuis les romans du défunt Naguib Mahfouz (prix Nobel de littérature en 1988), on n’avait plus assisté à un tel phénomène au Moyen Orient : un roman qui expose avec réalisme la société égyptienne est de nouveau en tête des ventes dans toute la région.
Publié en 2002 en Egypte puis reparu sous quatre nouvelles éditions, le livre est sorti en 2006 en France et a été traduit en anglais et en italien. D’autres traductions, russe, tchèque, grecque, allemande et norvégienne devraient suivre. L’Immeuble Yacoubian a également inspiré un film éponyme. Remarqué au Festival de Berlin ainsi qu’au Festival de Cannes, ce long métrage a marqué le retour du cinéma égyptien sur la scène internationale : un succès qui a rendu le film et le roman intouchables par la censure des autorités égyptiennes.

L’immeuble Yacoubian, c’est un bâtiment du début du siècle, appartenant à un vieil arménien nommé… Yacoubian. Ce que l’histoire raconte ? Des destins d’Egyptiens, et avec eux, les maux de l’Egypte moderne : la misère et la pauvreté, la corruption et la torture, l’injustice et la tentation des extrêmes qui empêchent bien souvent ces Egyptiens de vivre, d’être libres de vivre.
L’Immeuble Yacoubian, c’est le livre des choix que font ces Egyptiens, les jeunes désenchantés, ou les plus vieux, nostalgiques d’une époque révolue. Au bord de l’abîme,  ils tentent une dernière fois d’impulser un changement radical dans leur vie, décision qui les sortira de leur condition. Ainsi, alors que certains personnages croient évoluer, ils se retrouvent en réalité confrontés à bien plus fort qu’eux : tous sont entravés par le pouvoir dictatorial, quand certains sont purement et simplement pris au piège : piège de la corruption, des mœurs, du « qu’en dira-t-on ».
Seuls la jeune Bouthaina et le vieux Zaki trouvent, grâce à l’amour, un épanouissement inespéré. L’une est enfermée dans sa condition de pauvre et refuse de céder à l’argent facile ou de monnayer sa beauté. L’autre, se sentant terriblement seul à mesure que les années le rongent et qu’il se rapproche inéluctablement de la fin, se refuse à rompre les liens du sang et à attaquer en justice son hystérique de sœur qui l’a spolié de tous ses biens.
Mais c’est Tahar, l’ex fiancé de Bouthaina, qui fera basculer l’histoire. Fils d’un gardien d’immeuble, Tahar est un étudiant brillant. Il travaille dur pour entrer dans la police. S’il réussit son examen d’entrée, il est vite confronté à la discrimination lors de son entretien : lui qui voulait servir son pays s’aperçoit qu’un fils de « bawab » est persona non grata dans la police. Déception, écroulement des idéaux… Tahar décide alors de poursuivre ses études à l’université du Caire. A ce point de sa vie, les discours intégristes font écho en lui. Basculement. Un basculement qui en fait le personnage central du roman. C’est alors que Bouthaina le quitte, exaspérée par les nouvelles allures extrémistes de son fiancé. Cette fois, il ne reste plus qu'à Tahar l'énergie du fanatisme. Tahar est celui qui brise le plafond de verre, changeant radicalement de vie et optant pour le discours séduisant d’un radicalisme religieux qui lui promet monts et merveilles, mais qui lui réserve en réalité une issue bien tragique.

Indéniablement, le livre est doté d'une puissance romanesque qui sait tenir le lecteur en haleine, mais ce qui le rend incontournable, c'est sa force réaliste. A lire absolument... si ce n'est pas déjà fait !

Extraits choisis...

"Souvent, elle est étonnée par sa capacité nouvelle à se métamorphoser en personnages mensongers. De toute sa vie elle n’avait pas connu le mensonge. Tout ce qui lui passait par l’esprit sortait sur ses lèvres. D’où est venue toute cette comédie ? Elle joue avec virtuosité le rôle de l’épouse aimante, pleine de désir, affectueuse, jalouse. Comme les comédiens professionnels, elle contrôle complètement ses sentiments : elle pleure, rit, se met en colère quand elle l’a décidé. Maintenant, dans le lit avec le hadj Azzam, elle joue la comédie : celle de la femme surprise par la vigueur de son homme et qui se soumet à lui pour qu’il fasse de son corps tout ce que veut sa force implacable. Elle ferme les yeux, soupire, gémit, alors qu’elle ne ressent rien d’autre qu’un frottement, le simple frottement froid et ennuyeux de deux corps nus."

"Chaque fois, elle se souvient du corps de Messaoud, son premier mari, svelte et robuste, avec qui elle avait connu la première fois l’amour. C’étaient de beaux jours. Elle sourit en se souvenant à quel point elle l’aimait et combien elle désirait être avec lui. Ses caresses et son souffle chaud sur son cou et sur sa poitrine embrasaient son corps. Elle se couchait avec lui dans la fièvre, elle se dissolvait dans l’évanouissement du plaisir. Lorsqu’elle s’en rendait compte, elle avait honte. Elle détournait la tête et pendant un moment évitait de regarder son visage. Lui éclatait de rire et disait de sa voix forte et grave :
- Et alors ? Pourquoi as-tu honte ? Est-ce qu’on fait un péché ? C’est la loi du bon Dieu ma petite sotte !"


"L'Immeuble Yacoubian" sur CultureCie...

Voir l'interview exclusive de Gilles Gauthier, qui a traduit le livre en français

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Published by Amina Sabeur - dans Romans & Nouvelles
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