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Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

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"Autoportrait de l'autre", de Chahdortt Djavann


«Personne ne vous oblige à m'écouter.»


Un vieillard vit ses dernières heures, les plus hallucinées de son existence. Dévoré par l'angoisse d'une vie passée à regarder les autres sans s'interroger sur soi, il revient sur son enfance en Bretagne, sur sa relation complexe avec les femmes. Le hasard a fait de lui un photographe de guerre. Il a parcouru le monde, immortalisé la misère, la souffrance, les cadavres. Il est devenu célèbre. La vie l'a distrait de ses origines incertaines. Et c'est aujourd'hui qu'il se découvre vraiment.

"La conscience de ne pas exister, de ne jamais réellement exister, voilà ce que c'est, vivre."

Pour son deuxième roman, Chahdortt Djavann a décidé de pénétrer la peau de son exact opposé afin d'exprimer ses drames existentiels les plus intimes. Le narrateur, photographe de guerre à la cinquantaine glorieuse, incarne une médiocrité à donner des hauts de coeur. Les pages filent et on vomit cet homme, animal maîtrisé par sa chair, voyeuriste répugnant qui se résout si simplement au spectacle de la guerre. Bref, l'extrême opposé d'une femme qui ne se résigne pas, le contrepied d'une battante qui milite pour une sexualité féminine insoumise, l'inverse d'une exilée, survivante démocrate de la torture quotidienne. Et d'ailleurs, il est originaire de l'exact opposé de la terre natale de l'auteur : la Bretagne. La difficulté de ce roman, c'est la description de l'ordinaire. C'est l'insoutenable humanité d'un homme répugnant, c'est la présence du sentiment de l'absurde chez quelqu'un d'abject, et le plus dérangeant, c'est que le tout est décrit par une femme... Qui garde sûrement l'explicitation de ses blessures pour une littérature plus mûre. Oui, Djavann est à vif. Oui, son écriture est difficile. Comme celle d'un Sartre pris dans 'Huis clos', comme celle de Modiano hanté par 'Dora Bruder' : la plume ne crie pas, elle a juste vu la guerre, alors elle tremble. Elle tremble d'autant plus que cette fois, il n'y a pas d'ailleurs : juste des faits, des photos, des images de chair répugnantes qui nous arrivent de plein fouet dans le visage. Un autoportrait qui n'est pas dénué de complexité, et qui donne tant à penser l'altérité qu'on parierait sur sa postérité.


Extraits choisis...

"Moi j'ai cru vivre une vie en ligne droite, prendre le plus de distance possible du point de départ ; aller toujours de l'avant. Toujours vers l'ailleurs. C'est raté. J'ai tout raté. Plus je me suis éloigné du lieu initial plus je m'en suis rapproché. C'est un cercle vicieux, le mystère nauséabond de la vie. Pas moyen d'y échapper. Pas moyen de se sauver de la vie. Elle veut m'achever. Je n'existe pas. Je ne suis rien. Pas même une pensée."

"Au Rwanda, j'ai vu les plus atroces des atrocités dont l'homme est capable. J'étais resté sur place alors que presque tous les journalistes quittaient le pays avec les expatriés. Je savais que je n'en sortirais pas indemne. Je ne voulais pas sortir indemne de la vie, comme un légume, un végétal. Je voulais connaître par moi-même ce qui se passait dans le monde, entre les humains que nous sommes. Je voulais voir le pire, le mal absolu. J'ai voulu le fixer, le regarder en face, le montrer à tous, être celui qui montre la vie, la vraie vie, le monde, le vrai monde. J'ai voulu leur cracher à la gueule leurs quatre vérités, à la vie, au monde, et aux hommes. J'ai voulu déranger leur tranquillité. Oui, j'ai voulu les horrifier avec leurs propres horreurs."

 

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