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Depuis les romans du défunt Naguib Mahfouz (prix Nobel de littérature en 1988), on n’avait plus assisté à un tel phénomène au Moyen Orient : un roman qui expose avec réalisme la société égyptienne est de nouveau en tête des ventes dans toute la région.
Publié en 2002 en Egypte puis reparu sous quatre nouvelles éditions, le livre est sorti en 2006 en France et a été traduit en anglais et en italien. D’autres traductions, russe, tchèque, grecque, allemande et norvégienne devraient suivre. L’Immeuble Yacoubian a également inspiré un film éponyme. Remarqué au Festival de Berlin ainsi qu’au Festival de Cannes, ce long métrage a marqué le retour du cinéma égyptien sur la scène internationale : un succès qui a rendu le film et le roman intouchables par la censure des autorités égyptiennes.
L’immeuble Yacoubian, c’est un bâtiment du début du siècle, appartenant à un vieil arménien nommé… Yacoubian. Ce que l’histoire raconte ? Des destins d’Egyptiens, et avec eux, les maux de l’Egypte moderne : la misère et la pauvreté, la corruption et la torture, l’injustice et la tentation des extrêmes qui empêchent bien souvent ces Egyptiens de vivre, d’être libres de vivre.
L’Immeuble Yacoubian, c’est le livre des choix que font ces Egyptiens, les jeunes désenchantés, ou les plus vieux, nostalgiques d’une époque révolue. Au bord de l’abîme, ils tentent une dernière fois d’impulser un changement radical dans leur vie, décision qui les sortira de leur condition. Ainsi, alors que certains personnages croient évoluer, ils se retrouvent en réalité confrontés à bien plus fort qu’eux : tous sont entravés par le pouvoir dictatorial, quand certains sont purement et simplement pris au piège : piège de la corruption, des mœurs, du « qu’en dira-t-on ».
Seuls la jeune Bouthaina et le vieux Zaki trouvent, grâce à l’amour, un épanouissement inespéré. L’une est enfermée dans sa condition de pauvre et refuse de céder à l’argent facile ou de monnayer sa beauté. L’autre, se sentant terriblement seul à mesure que les années le rongent et qu’il se rapproche inéluctablement de la fin, se refuse à rompre les liens du sang et à attaquer en justice son hystérique de sœur qui l’a spolié de tous ses biens.
Mais c’est Tahar, l’ex fiancé de Bouthaina, qui fera basculer l’histoire. Fils d’un gardien d’immeuble, Tahar est un étudiant brillant. Il travaille dur pour entrer dans la police. S’il réussit son examen d’entrée, il est vite confronté à la discrimination lors de son entretien : lui qui voulait servir son pays s’aperçoit qu’un fils de « bawab » est persona non grata dans la police. Déception, écroulement des idéaux… Tahar décide alors de poursuivre ses études à l’université du Caire. A ce point de sa vie, les discours intégristes font écho en lui. Basculement. Un basculement qui en fait le personnage central du roman. C’est alors que Bouthaina le quitte, exaspérée par les nouvelles allures extrémistes de son fiancé. Cette fois, il ne reste plus qu'à Tahar l'énergie du fanatisme. Tahar est celui qui brise le plafond de verre, changeant radicalement de vie et optant pour le discours séduisant d’un radicalisme religieux qui lui promet monts et merveilles, mais qui lui réserve en réalité une issue bien tragique.





