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Actualité & Politique


Samedi 10 mai dernier, Emmanuelle Béart était invitée à lire la « Conférence sur l’économie » de Bernard Maris sous le plafond chagalien du théâtre de l’Odéon. La belle arrive, en jean, s’assied et commence sa lecture, vive et engagée. Le fil rouge de la soirée : l’économie, c’est mal. Les économistes ? Des théoriciens qui se font champions du concept dans leurs tours d’ivoire. Ils se parlent à eux-mêmes, détournant le commun des mortels des questions graves à coups de jargon d’experts. Ils légitiment le pire, usant et abusant des arguments d’autorité. Le problème, c’est que malgré ses tentatives d’humour, vaguement récompensées par les rires complaisants de la rive gauche, Bernard Maris n’a pas une seule seconde l’idée d’argumenter son propos. Etonnant, pour un prof d'éco de Paris VIII, par ailleurs chroniqueur chez France Inter. On entendrait presque Laguiller faire échos : « travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie », et les guignols d’être lus à l’Odéon !

Sa « conférence sur l’économie » est plutôt un « pamphlet chaotique d’un sophiste d’extrême gauche ». Bernard Maris est à l’économie ce qu’Ignacio Ramonet ou Noam Chomsy sont aux médias : on se fait passer pour démocrate en critiquant ce qui existe, sans proposer une seule alternative, et en omettant que la démocratie, jusque là, est un régime représentatif… et libéral. Mais bon, ce serait long et compliqué de prendre les gens pour des intelligents, de lire Monique Canto en public, d’expliquer que socialisme et libéralisme sont nés d’un même mouvement, d’admettre que des règles, économiques ou politiques, doivent régir une société. Ce ne serait pas vendeur, et c’est désormais la mode de cracher sur l’intelligentsia : citoyens, on vous fait confiance pour voter, mais en réalité vous êtes manipulés ! Ouhhh le bel héritage bourdieusien que voilà !

On écoute, on n'en peut plus, et on pense à Julliard, qui avait décidément raison dans son
Acédie française: la déstalinisation n'a pas eu lieu dans ce pays ! Ah, comme ça serait beau un monde sans économie, sans argent, sans politique, et allons-y encore une fois, vive le chaos et l’anarchie, à mort les livres, la théorie, l'éducation, le labeur de la culture, prions tous pour un monde transparent fait de bric et de troc, mettons le Monde diplomatique au pouvoir et Besancenot à l’Intérieur… On apprend au moins un truc: le théâtre de l'Odéon est, pour un soir au moins, une espèce de tribune d'ATTAC. Nous avions juste une petite question pour Monsieur Maris : si la transparence est si démocratique, pourquoi donc vote-t-on dans un isoloir ? On avoue, on n’a pas attendu l’auteur : après une heure de supplice, on a quitté la salle !
Par AE - Publié dans : Actualité & Politique

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Les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand. Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village d'Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d'une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid... Basé sur une histoire authentique, le roman propose une réflexion véhémente et profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi. Lire la suite...

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56 pages pour défendre la liberté et la responsabilité. 56 pages pour démontrer l’inanité de la loi anti-tabac en France.  56 pages pour analyser l’ « Etat nounou » de 2008. 56 pages écrites en… 1875.
C’est parfois à la lumière du passé que l’on découvre, hébété, notre actualité la plus brûlante. C’est souvent aussi dans le passé que l’on trouve le futur d’un présent sans cesse renouvelé. Lire la suite...
Par Rudy Reichstadt & Yacim Bensalem - Publié dans : Actualité & Politique
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Quatrième de couverture...

Les narrateurs sont deux frères nés de mère algérienne et de père allemand. Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village d'Aïn Deb, près de Sétif. En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d'une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de moudjahid...

Basé sur une histoire authentique, le roman propose une réflexion véhémente et profonde, nourrie par la pensée de Primo Levi. Il relie trois épisodes à la fois dissemblables et proches : la Shoah, vue à travers le regard d'un jeune Arabe qui découvre avec horreur la réalité de l'extermination de masse ; la sale guerre des années 1990 en Algérie ; la situation des banlieues françaises, et en particulier la vie des Algériens qui s'y trouvent depuis deux générations dans un abandon croissant de la République. " A ce train, dit un personnage, parce que nos parents sont trop pieux et nos gamins trop naïfs, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez seulement la contenir dans ses frontières actuelles. " Sur un sujet aussi délicat, Sansal parvient à faire entendre une voix d'une sincérité bouleversante.

La critique de CultureCie...

En 2006, sa lettre ouverte aux Algériens (1), dédiée à la mémoire de Mohamed Boudiaf, avait été censurée par les autorités algériennes. Boualem Sansal s’y attaquait aux « Constantes nationales », soient les mythes les plus intouchables de l’Algérie indépendante forgés dès les lendemains de la lutte de libération nationale. Il relativisait en particulier l’islamité et l’arabité du peuple algérien. Ce qui ne lui a pas valu que des amis, loin s’en faut.

Il ne s’en fera pas davantage avec "Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller" qui est l’occasion, pour l’auteur, de revenir sur un autre tabou. Islamisme et nazisme, suggère Sansal, sont unis par une sorte de gémellité souterraine, qui trouve notamment ses origines dans l’accueil qu’ont fait de nombreux pays arabes à d’anciens criminels nazis aux lendemains de la Seconde guerre mondiale. Cette histoire, encore largement méconnue mais à laquelle plusieurs ouvrages érudits sont consacrés – ne citons que les travaux des politologues Olivier Carré (2),  Matthias Küntzel (3) ou encore l’enquête de Roger Faligot et Rémi Kauffer (4) – est traitée cette fois-ci sur le mode romanesque.

Certes, le roman de Boualem Sansal ne se réduit pas à cela. Mais les critiques les plus malveillants prendront pour prétexte ce qu’ils présenteront comme un dérapage de l’auteur pour nous engager à passer notre chemin. Ne pouvant sérieusement nier la réalité de cette histoire, ils feront de Sansal un piètre écrivain. La mauvaise foi ayant des limites, ils finiront par accuser Sansal d’être un renégat, un de ces traîtres à la Cause qui ont choisi de se vendre à « l’Occident » et ses fantasmes. Ils l’attaqueront comme ils ont jadis attaqué la Tunisienne Hélé Béji qui, en son temps, avait osé écorner les mythes de la décolonisation (5). Cette fois-ci cependant, ils risquent de ne plus savoir où donner de la tête : en ce début d’année, Hélé Béji remet le couvert avec un très prometteur "Nous, décolonisés" (Arléa, 237 pages, 18 euros) !

Le lecteur de bonne volonté, quant à lui, restera sourd à ces entreprises de dénigrement. Si l’équation entre nazisme et intégrisme islamique l’effarouche, il se consolera en se reportant, à condition qu’il lise l’anglais – mais lorsqu’on est de bonne volonté, où est le problème ?! –, à l’ouvrage de Robert Satloff, "Among the Righteous" (6), mettant pour la première fois en lumière le rôle oublié de ces Arabes d’Afrique du Nord qui ont secouru des Juifs aux pires heures de la Seconde guerre mondiale… et méritent, à ce titre, de figurer au Panthéon des Justes.

Notes :

(1) "Poste restante : Alger. Lettre de colère et d'espoir à mes compatriotes", Gallimard, Paris, 2006, 58 pages.
(2) "Le Nationalisme arabe", Payot et Rivages, Paris, 1996 et "Les Frères musulmans : 1928-1982" (avec Michel Seurat), L’Harmattan, Paris, 1983.
(3) "Djihad und Judenhass. Über den neuen antisemitischen Krieg" ["Le Djihad et la haine des Juifs. Sur la nouvelle guerre antisémite"], Ça ira, Freiburg, 2002.
(4) "Le croissant et la croix gammée", Albin Michel, Paris, 1990.
(5) "Désenchantement national", Maspero, Paris, 1982.
(6) "Among the Righteous: Lost Stories from the Holocaust's Long Reach into Arab Lands" ["Parmi les Justes : Histoires perdues de l'Holocauste dans les terres Arabes"], PublicAffairs, New York, 2006.

Extraits choisis...

"Se découvrir le fils d'un bourreau est pire que d'avoir été soi-même un bourreau. Le bourreau a ses justifications, il s'abrite derrière un discours, il peut nier, il peut crâner, revendiquer son crime, que dis-je son ministère, et affronter fièrement la potence, il peut se cacher derrière ses ordres, il peut se sauver, changer d'identité, se construire de nouvelles justifications, il peut s'amender, il peut tout. Mais le fils, que peut-il, sinon compter les crimes de son père et traîner le boulet sa vie durant ? (...) Tu n'avais pas le droit de vivre, tu n'avais pas le droit de nous donner la vie, cette vie je n'en veux pas, elle est un cauchemar, une honte indélébile. Tu n'avais pas le droit de fuir, papa. (...) Hans Schiller, sois maudit !"

La presse en parle...

"Livre de filiation, de combat contre l'oubli, l'amnésie, le négationnisme, Le Village de l'Allemand est aussi et surtout un roman d'apprentissage pour les générations futures." Christine Rousseau, Le Monde.

A noter...

Boualem Sansal
"Le Village de l'Allemand"

Paru le 3 janvier 2008
Chez Gallimard
17 euros
Lien Amazon

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Par Rudy Reichstadt - Publié dans : Actualité & Politique
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