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Un coup de feu déchire le silence du désert marocain. Par le pur des hasards, il va déclencher une série d'événements aux conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes. Dans les montagnes marocaines, un chasseur vend à un éleveur un fusil qu’il confie à ses deux fils. Ils tirent accidentellement sur une touriste américaine. A Los Angeles, ses deux enfants sont gardés par une nounou clandestine, qui les perd dans le désert mexicain. Et au Japon, une adolescente sourde-muette vit avec son père, qui avait offert un fusil à son guide marocain.
De l’indifférence à la différence
À l’instar d’ « Amours chiennes » (2000) et de « 21 grammes » (2004), « Babel » est un film choral, liant les scènes par effet de causalité. Sur tous les films d’Alejandro Gonzáles Iñárritu plane l’évidente et effrayante certitude que chacun de nos actes, aussi insignifiant soit-il, ne peut que rejaillir sur la cohésion du monde. Mais, dans le dernier volet de sa trilogie, le cinéaste mexicain va encore plus loin. Il met en scène l’effet papillon, qui veut qu’un battement d’aile à Tokyo provoque un orage au Mexique.
Ainsi liées par le destin, ces bribes d’histoires abordent de nombreux sujets polémiques. Film mosaïque, « Babel » soulève de nombreuses questions, sans pour autant les traiter.
Film psychologique, il se penche sur la solitude des 6,5 milliards d’habitants de la planète, incapables de communiquer, à l’image d’une adolescente sourde, murée dans son autisme. Film politique, il effleure le problème mondial du terrorisme. Il critique le dogmatisme manichéen, stigmatisant des Américains dans la psychose et le reste du monde qui survit dans la peur. Or c’est l'incompréhension même de l’autre qui engendre la paranoïa ; tout le monde est dès lors un terroriste en puissance. Film économique, il dénonce les conséquences dévastatrices du tourisme de masse, de cette indifférence à l’égard de l’autre, pourtant semblable. Le réalisateur mexicain fait ainsi ressentir le fait irrémissible d’être homme avant d’être – et de naître – singulièrement japonais ou marocain… Naïf à dire mais frappant à montrer.
Film pluriel, il photographie un instantané de notre humanité : la difficulté d’exister ici comme ailleurs.
Cosmopolitique
Le titre biblique, qui fait référence à la tour érigée par des hommes unis culturellement, et que Dieu détruisit pour condamner l’humanité à parler des langues différentes, met en relief l’incompréhension de l’humanité : celle-ci ne repose pas sur la barrière linguistique mais sur les difficultés rencontrées par les hommes à communiquer. « Nous considérons toujours "l'autre" comme une menace si on n'arrive pas à le comprendre ». « Babel », en réalité fragile, inquiet, en proie au doute et au vertige, impressionne tel un uppercut pour communiquer sa peur de la déshumanisation, sa crainte que les relations humaines se délitent davantage, sa haine des préjugés. Les personnages souffrent de leur incapacité à entrer en relation avec autrui : nationalités, époux, enfants. Et chacun est vulnérable à travers les êtres qu’il aime. Le seul langage universel est donc celui qui nous intér-esse (dans l’être), qui nous touche. Dépassant la tour de Babel, le film révèle que ce qui tue n’est pas la différence mais l’indifférence entre les hommes. A l’inverse, le cinéaste met en relief « les similitudes entre des peuples si différents.»
Le casting en est l’exemple le plus patent. Les stars (Cate Blanchett, Garcia Bernal) prennent du cachet grâce à une pléiade d'autochtones. Et la grande (re)découverte du film est un Brad Pitt quarantenaire ridé, touchant d’impuissance. Prix de la mise en scène lors du 59ème Festival de Cannes, « Babel » est un film mosaïque, entre documentaire et fiction, qui pose un regard brûlant d’actualité sur notre monde. Si la réalisation est époustouflante, les images à couper le souffle, les dialogues vibrants de sincérité, le scénario ne tient pas toujours la route. De détours en coupures, l’histoire laisse un goût d’inachevé. « Babel » touche au paroxysme du genre : il devient le début de la fin du film choral.
Film pluriel mais universel, « Babel » unit par le sentiment d’être humain. Brûlant d’actualité, ce film est à voir de toute urgence…
A noter...
Drame de Alejandro Gonzáles Iñárritu
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett et Gael Garcia Bernal
Sortie : 15 novembre 2006
Site officiel
Sortie DVD: juin 2007
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