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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 02:57


Londres, mai 1997. Tony Blair vient d’être élu avec son parti travailliste à la tête du gouvernement britannique. Trois mois plus tard, la princesse Diana meurt des suites d’un accident de voiture et l’Angleterre est sous le choc : le peuple pleure sa princesse qui, à peine remise de son divorce avec le Prince Charles, n’a pas pu jouir totalement de sa nouvelle vie privée. On s’en souvient. La Reine, emmurée dans une dignité séculaire, est soumise à des règles strictes de protocole davantage qu’à des sentiments. Elle reste exilée dans sa demeure d’été à Balmoral alors que le peuple gronde. La monarchie ne manifeste pas publiquement son deuil qui devait se traduire par une déclaration officielle et la mise en berne du drapeau au-dessus de Buckingham Palace. Tony Blair, sous le charme et contre tout son entourage, se porte au secours de la monarchie ébréchée par une hostilité populaire de plus en plus grande...

En détail...

Présentée comme une reine avant tout, dans « The Queen », Elizabeth est aussi une femme. Dans sa chambre, écrivant ses mémoires, riant avec ses chiens, s’émouvant devant un cerf, elle deviendrait presque intime. On l’approche, on l’observe et, entrouvrant son âme, elle se débarrasse de ses carcans.

En nous rappelant que c’est « jeune fille » qu’elle a accédé au trône, en nous rappelant qu’elle règne « par la grâce de Dieu », en nous mettant sur la piste, aussi, de la petite fille qui en elle s’émerveille peut-être encore, on est frappé par cette comparaison : quelques siècles la séparent de Marie-Antoinette, et bien des comportements aussi, mais pourtant les mots de Stefan Zweig résonnent à la vue de ces images. Des mots et des images qui, sans doute, sont communs à tous les destins des reines. Elevée dans la tradition de l’Angleterre victorienne pour être chef d’Etat, rien ne devra être reproché à cette femme, qui doit rester digne au-delà des circonstances, même si celles-ci lui demandent d’oublier son humanité au prix d’une mission qu’elle n’a pas choisie. On le sait, bien sûr, mais la reine d’Angleterre n’avait pas eu souvent l’occasion de nous émouvoir.

La semaine noire, celle du deuil et du silence, met joliment au jour les paradoxes d’une femme d’action dont l’indifférence fait débat : si elle a promis de servir le trône « jusqu’à sa mort », alors que signifie cette absence de réaction publique aux lendemains du décès de Diana ? Si celle-ci ne fait plus partie de la famille royale et ne mérite donc plus d'égards princiers selon la reine, le peuple, lui, ne l'entend pas ainsi. Le film semble donner l’occasion aux Windsor de s’expliquer.

« Ils ont ton sang sur les mains », écrit le peuple à Lady Di sur le parvis du Buckingham Palace. Entre les reproches médiatiques et les critiques populaires, Elizabeth est choquée. Délaissée par un mari qui part à la chasse, incomprise par une mère obsédée par les protocoles, elle est seule. En conflit avec son fils, en conflit avec les citoyens, Elizabeth semble finalement en lutte avec elle-même. Mais au-delà de la bataille de la femme, de la grand-mère aussi, contre la reine, c’est peut être ce face à face avec le temps que raconte le film.

Car une institution ancestrale ne convient pas plus au Prince Charles que les valeurs d'Elizabeth II ne peuvent être comprises par un peuple en deuil. Un peuple dont seul le premier ministre est en mesure de le rapprocher de la reine. Et au milieu de cette tourmente, c’est en effet Tony Blair qui va se porter au secours de celle-ci car s’il est rongé d’ambition, il n’en semble pas moins impressionné par sa majesté.

Notre avis...

Stephen Frears n’est pas un inconnu. On lui doit « Les Arnaqueurs », « Liaisons dangereuses » mais aussi « Madame Henderson présente ». Le réalisateur s’était déjà frotté au thème du pouvoir politique en Grande Bretagne, notamment avec son téléfilm « The Deal », où il traitait des relations entre le premier ministre Tony Blair et Gordon Brown. Dans « The Queen », on sent un profond respect pour l’aristocratie et l’establishment, une certaine pudeur mais aussi la crainte de tomber dans la caricature.

On comprend qu'Helen Mirren ait été récompensée par la coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine. Malgré ses réserves initiales, car l’actrice s’était déclarée contre la monarchie il y a quelques années, elle a relevé le défi. Pour le meilleur car elle est remarquable.

Si le film reste pour une bonne part de la politique fiction, il a le mérite d’être novateur : c’est vrai, on a vu de nombreux documentaires sur la mort de Lady Di, lu de nombreux articles, peut-être trop, mais « The Queen » est le premier film qui aborde le sujet vu de la cour. Marqué par de fines pointes d’humour, le film, qui surfe avec le documentaire, est très agréable. Une réussite.


A noter...

Sortie DVD: 18 avril 2007
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Published by Souleyma Haddaoui - dans Films en DVD
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