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Comme plusieurs auditeurs insomniaques, travailleurs nocturnes ou autres étudiants studieux, j’ai découvert Katie Melua sur Europe 1, tard dans la nuit, un soir de décembre 2003. L’album s’appelait Call off the search et la chanson The closest thing to crazy. La station de radio programmait alors cette toute jeune chanteuse de 19 ans en tant que « découverte ».
Et effectivement, ce fut une belle découverte : celle de la mélodie bien calibrée mais surtout celle de la « force fragile » d’une voix. A la première écoute, on ne peut s’empêcher de penser à Eva Cassidy, cette prodige du « folk bluesy » disparue beaucoup trop tôt qui, selon le propre aveu de mademoiselle Melua, a été une influence décisive dans sa sensibilité artistique. Eva Cassidy tient en effet une place de choix dans le panthéon que s’est choisi Katie Melua, aux côtés de Randy Newman, John Mayall, Joni Mitchell ou encore Bob Dylan, qui ont bercé sa jeunesse.
De la Géorgie à la BBC
Née en ex-URSS à Tbilisi, la jeune Katie quitte la capitale géorgienne avec sa famille alors qu’elle n’a que huit ans pour s’installer à Belfast. De la Géorgie, elle ne garde que très peu de souvenirs si ce n’est… « le goût si appréciable des pancakes » !
Si la musique folklorique irlandaise remplit son adolescence, à treize ans, Katie veut être politicienne ou historienne. Mais c’est finalement par la chanson qu’elle choisit de s’exprimer : après avoir étudié à la Brit School for Performing Arts, Katie Melua est repérée par le compositeur et producteur Mike Batt, qui reconnaît en elle « la vraie originalité des artistes rares ». Il ne faudra que peu de temps pour qu’elle enregistre avec lui son premier album, Call off the search.
Le disque retient par la suite l’attention de Terry Wogan, animateur d’une célèbre émission de musique de la BBC Radio, qui décide de programmer le single The Closest thing to crazy durant l’été 2003.
Un succès immédiat
Le succès ne se fait pas attendre. Alors que le single The Closest thing to crazy s’était placé numéro 10 des charts, son premier album Call off the search sort en Grande-Bretagne en novembre 2003 et, dès janvier 2004, la jeune prodige se retrouve propulsée à la première place des ventes avec près de 1 800 000 copies vendues.
Pleine de cette toute nouvelle notoriété, Katie est invitée à participer à un concert organisé en mars 2005 par la fondation de lutte contre le SIDA de Nelson Mandela. Elle donne aussi une performance remarquée lors de la cérémonie de remise du Prix Nobel de la Paix en Norvège, la même année.
Malgré un emploi du temps de plus en plus chargé, la chanteuse enregistre un nouvel opus intitulé Piece by piece qui sort en Europe le 26 septembre 2005. Nine million bicycles, le single qui en est extrait, lui amène la consécration. Là encore, elle prend d’assaut les bacs européens et internationaux en se plaçant dans le top 5 des albums les plus vendus en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Norvège, au Danemark, en Irlande mais aussi en Islande, en Afrique du Sud et en Pologne. Dans la foulée, elle est nommée aux Brit Awards dans les catégories « Meilleure chanteuse » et « Meilleur album pop ». Avec plus de 3 millions d’albums vendus, Katie Melua peut alors prétendre à une tournée mondiale de dix semaines qui comptera au total près de 150 000 spectateurs. Pour la chanteuse, « la musique est faite pour être jouée live » : formée à l’école de la scène, Katie aime ça et ça se sent !
Depuis 2003, elle a vendu plus de 6,5 millions d’albums dans le monde. La jeune anglaise d’adoption a donc fait du chemin depuis ses 19 ans. Elle confirme son premier succès avec ce nouvel album et… elle a raison : « on reconnaît les grands artistes à l’originalité et à l’excellence de leurs performances sur scène ». Katie Melua est désormais une valeur sûre de la musique.
L’inévitable polémique
Un tel succès public ne pouvait pas prendre corps sans être accompagné d’un semblant de polémique. Ainsi certains détracteurs prétendent-ils que mademoiselle Melua n’est qu’un produit « marketé » par une vulgaire maison de production, avide de profits et souhaitant surfer sur la « vague Norah Jones » : nouvelle mode des chanteuses bluesy à la voix suave, portées par une musique douce teintée de jazz.
Si effectivement des similitudes lient les deux chanteuses, nous préférons souligner qu’il n’est jamais de succès sans jalousies… D’autant que si Norah Jones a incontestablement imposé de nouveaux sons aux ondes FM, il semble un peu hâtif de dire que les interprètes blues et jazzy courent désormais les ondes… Non ?
Quant aux reproches tenant à l’aspect parfois trop lisse de ses compositions, que dire sinon que le blues ne doit pas nécessairement sentir l’alcool et le tabac pour sonner ? Qui pourra jamais dépasser le génie de Son House, Charlie Patton ou encore Robert Johnson qui savaient mieux que personne faire pleurer leur guitare avec un bottleneck ? Plutôt que d’essayer de les imiter, ce qui relèverait du suicide, Katie Melua s’en inspire pour inventer son propre style. Elle est bien dans ses chansons et ça transparaît, le public le sent et cautionne.
Avec ce deuxième album, passant du folk au blues tout en flirtant avec le jazz, Katie Melua s’impose donc, quoiqu’on en dise, comme une voix qui marquera les années à venir. Nos coups de cœur ? Just like heaven, reprise réussie de The Cure, et surtout Thank you stars et On the road again, où cuivres et guitare lancinante se répondent à la façon de John Lee Hooker pour créer un ensemble bien senti et personnel.
A noter…
Site officiel : www.katiemelua.com
Site officiel français : www.katiemelua-france.org