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Sorti en décembre 2006, "Piano Works The Film" nous propose de redécouvrir quelques morceaux choisis parmi les compositions de Craig Armstrong. Réalisé par David Barnard dans les studios Eclair, le film est un merveilleux hommage au Paris de la nouvelle vague. Un coup de coeur qui imposait une rencontre... Si Craig Armstrong a apporté sa touche personnelle à « Romeo & Juliette » et à « Moulin Rouge », s’il collabore avec Luc Besson comme avec Oliver Stone, le virtuose est impressionnant d’humilité.
Rencontre ensoleillée au milieu d’un hiver tamisé par l’hôtel Costes.
Comment le film « Piano Works » est-il né ? Est-ce que c’est vous qui avez contacté David Barnard ou bien c’est lui qui a désiré mettre votre musique en images ?
David Barnard voulait mettre des visuels sur certains morceaux. On s’est rencontré pour en parler et on s’est très bien entendu : ça a été une vraie rencontre. David Barnard est très doué, il a travaillé avec Bjork, Nick Cave etc. mais c’est vraiment notre rencontre qui a été décisive. On a passé un très bon moment ensemble, à Londres, et c’est là que le projet est né. Je lui ai expliqué que j’utilisais ce piano de Paris, ce Pleyel particulier qui n’avait pas été fabriqué depuis 1945, et nous avons décidé de nous en servir pour le film.
Quelle est la particularité de ce piano ?
Ce piano est une histoire incroyable. C’est Luc Besson qui m’en a d’abord parlé en fait ! Il m’a dit que ce piano était en train d’être fabriqué, pour la première fois depuis les années 40 alors nous avons contacté Pleyel afin de savoir s’ils nous laisseraient l’utiliser pour l’album et ils ont accepté. Mais ça a été compliqué en fait car ce piano était un prototype, donc après chaque morceau, nous devions le faire entièrement raccorder. Mais le son est tellement particulier, tellement beau, que ça en valait la peine.
Sur le film on vous voit utiliser votre ordinateur sur certains morceaux… Qu’est-ce que vous faites exactement ?
En fait, je pars d’un extrait que j’ai déjà composé au piano, et que j’écoute avec des écouteurs, et je joue par-dessus cette séquence qui passe en boucle. Ca me permet de jouer quelque chose de plus complexe sans autres musiciens, juste en superposant mes compositions.
Pourquoi avoir choisi de mettre en images les « Piano Works » ?
J’ai fait un concert au Théâtre des Champs Elysées, dont certains morceaux sont dans l’album « Film Works » d’ailleurs, et il se trouve qu’au cours de ce concert, quelqu’un m’a dit : « Vous devriez faire un album consacré uniquement au piano ». Je lui ai répondu : « Non, non, non, non, je ne suis pas vraiment un pianiste, c’est hors de question. » Je compose au piano, c’est vrai, mais c’est privé ! Je fais ça un peu comme un enfant à l’abri des regards, dans sa chambre ! Vous savez, il y a des choses comme ça, que l’on fait, mais on ne veut pas que les gens nous voient les faire, c’est trop intime… Alors, c’est vrai, maintenant c’est fait, grâce à ma rencontre avec David Barnard, mais encore aujourd’hui, je ne peux pas vraiment regarder ce DVD ! Je peux regarder les images, magnifiques, du film de David Barnard, mais me regarder jouer, non, c’est vraiment impossible !
En effet, j’ai lu que vous étiez avant tout violoniste, mais vous composez au piano…
J’ai d’abord été violoniste oui. Mais quand j’étais petit, ma tante, qui était aveugle, m’a appris le piano. Pour tout vous dire, je n’ai pas été un élève très discipliné car je profitais de son handicap pour regarder la télévision pendant qu’elle me donnait ses cours ! Alors non seulement j’ai d’abord eu un professeur qui ne pouvait pas voir la position de mes mains mais en plus j’ai appris le piano en regardant la télé ! Mais elle a été une bonne enseignante. J’ai joué jusqu’à neuf ou dix ans puis j’ai évidemment arrêté, comme tous les enfants : j’ai préféré jouer au foot !
A douze ans, j’ai commencé le violon mais c’est presque une histoire de hasard. En fait, je voulais jouer de la trompette, et le jour où quelqu’un est enté dans la classe, et a demandé « qui veut jouer de la trompette ? » et bien… Je me suis manifesté mais j’ai levé la main trop tard ! Alors je n’ai jamais joué de cet instrument, juste parce que je n’ai pas été assez réactif et, comme il ne restait de la place que dans les cours de violon, très déçu, j’ai joué du violon.
Plus tard, j’ai repris le piano vers ma quinzième année. J’improvisais, pour moi, pour m’amuser, puis jusqu’à mes dix-sept ans j’ai repris des cours.
A la Royal Academy ?
Oui, à la Royal Academy. J’ai eu une excellente professeur là-bas. Puis maintenant, deux jours par mois, j’y enseigne. C’est vraiment agréable de rendre un peu de ce qu’on nous a donné. J’aime beaucoup enseigner, je suis ravi de le faire, et d’autant plus à Londres, où je peux faire les musées quand je ne suis pas en train de donner mes cours !
Comment est-ce que vous définiriez votre musique ? Ce n’est ni du jazz ni du classique mais vous semblez vous en inspirer… Ca ne ressemble à rien qui existe !
Oui, c’est vrai… Ce n’est pas intentionnel vous savez, ça vient comme ça. Ma mère était une grande fan de jazz, et moi j’adore Chet Becker. Après, à la Royal Academy, j’ai appris à écrire pour des orchestres et comme je jouais du violon, ça a facilité mon travail d’écriture pour les instruments à cordes. A cette époque là, j’ai été bassiste aussi, dans un groupe. Peut-être que tout ça m’inspire, certainement, je ne sais pas en fait… Aujourd’hui, j’aime encore le jazz bien sûr, et je continue à jouer du classique puisque chaque année, je joue au moment de Noël pour l’opéra écossais. Cette année, le concert a été enregistré pour la première fois, par « EMI Classics » d’ailleurs. Donc je reste imprégné de différents genres. Mais je ne sais pas d’où vient ce que j’écris : j’écris des choses et je préfère laisser les autres définir ce que c’est !
Les noms que vous donnez à vos morceaux évoquent toujours des situations ou des lieux particuliers. Est-ce que ce sont les situations qui vous inspirent la musique ou bien la musique qui vous rappellent au contraire des états ou des endroits… les deux peut-être ?
En effet, j’aime donner des noms qui renferment de tout petits moments ou des détails. J’intitule mes morceaux plutôt à posteriori. C’est vrai, je pourrais ressentir quelque chose en quittant Paris et tenter de le mettre en musique, pourtant je fais plutôt l’inverse : une fois que le morceau est écrit, je l’intitule « Leaving Paris ». Je peux écrire un titre pour quelqu’un par exemple, oui, mais je ne prémédite pas ce que j’écris.
Quels sont vos projets actuellement ?
Dernièrement, j’ai collaboré avec Oliver Stone pour « World Trade Center », son dernier film. Là, j’ai envie de prendre du temps pour moi, d’aller au Japon ou en Inde. Mais pour le moment je travaille pour un autre film, avec un réalisateur indien qui s’appelle Shekhar Kapur, qui a réalisé « Elizabeth ». Peut-être qu’on aura l’occasion d’en reparler bientôt…
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