Au pays du réveil...
On sait tous que la nourriture vendue dans les McDo et autres Burger King n’est vraiment pas ce qu’il y a de plus sain. On se doute qu’à ce prix là, la qualité de la viande n’est pas extra et, si l’on a déjà mangé un « vrai » steak haché, on peut quand même remarquer un léger décalage de saveur. Mais aurait-on pu imaginer autant de cynisme dans la gestion si bien ficelée de cette industrie ?
Toutes les machinations de la restauration rapide américaine sont passées au crible dans ce film… Epouvantablement réel ! Des traitements réservés aux animaux que nous mangeons jusqu’aux conditions de travail des employés des abattoirs « Fast Food Nation » nous met face à une simple évidence: la merde est le maître mot de cette industrie. Car non seulement nous la mangeons, mais elle est manipulée par des gens qui prennent l’habitude d’être traités, eux aussi, comme de la merde. Puisqu’il s’agit de remonter les maillons de la chaîne à partir d’un simple hamburger, il est inutile de mâcher nos mots : c’est parce que la merde est au sommet qu’elle se retrouve dans nos assiettes. Entre les mains de promoteurs avérés et d’industriels blanchis par des lobbies bien huilés, il est bien évident que la merde arrive intacte dans nos assiettes, ne laissant pour seule trace que l’engraissement de capitaux farineux et l’étouffement de quelques décès salés. Evidemment, le débat vire au conflit, entre des idéalistes indignés et des pseudo-réalistes résolus à « faire avec ». Evidemment… Le goût s’apprend, et le palais se fait tôt ! Alors, « évidemment », les choses doivent changer. Reste à savoir comment.
On avait déjà tâté les réalités du fast food avec « Super Size me », un documentaire dans lequel Morgan Spurlock décidait de tester pour de bon les vices du Mc Donald. Un essai fort réussi car les résultats ne laissaient aucune équivoque : on peut bel et bien mourir de la malbouffe ! Mais si l’on pouvait désormais être sûr des conséquences d’une telle nutrition, on n’avait pas encore eu accès aux coulisses de cette industrie : les causes restaient donc floues. Grâce au livre de Schlosser, elles s’éclairent un peu. Adapté par Linklater, le best-seller apportera sans doute son grain de sel dans les débats de l’opinion publique internationale. Pointant de doigt sur l’un des plus gros lobbies américain, le film mérite d’être vu comme le livre méritait d’être lu. Eric Schlosser tenait à nous mettre « le nez dans notre assiette » : le pari est réussi. Indigeste pour les yeux et le cœur, le film est à voir absolument.