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« Vivre, pour elle, c’est s’incliner », écrit Robert Walser à propos de la neige. La phrase pourrait convenir, aussi, à la Blanche-Neige de sa pièce. Sans se priver de ce qu’il y a de surplomb sur l’autre dans ce mouvement de soumission consentie. L’autre, ici, c'est la Reine. Car Reine, Chasseur, Prince, pomme et cercueil, tout a eu lieu et tout se rejoue, dans cet après-conte qu’écrit Walser. Tout a eu lieu pour qu’on en parle. Tout se rejoue parce qu’à la différence des contes, rien ne se solde ici, tout est blocage et impasse obstinée, à défaut virage inattendu.
Rien ne change mais tout bouge. Car pour autant, toutes les positions, de la Reine et de Blanche-Neige, cet axe en pierre de touche de la pièce, sont mouvantes, contradictoires, on dirait interchangeables, dans un jeu d’échec où la parole est assurément poème, mais avant tout pouvoir. Le poème comme broderie nonchalante dans le sur-place imposé du pouvoir. Le pouvoir comme fatalité des affects.
Mettre en scène cette Blanche-Neige n’a jamais consisté pour nous à en déplier les enjeux — fût-ce la magnifique intuition de Walser que le meurtre de Blanche-Neige et la sexualité de la Reine ne sont qu’une seule et même chose. D’ailleurs la pièce échappe à toute tentative de saisie exhaustive et assurée. Faits et sentiments y sont incertains et le statut même de cette incertitude l’est plus encore : ce flou dans la vérité est-il le caprice gracieux de la vie ou l’origine de son désespoir ?
Nous n’avons pas non plus cherché le consentement empathique. La pièce d'ailleurs ne s’y prête pas, elle n’est pas dans le sentiment, mais travaille ailleurs, et plus sourdement. On s’y sera tenu à ce choix, que quoique l’on croie en général, on ne vit de bouleversements au théâtre que ceux qu’il n’a pas prévus. Par provocation on dira que le théâtre n’est pas affaire d’émotions mais de faits, dans son récit et plus encore dans son geste. Qu’on y pose un objet, dont on postule qu’il se tient, et arrive que voudra et pourra. L’émotion y advient de surcroît, le surcroît étant le lieu, hypothétique et nécessaire, de l’autre.
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