Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

Qui n'a pas entendu parler de AaRON ? Si ça ne vous dit rien, c'est juste parce que vous faites partie de ceux - nombreux ! - qui ne se rappellent jamais des noms des groupes et des artistes: "Lili", ça vous dit quelque chose? Ou "Je vais bien, ne t'en fais pas", ce fabuleux livre, ce fabuleux film... Oui, oui, c'est ça, enfin, pas exactement: AaRON, c'est le nom d'un groupe qui réunit deux petits génies, deux hommes aux regards happants, deux hommes aux talents bluffants. Simon Buret et Olivier Coursier.
On voudrait parler de chaque chanson, mais le problème, c'est que ça risque de nous inspirer un livre, alors on se contentera de vous dire que ce premier album est un cadeau, à chaque minute, à chaque note, à chaque mot prononcé. Il y a "U-Turn" bien sûr, le tube, la bande originale du film de Lioret. "U-Turn", c'est l'espoir d'un demi-tour, d'un tournant à 180 degrés, c'est l'histoire d'un homme qui dit à une femme qu'elle est belle, et qui lui promet qu'un autre monde existe, si seulement elle voulait bien qu'il lui serve de guide, si seulement elle voulait bien raccrocher... car oui, ce premier opus est une histoire de maux, une histoire de drogues, une histoire d'amour. "Notre musique reflète le monde parallèle de chacun" confient les artistes: oui, c'est comme ça que nous l'avons ressenti. Le refuge où l'enfant intérieur panse le monde qu'il se doit d'endosser. Simon parle juste, et comme dans ses textes, laisse place à l'essentiel, aux sentiments du souterrain, il conte le non-dit, les à-côtés du quotidien.
Pas de lucidité sans cynisme, pas de paradis artificiel sans paradis perdu, pas de peur de l'avenir sans nostalgie... oui mais... il n'y a pas d'art, non plus, sans envie d'être entendu, pas de création d'aujourd'hui qui ne veuille s'exprimer demain alors... on est sur le fil du rasoir, on écoute ces animaux rendre hommage aux "fruits étranges" qui étaient pendus dans les arbres, quand la ségrégation faisait rage ("Strange Fruits", reprise de Billie Holiday), on écoute l'attente et les rêves qui s'envolent, la peur de l'amour et la conscience du mensonge, autant de cicatrices qu'AaRON a su magnifier.
L'héroïne, la cocaïne, les poussières angéliques et les nuits blanches, des mains sales sur des bras maigres, la bière qu'on boit à corps perdu dans un monde fou, dans lequel un drapeau s'identifie à une guerre ("War Flag"), et dans lequel on nous abandonne... faudrait-il s'étonner que l'on soit perdu ? La vie va trop vite, mais hier encore on était sympathique, demain est un ailleurs qui nous fait peur mais pourtant chez AaRON tout n'est jamais noir ou transparent: c'est un arc-en-ciel, qui transperce des photos en noir et blanc.
La musique fait danser, la musique fait pleurer, elle réveille comme elle endort: Olivier Coursier a ce don. C'est un peintre des notes en trois dimensions, il sait faire passer un rayon de soleil là où le coeur s'arrête. Le rythme ensorcelle, les mélodies restent et les accords... les accords sont magiques. De "Little Love" à "Blow" en passant par nos favorites ("Lili" et "Le Tunnel"), les accords sont magiques.
Tout aussi magique est l'univers de AaRON: entourés par la photographe Vanessa Filho, Simon et Olivier ont su recréer toute l'ambiguité de leur création au travers de leur clip, ou même des images avec lesquelles ils communiquent. La lumière, l'étrangeté, la familiarité... l'univers entier fascine, et quand AaRON est sur scène, l'atmosphère est indescriptible. Ces deux hommes sont sublimes sur l'estrade, envoûtants, fascinants. Des gestes saccadés et une envie un peu folle de danser: Simon se lâche, et on peut pas s'empêcher de se demander d'où vient l'extase. C'est à l'aube d'une carrière de stars qu'on a l'impression d'assister, dans l'intimité du Théâtre des Bouffes du Nord: paysage improbable que ces rayons de lumière rouge et ces sons pop-rock qui résonnent dans la hauteur de la salle... Inoubliable concert, inoubliable inédit, inoubliables émotions.
Simon et Olivier ont un peu plus de trente ans. A leurs sons et leurs mots, ça s'entend. Chez eux il y a la France et l'Amérique, l'Histoire et l'aujourd'hui, le dégoût d'hier, le désenchantement quotidien mais il y a aussi l'amour et la vie. L'Atlantique peut-être ? Après tout, c'est l'entre-deux, un endroit où on ne touche pas le sol mais d'où l'on aperçoit les étoiles... AaRON nous emmène dans le dédale de nos vies, au détour d’une rue, d’un souvenir, l’enfance accrochée à nos regards, portant la lumière nécessaire à toute vision. Entre l'enfant et l'inconscient, on hésite, mais c'est cela qu'on a l'impression d'entendre, l'inconscient qui parle, des confessions trop intimes, celles d'un enfant qui ne sait pas mentir, et qui se fout que toute vérité ne soit pas bonne à dire, ou à voir: "Dont’ care what people say, I’m dreamin’ louder every day".
A noter...
AaRON est à l'Olympia les 20 et 24 novembre 2007 et en tournée dans toute la France en ce moment. Toutes les dates sont sur www.aaronwebsite.com et www.myspace.com/aaronrecordings