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Souad Massi est née le 23 août 1972 dans le quartier le plus populaire et le plus métissé d’Alger : Bab-el-Oued. Issue d’une famille modeste de six enfants, elle est entourée de frères et d’oncles musiciens. A 13 ans, alors que ses amis écoutent du rap ou du Rn’B, elle ne jure que par la musique country américaine. A partir de 17 ans, elle se cherche et enchaîne les expériences scéniques diverses en étant guitariste du groupe flamenco « Les Trianas d'Alger » puis guitariste vedette du groupe de hard rock « Atakor ». Tout en poursuivant en parallèle des études d’ingénieure en urbanisme, elle sillonne le pays, guitare en bandoulière.
L’Algérie est alors en pleine période noire (1995-96). Le couvre-feu freine la carrière des artistes déjà menacés par ailleurs. C’est dans ce contexte que Souad développe un style bien particulier qui emprunte à diverses formes de la musique traditionnelle algérienne tout en s’inspirant de la folk rock. Elle passe des nuits entières à composer, enfermée dans la cuisine familiale. Le mélange obtenu est singulier, porté par la poésie de textes à double lecture. Elle gagne en notoriété, ce qui, dans ces années troubles, n’est pas synonyme de sécurité. Fervente partisane de la paix, elle ne peut se résoudre à l’indifférence à l’égard de ce qui se passe autour d’elle. Lors de ses concerts, elle fait systématiquement monter sur scène une personne du public pour dialoguer pendant une vingtaine de minutes.
Elle croit au pouvoir de la musique pour initier le dialogue. Invitée d’une émission télévisée, alors que la polémique fait rage sur le Code de la famille, elle met les pieds dans le plat : tandis que l’équipe technique la filme en plan serré pour ne pas montrer qu’elle porte un jean (provocation extrême à l’époque), quand la présentatrice lui demande son avis sur des sujets tels que le maquillage, la cuisine ou les fleurs, elle rétorque : « Mais je croyais que j’étais venue ici pour parler des milliers de femmes jetées à la rue avec leurs enfants à cause du Code de la Famille ». Elle ne sera plus invitée à la télévision algérienne pendant plusieurs années.
Elle traverse alors une période très dure. L’artiste est trop libre, trop engagée. Le cabinet d’urbanisme qui l’emploie reçoit des pressions et la licencie. Elle pense un temps tout arrêter. Puis, en 1999, elle est invitée à Paris pour participer au festival « Femmes d’Algérie » qui a lieu au Cabaret Sauvage. Son originalité et sa sincérité touchent en plein cœur le public parisien. Le Directeur artistique d’Island prend alors le pari de lui laisser carte blanche pour la réalisation de son premier album. Elle qui ne devait rester à Paris que trois jours… y vit encore aujourd’hui !
D’albums en albums, un style qui s’affirme et qui s’ouvre
Souad Massi sort son premier album intitulé Raoui en mars 2001. Cet opus, enregistré en quinze jours dans les conditions du live, accueille aussi bien du chaâbi traditionnel algérien que des influences reggae ou encore des sons cap-verdiens. Souad enchaîne alors les concerts. Elle fait notamment la première partie du chanteur algérien Idir à l’Olympia avant de tenir le haut de l’affiche dans cette même salle quelques mois plus tard.
De son propre aveu, Souad fait des chansons « toutes simples qui parlent d’histoires vécues, d’expériences personnelles ». Et pourtant, s’il l’on prend le temps de se pencher sur les textes, chaque chanson cache un message, une deuxième lecture. Dans la chanson phare de ce premier album, « Raoui » (le conteur), elle demande au conteur de lui raconter des histoires pour la maintenir un peu plus longtemps dans l’enfance, pour éviter la confrontation avec la réalité. Des histoires, plutôt des contes oniriques, sur la fille de l’ogresse et le fils du Sultan ou encore l’histoire de cet oiseau qui n’a jamais volé. Dans la dernière strophe de « Raoui », elle met en garde le conteur qui, en rajoutant ou en omettant des faits, pourrait falsifier l’histoire : « Prends garde, dit-elle, il existe une mémoire ». Une jolie manière de dénoncer la propagande, et un geste courageux dans l’Algérie de l’époque.
Avec son deuxième album, "Deb" (brisée) qui sort en 2003, Souad garde les tonalités arabo-andalouses, chaâbi, folk et rock qui la caractérisent désormais, tout en les modernisant. Deb devient l'album de "world music" le plus vendu en France en 2003 et est nominé aux Victoires de la Musique 2004 dans la catégorie « Meilleur album world ». Voguant sur la nostalgie inhérente à sa personnalité, cet album nous replonge dans l’univers poétique et doux de Souad Massi.
La consécration viendra avec l’album Mesk Elil sorti en 2005 qui remporte la Victoire de la Musique 2006 du « Meilleur album world ». Marquée par une escale en Tunisie qui lui rappelle les parfums de son enfance, Souad compose un opus tout en finesse et en souvenirs dans lequel elle se souvient de la maison de son grand-père (« Dar dgedi ») ou encore de l’odeur si particulière du « mesk elil » (chèvre-feuille) qui a bercé sa jeunesse. La chanson « Kilyoum » (« Bientôt ») est un chaâbi algérois métissé de morna capverdienne, un choix relativement osé car le chaâbi n’est traditionnellement chanté que par les hommes. Souad y utilise la mandoline, instrument transmis par l’Espagne et le Portugal et pont historique entre l’Algérie et le Cap-Vert.
Cet album reflète une fois encore l’ouverture de Souad Massi sur le monde. Cette dernière, regrettant la classification systématique des artistes arabes ou africains dans la catégorie « musiques du monde », confie : « Si demain je fais du rock, je vais être cataloguée « musiques du monde » parce que je chante en arabe. Même si je fais du rock. C’est dommage. » Au vu de la version remixée de la chanson « Ilham », rebaptisée « Mahli » en fin d’album, on peut prendre le pari que Souad développera ce côté rock dans les années à venir.
Si Souad Massi a souvent été comparée à la Tracy Chapman ou la Joan Baez du Maghreb, elle reste avant tout elle-même. Son univers personnel est tellement riche qu’il suffit à écarter ces comparaisons. Souad Massi c’est avant tout Souad, fille de Bab-el-Oued, qui jette son cœur et ses histoires dans sa guitare.
Après sept années sur les routes de France et du monde, avec pour seuls objectifs le partage et la rencontre au travers de la musique, Souad Massi a décidé de prendre une pause bien méritée d’un an. Elle termine ainsi sa tournée par une série de dates dans le monde arabe. Après l’Egypte et les Emirats Arabes Unis, elle se produit en Jordanie à Amman le 25 juin 2007 et en Palestine à Ramallah le 27 juin 2007 avant de clore cette jolie tournée à Sens (89) le 30 juin. Elle est accompagnée par des musiciens pétris de talent parmi lesquels Rabah Khalfa à la derbouka, au bendir et aux chœurs, David Fall à la batterie, Jean-François Kellner à la guitare et enfin César Anot à la basse.
Je ne peux que vous conseiller de courir découvrir et faire découvrir cette artiste généreuse et libre. Debout dans la vie, portée par ses convictions et son courage, il fait nul doute que Souad Massi saura vous toucher en plein cœur.

Pour aller plus loin…
Souad Massi au Caire lors de la Fête de la Musique 2007
Site officiel
Sa maison de production
Biographie RFI musique
Mondomix
Video utube Mesk Elil