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Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

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"Mission Possible", une association à suivre

 

« Mission Possible », une association créée en 2002, remporte un succès considérable en aidant des enfants en difficultés scolaires. Partant du constat de l’effondrement du lien social, le programme aide parents et enfants à surmonter leurs difficultés. Un lieu de rencontre où est mise en œuvre une pédagogie exigeante et bienveillante. Morad El Hattab est allé rencontrer l’équipe et les participants.

"Kiffant"

 

Avec M., 18 ans, habitant du 19ème arrondissement de Paris, je conversais sur la crise des banlieues et la violence de certains jeunes. Grâce à lui, j’ai fait une rencontre qui, peut-être, peut redonner l’espoir et l’envie à certains de se mobiliser en faveur de la jeunesse de notre pays.

« Tu sais Morad, si on s’était occupé de nous lorsqu’on était petit, on n’en serait pas là. Il y a une action ici qui suscite le respect et une lueur d’espoir. Elle est le fait d’une association, Mission Possible, qui nous fait kiffer. Celle qui l’a créée est une femme courageuse, qui n’a pas été soutenue, une juge qui est venue vers nous pour proposer d’aider nos petits frères. Ma parole Morad, on a de l’admiration pour elle, ils ont de la chance les petits… Tu sais, cette France là, Morad je la respecte, j’ai envie de tout lui donner ».

J’ai été voir. J’ai rencontré Madame Claude Beau, sa fondatrice, qui en est la présidente. Elle fut notamment juge des enfants pendant douze ans et spécialiste de la justice de proximité. Elle a donné beaucoup d’elle-même pour éviter que la répression ne prenne le pas sur l’éducation.

L’accueil est chaleureux. Elle me fait visiter les lieux. Le cadre est agréable et quasiment familial, joliment aménagé. La cuisine est hospitalière et Mme E. y attend les enfants, qui doivent  sortir de l’école, en préparant le goûter : ils sont accueillis tous les soirs entre 16h30 et 19h. Elle m’explique que les enfants qui viennent ont entre six et douze ans et qu’ils sont orientés par l’Education Nationale car ils sont en « voie de décrochage » : problèmes familiaux, scolaires, comportementaux.

D., éducatrice, m’explique que les enfants trouvent ici une équipe pluridisciplinaire compétente, disponible et engagée, qui met en œuvre une réponse socio-éducative globale pour réconcilier les enfants avec eux-mêmes, et avec la société. Ils bénéficient d’activités individuelles et collectives qui s’appuient notamment sur le jeu et la découverte. Ce  programme oriente leur formidable énergie vers l’apprentissage des règles, la découverte, la création, autant d’éléments culturels qui font qu’ils aiment apprendre et entreprendre. Il agit sur tous les paramètres de développement de l’enfant pour créer de la cohérence éducative.

Evidemment, un tel programme n’aurait pas de tels résultats s’il ne demandait pas aux parents de s’investir. Ceux-ci participent à différents ateliers et à l’organisation du goûter collectif, qui est un moment « d’éducation alimentaire ». Les parents bénéficient également de groupes de paroles où sont abordées les questions qu’eux-mêmes choisissent de soulever collectivement. Ils y trouvent enfin la formation et l’information dont ils ont besoin pour exercer au mieux leur fonction parentale.

Depuis sa création en 2002, cinquante enfants et leurs parents ont bénéficié de ce programme, construit avec méthode et précision. « C’est une association qui aide les enfants à retrouver le calme et la joie de vivre », me dit une maman. « Mon enfant est heureux d’y venir. Il a retrouvé confiance en lui, comme tous les enfants qui y viennent et ses résultats scolaires sont en nette progression. Quant à moi, comme tous les parents, je me sens chez moi dans ce lieu, je peux y venir à tout moment, et cela me rassure. Je rencontre une équipe compétente et bienveillante. Je me sens moins seule, ma vie est plus facile.»

« Aujourd’hui, confie la Présidente de l’association, la qualité de l’action est reconnue. Elle est de plus en plus sollicitée car elle répond à un impérieux besoin : ce n’est pas seulement une mobilisation pour les enfants en difficultés scolaires, c’est aussi une action de proximité plus large, ouverte aux  habitants. »

Quand je lui demande ce qui l’a conduite à créer cette action de prévention précoce, Mme Beau répond en des termes politiques : « il y avait un enjeu de justice sociale. Il fallait créer quelque chose qui soit à la fois plus conforme à nos valeurs républicaines et à notre devoir d’avenir. Les enfants qui viennent vers nous sont intelligents et pleins de ressources. Il ne faut pas attendre qu’ils aient creusé l’écart pour intervenir. »

L’action de Mme Claude Beau apporte un remarquable renouveau dans le travail social. Sa mobilisation, très construite, méthodique, a le souci de l’efficience et repose sur un principe fondamental : le rejet de tout déterminisme pessimiste que certains voudraient voir peser sur les enfants en difficultés. Mais la pédagogie de la présidente est aussi bienveillante qu’exigeante et ce qui la pousse à l’action répond d’abord à son réalisme : elle fait une analyse sans complaisance des risques qu’encourt notre pays s’il ne se résout pas à agir rapidement. A entendre M. dire qu’il a « envie de tout donner à cette France là », il fait nul doute que ce programme mérite de s’étendre à d’autres quartiers.

Plus de flexibilité et plus de confiance

Une rencontre qui fait réfléchir sur les actions gouvernementales. Après avoir rencontré de nombreux acteurs qui dénoncent la lourdeur du dispositif public proposé et le peu de valeur ajoutée pour les enfants, on regrette que les politiques ne s’inspirent pas davantage de telles associations pour réformer un système peu efficace.

Aujourd’hui, c'est une équipe pluridisciplinaire dirigée par la mairie "dans le cadre de la caisse des écoles", et composée par elle, qui prend la décision d'orientation des enfants. Une procédure promue par la Délégation Interministérielle de la ville. Une politique pensée par Jean-Louis Borloo, dont ne nous doutons pas de la bonne foi, mais dont nous doutons de l’efficience. Une fois repérés, les enfants sont orientés mais le dispositif est cloisonné et cloisonnant : d’une part, ces enfants sont catalogués en échec scolaire et il leur est impossible de faire marche arrière. D’autre part, l’action n’est souvent orientée que sur l’un des domaines où l’enfant se trouve en difficultés.

Au contraire, « Mission Possible » est une structure associative souple. Composée d'habitants et d'acteurs éducatifs, l’association indépendante agit à la demande des parents, sur les conseils des enseignants. Ceux-ci assurent ensemble, avec les parents qui adhèrent à leur tour, la mise en œuvre du projet éducatif global pour l'enfant de bout en bout. Un projet éducatif global, mais pensé au cas par cas. Evidemment, et ceci n’est pas un détail, l'espace est ouvert aux heures de la vie locale et non aux heures de bureau, les parents peuvent y venir à tout moment, les enfants aussi. "En un lieu, une équipe, une action". C'est le principe de la cohérence, de la clarté et de la proximité.

L'association appartient aux bénéficiaires qui en sont membres, et ils trouvent là des informations et des formations qui leurs sont nécessaires pour surmonter leurs difficultés et développer leurs aptitudes individuelles et sociales. C'est un projet de développement social qui est très travaillé et qui change le rapport des individus à l'Etat, toujours sur le mode du contrat. L'Etat donne aux familles et aux enfants des moyens pour se construire et en contrepartie, les bénéficiaires entreprennent, s'engagent, se responsabilisent et se qualifient, tant sur le plan individuel que collectif, afin de construire un avenir commun.

Ils apportent à leur tour à leur quartier leur savoir, leur réconfort, leur solidarité... Les habitants peuvent fréquenter l'espace, venir organiser un goûter, une fête collective, venir se ressourcer ou trouver une écoute, un conseil, une aide.

Ce sont deux logiques radicalement différentes qui sont à l’oeuvre. Ici, ce sont les bénéficiaires à qui l'ont fait confiance pour réussir, tandis que là ce sont les équipes éducatives composées de professionnels choisis par la mairie qui font de "la réussite éducative" dans des locaux publics réservés. D'un côté, il y a une injonction aux professionnels de la réussite éducative ; de l'autre, il y a le pari de la confiance et de l'émancipation. Plus de confiance, plus de flexibilité, deux mots qui procèdent d’une même demande : l’indépendance. Pour l’indépendance, certains ont besoin d’aide, et non pas d’assistance. Si ce projet se développe, ce qui est à souhaiter, des millions d'enfants et de parents pourraient peut-être retrouver l'espoir et le dynamisme nécessaires à la vitalité de notre pays.

A noter... 

Mission Possible
6-10, rue Labois Rouillon
75019 Paris
01.40.05.05.39

Site : www.missionpossible.asso.fr

Contact : mission.possible@free.fr

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