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Côté théâtre, on est ravi de parler d'un Académicien qui nous est cher. On est heureux de lire Jean-Marie Rouart au théâtre, dont on savoure depuis si longtemps les romans d’amour et les détours historiques. Sa pièce "Gorki, l'exilé de Capri", est à l'Espace Cardin. Il faut avouer que nous aurions préféré y voir une adaptation du "Goût du malheur" ou d'une "Femme de proie", mais... on sait combien Jean-Marie Rouart est attaché à la noblesse des vaincus et aux ironies de l'histoire, et comme on sait aussi qu'il sait faire de l'histoire un roman d'amour, évidemment, on en parle.
La critique de Michele Taieb
« Gorki, l’exilé de Capri » de l’académicien Jean-Marie Rouart, redonne vie à l’U.R.S.S de 1928, celle du stalinisme triomphant. Maxime Gorki, grand écrivain russe, est aussi l’un des promoteurs de la Révolution. A Capri, celui qui se posait en rival de Tchekhov se trouve à l’apogée de sa gloire littéraire. Là, à soixante ans, il vit les derniers moments d’un exil doré, entouré de trois femmes qui l’aiment chacune à sa façon.
Katarina, son ex-femme, dépêchée par Staline est une idéaliste pure et dure. Farouche partisane du pouvoir communiste en place, elle l’exhorte à rentrer dans son pays pour y recevoir les honneurs et la consécration qui lui sont dus. La sensuelle Baronne Moura Boudberg est la maîtresse de Gorki. Plus ouverte aux plaisirs de la vie qu’à un idéal politique auquel elle ne croit pas, elle voudrait le retenir car elle craint le pire pour son amant s’il retourne en Russie. La troisième femme n’est autre qu’une séduisante romancière, celle qui allait devenir la célèbre Nina Berbérova. De cette jeune poétesse, le vieil homme est amoureux. Elle, attendrie et attirée, s’inquiète.
Au milieu de ses tumultes amoureux, Gorki est tiraillé entre désir et devoir. La douceur de son exil lui offre une liberté de pensée et d’expression qui lui est chère. Mais si son destin est d’être écrivain, il doit retrouver sa patrie pour assumer un rôle officiel… un devoir hésitant, évidemment, à cause du système en place.
Après une longue valse d’hésitations entre ses deux destins, Gorki va retrouver la Russie. Accueilli en héros de la Révolution, il reçoit les honneurs et les privilèges d’un ami du Peuple. Mais ce retour sert également de caution morale auprès des Occidentaux. Là, « assisté » par un médecin qui ne le quitte pas, il revit en pensée ses années de liberté et le souvenir de ses amours, alors qu’il commence à entrevoir la tyrannie et les abus du régime stalinien. « Je suis crucifié par les mensonges », dira-t-il au seuil de sa mort.
A noter...