Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

Publicité

"Tours et détours de la vilaine fille" de Mario Vargas Llosa

 
 


1950. Il a quinze ans, est péruvien. Elle en a treize, elle est chilienne. Elle débarque sur un air de mambo dans une société élégante et bien organisée de jeunes adolescents, et elle renverse tout sur son passage. D’abord lui, Ricardo, Ricardito, elle le foudroie. Elle séduit tous les autres, elle bouscule, elle dérange. Il est amoureux fou, elle disparaît.

 
 

Elle n’était pas chilienne mais péruvienne comme lui : premier mensonge. En elle, mille femmes, en lui, un seul amour. Il la perd, il la retrouve, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ; elle s’enfuit, elle revient, elle repart. Il l’attendra toujours. Ils ne cesseront jamais de se voir et lui de l’aimer, à Lima, à Paris, à Londres, à Tokyo où à Madrid. Elle est l’encre, il est le papier ; il est un seul de ses manuscrits, elle a tant de livres en cours… Il lui faudra une vie pour la connaître, pour la comprendre mais elle aura était absoute de ses péchés avant même de les commettre.

 

Voyager avec Mario Vargas Llosa est un bonheur, et partager les sentiments de ce couple pour le moins insolite est une émotion rare. Le prochain lecteur est à envier.

 

Extraits choisis…

 

« Je tombais amoureux de Lily comme une bête, la façon la plus romantique d’aimer-ce n’était pas de l’amour, mais de la rage, et cet été inoubliable, je me déclarais à trois reprises. La première fois, au balcon de Ricardo Palma, ce ciné du parc central de Miraflores, un dimanche en matinée, et non, elle me dit qu’elle était encore trop jeune pour avoir  un amoureux. La deuxième fois, sur la piste de patinage inaugurée justement cet été là au pied du parc Salazar, et non, elle me dit qu’elle avait besoin d’y réfléchir parce que, bien que je lui plaise un peu, ses parents lui avaient interdit d’avoir un amoureux avant la fin de la troisième et elle était encore en quatrième. Et la dernière fois, peu avant le grand scandale, au Cream Rica de l’avenue Larco, alors qu’on savourait un milk-shake à la vanille, et là encore non, car à quoi bon me dire oui puisqu’on avait déjà l’air amoureux. Est ce qu’on ne nous mettait pas toujours ensemble chez Martha quand on jouait au jeu de la vérité ? Est-ce qu’on ne s’asseyait pas toujours côte à côte sur la plage de Miraflores ? Est-ce qu’elle ne dansait pas avec moi plus qu’avec nul autre aux surprises parties ? Alors à quoi bon me dire sérieusement oui, si tout Miraflores nous croyait déjà amoureux ? Avec sa frimousse de mannequin, ses yeux sombres et coquins et sa petite bouche aux lèvres charnues, Lily était la coquetterie faite femme… » (page 14)

 
 
 

« Par sa faute, chez moi, les illusions qui font de l’existence quelque chose d’autre qu’une somme de routines s’étaient envolées. Parfois, je me sentais vieux…. Pourquoi persistait-elle à m’appeler, périodiquement ? Parce que, dans sa vie intense, je devais être une des rares choses stables, l’idiot fidèle et amoureux, toujours là, attendant son appel pour dire à ma maîtresse qu’elle était encore ce qu’elle avait cessé d’être, ce qu’elle ne serait bientôt plus : jeune, belle, aimée, désirable. Ou peut-être avait –elle besoin de quelque chose ? Ce n’était pas impossible. Dans sa vie soudain un petit trou était apparu que le pitchounet pouvait combler. Et avec son caractère glacial, elle n’hésitait pas à me relancer, convaincue qu’il n’y avait ni douleur ni humiliation qu’avec son infini pouvoir sur mes sentiments elle ne puisse effacer en deux minutes de conversation. La connaissant, je savais qu’elle n’en démordrait jamais ; elle continuerait d’insister, à intervalles plus ou moins réguliers… Non, cette fois tu te trompais, ma petite péruvienne, je ne te répondrais pas au téléphone ... » (page 225)

 
 

« A un moment, je la vis s’approcher – je fermai tout à fait les yeux et entrouvris la bouche, feignant tout à fait de dormir – et je sentis qu’elle me couvrait avec l’édredon. Est ce que tout cela pouvait être une farce ? Sûrement pas ? Mais pourquoi pas ? Avec elle la vie pouvait à tout moment devenir théâtre, fiction. Lui demanderais-je pourquoi elle ne m’avait pas répondu au téléphone ces derniers jours ? Essaierais-je de vérifier si elle était allée en voyage d’affaires ? Ou plutôt allais-je oublier cette affaire et me plonger dans ce tendre mensonge du bonheur domestique ? Je sentais une fatigue infinie. Plus tard, alors que je tachais d’accrocher vraiment au sommeil, je sentis qu’elle s’étendait à mes cotés... » (page 352)

 

Infos…

 

Traduit par Albert Bensoussan
Editions Gallimard
Collection « Du monde entier »
404 pages
Sortie le 5 octobre 2006
21 euros

Voir aussi sur CultureCie...

2226173579_01__aa240_sclzzzzzzz_.jpg2846821216.01.jpg la-femme-en-vert-d-Arnaldur-Indridason.jpgla-petite-ran--aise.jpg

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article