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Eric-Emmanuel Schmitt parle des femmes et quelquefois s’amuse à parler comme une femme ou plutôt… comme il s’imagine qu’elle se parle. Une nouvelle commence, c’est une photo volée… qui peut conduire à une analyse bien menée.
Il y a une milliardaire, belle, très belle et dure, sévère, implacable. Pourquoi ? « Wanda Winnipeg » vous le dira. Il y a cette femme, cette rôdeuse, cette voleuse qui entre à sa guise chez Odile et qui lui prendra tout. C’est « L’Intruse ». Il y en a une qui a joué « Back-Street » et qui apprend à désaimer. « Le Faux » vous le racontera. Il y a une fée qui apparaît à ce jeune premier, au détour d’un voyage. Quinze ans plus tard, il espère encore la revoir. Ce sont les pages de « La Princesse aux pieds nus ». Il y a aussi ce « jour de pluie » où elle a dit « oui ».
Il y a ce couple parfait… si la perfection existe, quelqu’un a peut-être « tout pour être heureuse ». Il y a ces rebelles staliniennes, prisonnières, pauvres mères de famille cherchant quel héritage laisser à leurs filles qu’elles ne reverront sans doute jamais… C’est ce que raconte « Le plus beau livre du monde ». Et puis il y a Odette, la femme simple, ses deux pieds bien à plat sur la terre, la terre qu’elle trouve belle parce-qu’elle est tout bêtement heureuse de s’y trouver. « Odette Toulemonde », professeur de bonheur, titre du dernier conte ou leçon pour les désabusés.
L’auteur a écrit ces nouvelles lors d’un tournage et c’est en fait huit petits films formidables qu’il nous propose de regarder. Chaque histoire est admirablement racontée et sous la banale apparence d’un fait divers, elle nous fait inévitablement réfléchir.
Extraits choisis...
« Parfois, j’en viens à souhaiter qu’arrive très vite le jour où ma mère sera redevenue un nouveau-né pour que je la serre dans mes bras. Je lui dirai enfin combien je l’aime. Un baiser d’adieu pour moi. Pour elle, un baiser de bienvenue. » (« L’intruse », p.112)
« En quelques séances, j’avais cerné sa peur : elle craignait surtout que je ne la remarque. Au fond, elle n’éprouvait ni haine ni rancœur envers moi ; elle souhaitait simplement devenir transparente dès que j’apparaissais. Je ne voyais donc plus qu’elle.
J’en vins à cette conclusion qu’elle cachait un secret. Experte en dissimulation, j’étais certaine de mon jugement.
C’est ainsi que je commis l’irréparable : je la suivis..." («Tout pour être heureuse », p.157)
« Les femmes nous plaisent parce qu’elles arrivent enchâssées dans le chaton d’une énigme et cessent de nous plaire sitôt qu’elles nous intriguent moins. Elles croient que les hommes ne sont attirés par leur entrejambes ? Erreur, les hommes sont davantage attirés par leur romanesque que par leur sexe. La preuve ? S’ils s’éloignent c’est plus à cause des jours que des nuits. Les jours passés sous la lumière crue du soleil à discuter ternissent plus l’aura d’une femme que les nuits occupées à se fondre l’un dans l’autre… Les plus grands coureurs de femme sont des mystiques en quête de mystère qui préféreront toujours dans la créature féminine ce qu’elle ne leur donne pas à ce qu’elle leur abandonne. (« La princesse aux pieds nus », p.192)
Infos...
19 euros
Edition Albin Michel
Parution : Novembre 2006
281 pages
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