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Charlotte Gainsbourg fut célèbre avant même de voir le jour. Fille de la chanteuse anglaise adoptée par la France et du russe blanc consacré figure de l’existentialisme à l’étranger, Charlotte est le fruit du couple le plus tendancieux ces folles années : le scandaleux tandem Jane Birkin – Serge Gainsbourg. Née le 21 juillet 1971, elle est aussi la filleule de Yul Brynner, rendu célèbre par les caméras hollywoodiennes. De quoi présager un destin tout tracé… Pourtant, la " fille de" a réussi à se faire un prénom en tant que chanteuse et un renom aussi bien au cinéma qu’au théâtre.
Dès 1984, elle fait sa première apparition sur grand écran avec « Paroles et musique », où elle incarne la fille de Catherine Deneuve. Aux côtés de Christophe Lambert et Richard Anconina, elle tourne pour Elie Chouraqui. L’année suivante Claude Miller lui offre son premier rôle principal dans « L’Effrontée ». Une performance éprouvante dont elle sort récompensée par le César du meilleur espoir féminin. Charlotte a quatorze ans.
Lancée, elle marche dans les pas de son père qui la fait tourner dans « Charlotte for Ever » en 1987. Puis elle tourne deux films d’Agnès Varda sous le giron de sa mère : « Kung-Fu Master » et « Jane B ».
1989 est l’année des retrouvailles avec Claude Miller qui la prend pour « La Petite Voleuse », dans un film écrit par François Truffaut. Le cinéma n’est encore qu’un passe-temps. Parenthèse enchantée dans la vie d’une petite fille comme les autres. Elle continue ses études et s’inscrit, le bac en poche, à un cours de dessin. Elle aspire à être peintre. Mais « Merci la vie » bouscule ses plans sur la comète. A 19 ans, elle décide d’arrêter ses études afin de se consacrer au 7ème art. Heureux hasard, ce choix lui permet de rencontrer Yvan Attal sur le tournage de « Aux Yeux du monde » d’Eric Rochant. Longtemps amants, aujourd’hui mariés, ils élèvent leurs deux enfants, en préservant leur intimité.
Il faut attendre 1996 pour que Charlotte soit consacrée au cinéma pour son rôle dans « Love etc. » de Marion Vernoux, pour lequel elle est nommée au César de la meilleure actrice. Les rôles s’enchaînent ensuite. Elle revient à un mode plus léger pour incarner son propre rôle dans la comédie de Michel Blanc « Grosse fatigue », puis retrouve Eric Rochant sur le plateau d’ « Anna Oz » avant de transcender « Jane Eyre ». Ce film de Zeffirelli, aussi sorti en 1996, ne fut pas un gros succès public mais la fait connaître sur la scène internationale.
Trois ans plus tard, en 1999, « La Bûche » de Danièle Thomson ouvre une nouvelle ère : Charlotte rompt définitivement avec son image d’introvertie qui, entre éternelle adolescente et rebelle effrontée, semblait murée dans son mal-être. Charlotte incarne une femme profonde et toujours un peu en marge d’une famille qu’elle regarde avec lucidité mais le visage épanoui de cette femme affirmée suscite la surprise et l’engouement du public comme de la critique. Récompensée cette fois-ci par le César du meilleur second rôle, elle élargit sa palette d’interprétation en même temps qu’elle commence à séduire un nouveau public.
Elle prend alors la liberté d’élargir sa palette d’actrice avec « Passionnément » de Bruno Nuytten mais aussi « Nuremberg » et « Félix et Lola » qui la fait travailler aux côtés de Philippe Torreton en 2001. La même année, son compagnon Yvan Attal, que l’on connaissait notamment grâce à Eric Rochant, qui l’avait fait tourner dans « Un Monde sans pitié » et « Les Patriotes », décide de se mettre à la réalisation. Pour son premier film derrière la caméra, il la met en scène dans le caustique « Ma Femme est une actrice ». Le succès est au rendez-vous. Ils renouvèlent l’expérience avec « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ».
2006 est décidément l’année Charlotte Gainsbourg. Elle brille à l’affiche de trois films : l’inquiétant thriller « Lemming », la petite merveille onirique de Michel Gondry « La Science des rêves » et la comédie romantique « Prête-moi ta main », dans lequel elle retrouve Alain Chabat. La musique inspirant souvent le cinéma, elle termine actuellement « I’m Not There » de Todd Haynes, un film biographique sur la vie de Bob Dylan.
Mais Charlotte n’a jamais non plus cessé de chanter. Après le hit « Lemon Incest », elle travaille avec son père, qui lui écrit un album en 1986. Le titre « Charlotte Forever », extrait de l’album éponyme, est un succès. Il en est de même du « Zéro pointé vers l’infini ». En 1994 elle chante, cette fois avec sa mère, le « Di doo dah » de Serge Gainsbourg pour une soirée des Enfoirés au Grand Rex. Mais ses ambitions musicales dépassent le giron familial. En 2000, elle susurre sur le single « What it Feels Like for a Girl », de Madonna. En 2004, elle chante l’allusif « If » en duo avec Etienne Daho, dans son album « Résurrection ».
Vingt ans après l’album liminaire incesticide « Charlotte for Ever », Charlotte Gainsbourg sort son second opus « 5:55 ». A peine sorti dans les bacs, son nouvel album caracole déjà en tête des ventes. Charlotte, mûrie par ses 35 printemps, livre un album à son image: écartelé entre doutes et certitudes. C’est pourquoi elle ne murmure ni dans les aigus, comme sa mère, ni en français, comme son père. Et lorsque c’est Air, le must de la pop aérienne, qui signe la musique, et Jarvis Cocker, l’ex de Pulp, qui écrit les paroles, le résultat ne peut laisser indifférent. Belle voix, donc, qui porte entre rêve et veille, des déclarations d'amour sur le fil de la distance...
Même si des échos « Gainsbouriens » résonnent à travers les mélodies mélancoliques des Versaillais et les chuchotements diaphanes de Charlotte, le ton musical reste personnel. « C’est moi qui m’attend au tournant », (s’) avance-t-elle.
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