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“Je m’voyais déjà... En haut de l’affiche”... On se doutait bien que les chansons d’Aznavour avaient une part autobiographique. Avec ‘Les temps d’avant’, on n’a plus de doutes : même les plus célèbres ont connu la galère, la rue même, avant d’enchaîner les succès. Fils d'immigrés arméniens, le fameux chanteur livre la facette humaine du mari, du père ou encore de l’ami à travers une vie qui est à la hauteur de sa carrière.
Extraits...
"A l'entracte, j'étais déjà en coulisses; puis vint le moment crucial où l'orchestre attaqua mon introduction. J'entrai en scène. Maigres, très maigres, les applaudissements. Seuls les inconditionnels et mes amis étaient de mon côté. Un soir de première réunit en effet surtout les gens qui, de près ou de loin, font partie de la profession. Une chanson, deux chansons, six chansons, rien, public glacial, à foutre le camp sans un mot, sans un regard. Je transpirais sang et eau, je tremblais de tous mes membres, mais je donnais le maximum de moi-même. Après la septième chanson, un faux rideau était prévu; cela devait être ma chanson coup de poing. D'autant que j'avais imaginé pour celle-ci une mise en scène assez révolutionnaire pour l'époque, où l'on ne jouait pas encore avec des effets d'éclairage. J'attaquais:
A 18 ans j'ai quitté ma province
Bien décidé à empoigner la vie
Le cœur léger et le bagage mince
J'étais certain de conquérir Paris." (Chapitre "1960 : vedette à l'Alhambra".)
"Ce n'était pas celui de Cyrano, de Pinocchio ou de Cléopâtre, c'était le mien, et le nez des miens, ni juif ni bourbon, mais le nez arménien. Reine [NDLR: une amie de Piaf] reprit: «Je connais un chirurgien qui fait des miracles. C'est un bon ydde [NDLR: juif], comme moi, et bien qu'il soit très sollicité, je suis sûr qu'il fera un bon prix pour l'un des nôtres.» Ce à quoi je répondis: «Mais je ne suis pas juif, moi.» Un moment surprise, elle ajouta: «Tu n'as qu'à pas le lui dire, après tout, c'est pas dans ton pantalon qu'il va opérer.» «Mais, même, je n'en ai pas les moyens.» Edith alors se manifesta: «Ça serait une bonne chose pour ta carrière. Et puis, allez, je te le paie, ton naze.» [...]
Cette simple opération a changé ma vie, et je n'ai eu qu'à me réjouir de cette amputation qui, en m'offrant un changement sensible de profil, m'a permis de penser que je pourrais enfin chanter quelques-unes des chansons d'amour que j'écrivais pour les autres." (Chapitre "1960 : vedette à l'Alhambra".)
Informations...
Date de publication : 3/10/2003
Editeur : Flammarion
Pages : 354
Prix : 20 Euros
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