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« Un innocent aux fers et c’est l’humanité entière qu’on enchaîne.» Paul Eluard
Assis au fond de la salle, j’écoutais Mariane Pearl, au côté de son fils Adam, et j’ai aimé son discours d’introduction au Concert car il n’y avait pas de virgule mécanique, non, que des virgules en harmonie avec le sens des mots Honneur, Courage et Fidélité. La mesure de ses phrases, du souffle qui les traverse, son degré de clarté, d'ombre, nous donnent la mesure de notre propre respiration, de notre propre lumière.
Et je me souvenais alors de ce que disait Jacques Lacan du désir : «Le désir de l'homme est le désir de l'Autre»; si l'Autre vient à manquer, il en résulte que le désir disparaît. Mais plus les chansons s’élevaient, plus elles constituaient à mes yeux la preuve la plus vraie, la plus étonnante, quasiment héroïque et absolument émouvante, de l’appétit de vivre. Comme un réceptacle, on désire être fécondé par ces paroles de paix ou, comme un écran, on désire éprouver physiquement la présence de l'Autre absent.
Dire l'indicible. Le paradoxe renvoie à l'impossible rencontre de l'Autre, mort parce qu’Autre. Comme si à l'approche de l'Altérité, le désir se niait; la transgression devenait superfétatoire; le silence s'imposait. Silence miroitant notre refus du silence face à la barbarie.
Certains critiques supposent que c'est de l'inracontable, de l'insignifiant — qui indique peut-être à son tour l'irracontable qui se trouve à l'autre extrémité… l'infiniment impensable et l’infiniment meurtrier.
Merci à tous ces artistes dont le message a consisté à privilégier l'unité fondamentale des hommes et des femmes en tant qu'êtres humains. Cette « Diversité dans l'unité » est le point de départ, ce concept d’« Harmony For Humanity », c'est l'unité du genre humain.
Les artistes et les organisateurs de cette soirée ont intelligemment rappelé à ceux qui se complaisent dans le culte des racines de ne pas perdre de vue les branches ! Cette boutade rejoint la critique sérieuse que fait l’écrivain Edouard Glissant de la « racine, unique, une souche qui prend tout sur elle et tue alentour » et à laquelle il oppose le rhizome « racine démultipliée, étendue en réseaux dans la terre ou dans l'air ». Et il ajoute : « La pensée du rhizome serait au principe de ce que j'appelle une poétique de la relation, selon laquelle toute identité s'étend dans un rapport à l'autre. »