Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

Publicité

Edito - Morad El Hattab rend hommage à Daniel Pearl

Le lundi 6 novembre 2006 se tenait un concert, au Casino de Paris, en hommage à Daniel Pearl, journaliste assassiné en 2002 par des terroristes au Pakistan. Pour la première fois en France, la nouvelle génération d’artistes français chantait la paix en se mobilisant autour du concept "Harmony For Humanity", grâce à l’association Music Days Daniel Pearl France, qui a organisé le concert.

Morad El Hattab, lauréat du Prix Littéraire pour la Paix et la Tolérance, était dans le public. Cet événement lui a inspiré des lignes qu'il nous a confiées, à nous et à d'autres. On pourrait présenter Morad El Hattab comme un philosophe musulman, ayant puisé son inspiration chez un lecteur du Talmud. Mais il est plus qu'un apôtre d'Emmanuel Lévinas.

En 2003, la publication de ses "Chroniques d'un buveur de lune" m'avait interpellée. Puis cette lecture m'a touchée, et m'a parfois donné la force de poursuivre des objectifs, de coller à des idéaux, les jours où, malencontreusement, la vie mettait sur mon chemin des gens qui confondent l'intelligence et la naïveté. Des gens qui ne voient pas que, de la rêverie, de l'espoir, de la simplicité, peuvent naître le courage, la force, et parfois même le changement. Il y aura toujours des cyniques pour sourire à la simple évocation de la paix, pour tourner en dérision les initiatives des associations, ou pour avoir peur des universaux qui, pourtant, ont fait avancer le monde. Bien sûr, la "dignité humaine" est encore bafouée tous les jours; c'est vrai, la guerre tue chaque seconde; évidemment, le "changement" a souvent été larvé, et peut faire écho, dans notre pays, à des campagnes politiques qui sont plus sûres de vider un mot de son sens que de faire gagner un candidat, ou de mener, véritablement, au changement. Mais rappelons-nous... Dans les années 1850, Victor Hugo défendait la liberté de la presse. Dans les années 1870, il s'indignait d'un "état violent": il n'y avait pas de citoyennes. Dans les mêmes années, en plus de rêver des droits des femmes, il pensait aux droits de l'enfant (Cf "Le Droit et la loi et autres textes citoyens"). Il a été moqué, on a ri, beaucoup ri de son "ridicule". Il reste du chemin à parcourir, pour la dignité, pour les femmes, pour les enfants, pour la presse. Et pour tant de choses encore. Mais il y a eu, incontestablement, du progrès. Parce qu'il y a eu des Hommes pour écrire que "l'essentiel n'est pas d'inventer l'idéal, mais de réaliser" (Emmanuel Lévinas). Parce que l'histoire, plus ironique que les cyniques, a parfois transformé les ridicules en visionnaires, les rêveurs en grands hommes.

Morad El Hattab est irréductible à l'appellation de "philosophe musulman". Tout comme Emmanuel Lévinas est bien plus qu'un "philosophe juif". Chaque époque a ses Grands Hommes, et certains lieux communs n'en restent pas moins vrais. Mais qu'est-ce qu'un Grand Homme? Un écrivain engagé, un rêveur invétéré, un homme politique dont les programmes dérivent de poésies? Le débat est ouvert évidemment, mais à cette question, je répondrais simplement: les Grands Hommes sont peut-être ceux qui ont œuvré pour penser l’universel, ceux qui, en plus d’avoir les connaissances et le talent, ont le courage de penser leur temps « aujourd’hui », justement parce qu’ils se reconnaissent, avant tout, dans le genre humain.

Les lignes qui suivent sont écrites par un homme qui, avant d'être un homme, avant d'être philosophe, avant d'être musulman, est humain. Je suis fière, et encore surprise, d’avoir été sollicitée pour les publier, à cause de l’estime que je porte à Morad El Hattab : ses lignes portent en elles une conception du monde dans laquelle je me retrouve, personnellement, depuis la publication de son premier livre. Mais si je suis fière de les publier, c’est parce qu’elles rejoignent le sens que je donne à l’expression, parce que le but, en créant un site internet, en écrivant pour des journaux ou pour la recherche, est toujours le même : écrire pour transmettre, informer, donner à penser. Partager un moment qui nous évoque mille lectures et tenter de comprendre son temps, en s’interrogeant.

Si Morad El Hattab est irréductible au laïc musulman qu’il est, il se trouve que, comme beaucoup de musulmans, il est laïc. Il est trop rare d’entendre les propos de ce qu'une de mes proches, musulmane, française, et laïque, appelle une majorité silencieuse. Pourtant, en deux ans de recherches aux côtés d’Alain Touraine, j’ai rencontré de nombreuses musulmanes, laïques ou non, voilées ou décolletées, qui tenaient des propos semblables à ceux qui suivent. Au cours de mes voyages au Liban, au Maroc ou ailleurs, il en a été de même. Donner à lire et à voir ce qui, à mon sens, n’est pas assez vu ou entendu : c’est ce qui m’a conduit à la recherche, au journalisme, à la création de Culture & Cie. Alors ses mots ont mille raisons d’être ici. Parce qu’ils rendent compte de ce que quelqu’un ressent pendant un concert, parce qu’ils s’engagent contre la barbarie, parce qu’au-delà de la liberté de la presse, c’est la liberté humaine qui est en jeu, et c’est cela que Morad El Hattab défend, contre les fous de Dieu.

Merci à lui de nous avoir choisi, avec d'autres médias, pour relayer ses propos. Notre tout jeune site, encore incomplet et imparfait, ne pouvait espérer plus belle vitrine.

Lire l'article de Morad El Hattab

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article