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C'est assez rare, mais il arrive parfois que certains auteurs qui nous ennuient platement ne déchaînent pas pour autant en nous une critique disproportionnée mais... simplement de l’indifférence. Il doit sans doute y avoir quelque chose d'attachant dans ce que Marie Desplechin nous propose dans ces pages pour que cette lecture, qui constitue quand même à nos yeux une perte de temps, n’engendre rien de plus que… le rien. Sauf quand on n’a que ça dans notre sac et qu’on attend quelqu’un qui est en retard, parce que c’est un peu comme si l’on n’avait rien à lire en attendant: là, ça peut provoquer la mauvaise humeur. Malgré un manque évident d'envolée lyrique et malgré des sujets dont l’ordinaire nous ferait perdre notre vocabulaire, on n’arrive pas à trouver ces nouvelles franchement mauvaises, ou prétentieuses par le simple fait qu’elles aient été écrites, mais simplement sans intérêt.
La première nouvelle avait quelque chose d’accrocheur, à commencer par le sujet : « Pluie d’été » raconte LA connerie par laquelle chacun ou presque est passé dans sa vie : "Il bredouillait. Il a démarré la voiture. Nous sommes allés chez lui. Rien n'est plus étrange que de faire l'amour avec quelqu'un qui est votre ami depuis des années. Nous avions beau rire et plaisanter, j'ai gardé toute la nuit l'impression de trahir un bon copain. Trop de sympathie et pas assez de sentiment. Quand il s'est endormi, je suis restée immobile dans la nuit, les yeux ouverts, à penser doucement. Les idées allaient en moi comme des oiseaux dans une cage, se heurtant au hasard des plafonds." S'ensuit une déprime ordinaire, qui ne prend pas aux tripes, et puis ça s'arrête brutalement. Parce que le lecteur se heurte à son tour à des plafonds que l’auteur ne veut pas démolir. Non seulement cette première nouvelle aurait pu être plus drôle, plus sincère, plus angoissante, mais le reste du recueil est vraiment décevant.
Comme nous l’avons déjà dit à propos de « La Danse de l’albatros », il est vrai que des tas de livres, de scénarios ou de pièces parlent de choses aussi ordinaires et aussi simples tout en ayant ce quelque chose de profond qui touche un lecteur ou un spectateur alors… Comment expliquer qu’avec des sujets aussi divers et simples, ces nouvelles ne nous emballent pas ? Coucher avec son meilleur ami, rendre service à des copines qui vous traitent comme de la merde quand elles deviennent connues, ne pas se rappeler par quel miracle un inconnu s'est retrouvé dans son propre lit, boire du gin jusqu'à se jurer que l'eau est notre meilleure amie... Ca aurait pu être amusant, non ? Alors, que dire, sinon que notre perception est purement subjective et qu’un individu parmi d’autres n’a pas été touché par ce qu’un individu parmi d’autres a mis en livre. Pourquoi ? Parce que ce lecteur parmi d’autres n’y a pas vu d’âme. L’auteur raconte sans se livrer. Trop de pudeur ? Pas assez d’ironie ? Nous dirions simplement : pas assez de sincérité.
Le point commun de ces lectures contemporaines, c’est ce constat encourageant pour les jeunes auteurs, et déplorant pour les lecteurs : on peut mépriser la grammaire et la ponctuation et trouver un éditeur. Au vu des romans parisiens, on aurait presque tendance à dire que c’est un plus pour être publié. Ultime pointe du dérisoire et du trendy contemporain ? Quant au bavardage ou au récit plat, ça n’a pas desservi Nicolas Rey qui, racontant qu’il « court à trente ans » après sa vie, nous ferait plutôt penser qu’il court après sa plume. Beaucoup de gens n’ont rien à dire tout en étant poignants, d’autres rien à raconter tout en sachant écrire, quant à ceux qui, à nos yeux, ont de la matière mais ne nous livrent rien, nous respectons leur besoin d’écrire, comme nous respectons le jury du prix Médicis, mais nous ne conseillerons pas leur livre. Au final, ce que nous retenons de ce recueil est l'exact reflet des nouvelles que nous vous en donnons: pas très intéressant, pas insupportable à lire non plus, mais on s'en passerait.
Notes...
Marie Desplechin est co-auteur de "La Vie sauve", prix Médicis Essai 2005.
Informations...
Prix: 5,50 euros
Editions Page à Page, Points
152 pages
Parution: 2005. 2006 en poche
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