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Difficile de parler de quelqu’un qui ne veut pas parler de lui… D’autant plus quand il s’agit d’un photographe dont les clichés évoquent un flou fort artistique. Ironie du sort… C’est l’anonymat qui a éveillé notre curiosité : nous ne passerons donc pas sous silence le mystère de Stéphane C. D’ailleurs, le journaliste, et les lecteurs, sont en droit de se poser la question : ironie du sort que cette envie de parler de mystère ? « Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière » nous avait enseigné Jean Giono. Peut-être une stratégie finement menée que cette décision d’initialiser un nom pour mieux « mettre les images et leurs forces en avant », mais peu importe, car les images parlent.
Mystérieuses ces images ? Sans aucun doute. L’objectif se pose sur des personnages qui descendent des escaliers dans l’ombre, et qui ne se laissent dévoiler que de dos. Il s’arrête sur un arbre dont les branches ne dévoilent que le flou d’un hiver atemporel ou encore immortalise une série de portraits dont on ne peut distinguer les visages… Incontestablement, le nom de cet artiste n’est qu’une introduction à son œuvre. « J’élimine toute information, dit-il, pour insister sur l’universalité des photos choisies : les titres de mes projets sont courts, les expositions portent des noms énigmatiques. Mes tirages n’ont pas de titres, et d’ailleurs, il est impossible de localiser mes images, de les rattacher à un lieu précis ou à une époque particulière ». Mais le flou, s’il peut déconcerter, n’est pas une image vide de sens. Les clichés de Stéphane C. agissent comme un dialogue interrogeant le spectateur : le photographe a arrêté le temps, mais tout a pu se passer dans les secondes qui ont suivi ou précédé l’instant qu’il nous dévoile. « Ce qui est important se cache dans des directions, des suggestions, des possibles », confie l’auteur. Des possibles dont l’étrangeté peut déranger, mais ne peut pas laisser indifférent. Il y a une dimension inquiétante dans l’œuvre de Stéphane C., qui appelle notre regard à devenir acteur. C’est peut-être davantage ce que la photographie ne dit pas qui nous convoque, que ce qu’elle veut bien dévoiler. Après avoir travaillé dans la musique autour de photographes, de graphistes et de vidéastes, Stéphane C. a quitté une maison de disc pour se consacrer entièrement à ses images. Davantage « exalté par des rencontres que touché par la photographie », il est inspiré par la musique, le cinéma, la littérature ou la peinture, de Giacometti à Barcelo. Depuis 2003, il rattrape le temps « perdu » en se jetant dans sa propre création « de manière assez boulimique », confie-t-il. Un investissement qui n’est pas sans résultat, puisque la galerie KBB de Barcelone, où a notamment exposé le photographe Michael Ackerman, lui a consacré une exposition au début de l’année, intitulée « OK ». Actuellement, Stéphane C. peaufine son dernier projet, « L », tout en travaillant sur une série de portraits d’artistes de son style, que l’on aura certainement l’occasion de découvrir bientôt.
(propos recueillis par AE)