"Le grotesque de nos agissements, le dérisoire de nos gestes ne se mesurent jamais au moment où ils ont cours, sinon nous n'agirions pas, et notre vie ne serait qu'immobilisme."
Quinze ans, dans le seizième arrondissement de ces années là, c'est l'âge de la solitude et de l'inconsistance. L'âge du manque d'assurance et de la fascination. L'aube de cette rentrée réserve au jeune narrateur une grande rencontre - et il le sent. Alexandre, magnifique beauté russe à l'arrogance adulte, est parachuté en cours d'année dans un univers affadi. Mais lui qui impose son style et son ton dans la cour de récréation se révéle n'être qu'une pâle copie de sa soeur Anna...
Les quinze ans de Philippe Labro, c'est le moment précis où il devient homme sans vraiment quitter l'adolescence. Tout se mêle dans une écriture mûre tout en nous faisant penser à un premier roman. Mais il fallait du recul, et de l'humour, pour nous livrer un tel cadeau. Nous avons tous connu une silhouette qui s'impose, un style que l'on imite, quelqu'un qui fascine, dans la cour de récréation. Ici il s'appelle Alexandre. Sa "russité" suscite forcément l'admiration. Mais ce port de tête, cette écharpe flamboyante, cette impertinence se révéleront appartenir à quelqu'un d'autre : c'est à sa soeur que ce petit adulte vole les manières. Et c'est d'elle que notre narrateur va tomber éperdument amoureux. D'un amour pur, dévoué, obstiné... Le premier. Mais ces quinze ans là sont aussi les années d'un parisien introverti, d'un jeune homme qui regarde "la bande du Scossa" avec dégoût tout en enviant l'aisance d'adolescents à peine plus âgés que lui. Lui qui désespère devant son manque de confiance, lui qui veut pourtant se distinguer des autres... Et voilà qu'il invente un culot qu'il n'a pas et devient directeur d'un journal de lycéens. Des premiers pas vers la gloire que son redoublement aura tôt fait de faire oublier à ses parents. Mais déjà Labro est doué, déjà il veut devenir quelqu'un, déjà le destin lui ouvre la porte des rencontres... Oui Monsieur, nos quinze ans ont été empruntes d'une vitesse que les vôtres n'ont pas connue. Mais nous avons bien eu les mêmes quinze ans.
Extrait...
"Et je me croyais seul dans le flot des lycéens, isolé dans leur foule ; malheureux, certes, et c'est pourquoi je les enviais, puisque je ne pouvais imaginer qu'ils fussent plongés dans la même rêverie informulée, la même hésitation de leurs sens ; mais heureux, aussi, et c'est pourquoi je les plaignais, puisque je m'estimais différent, détaché du commun, désigné par le destin pour connaître -bientôt ! - une émotion unique qui me délivrerait de la gêne qui prend au piège la première jeunesse."
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