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Deuxième roman de Lolita. Celui-là, il faut absolument en faire un film. Le pitch? Il faut restituer le ton du livre pour que des mots puissent en parler. Manon veut s'arracher de son village de province. Elle a un physique, des rêves pas très originaux, et une innocence... A perdre? Derek vit dans une suite au Ritz. A 29 ans, il est milliardaire certes, mais aussi totalement orphelin: son père argentin, sa mère aux goûts sûrs et sa petite amie idéale ont quitté ce monde. Il s'emmerde entre l'Hôtel de Paris et sa maison de Saint-Tropez, quand il n'est pas sur Park Avenue.
On ne peut rien dire de plus sans dévoiler la très mince intrigue de ce livre, suspense qui relève pourtant des idées les plus folles. Rebondissements inattendus entre deux lignes de coke. Changement de décor. Et rien ne se passe. Des surprises bien à lui caractérisent ce roman: elles évoquent bien au lecteur les hallucinations de "The Game", le dément d' "Ed T.V." ou le délirant "Truman Show" mais, comme Lolita n'est pas "belle", mais "pire", ses héros sont simplement déconcertants. Alexandre Jardin avait inventé l'énigme zébresque, Lolita Pille en fait du chewing-gum. Le décalage réside dans le ton, dans l'univers, mais aussi dans la manière d'appréhender l'inconscience programmée.
"Le Zèbre" posait un regard séduisant sur la folie d'un personnage. Entre la naïveté de l'idéalisme et la chute finale venaient se loger l'espoir et les questions enfantines. "Bubble Gum" dit le phénomène provoqué par une rencontre aussi fortuite que fatale. Le sujet de ce livre peut en effet être réduit, comme le dit l'auteur, à un truc mou et rose, qui sent bon jusqu'à ne plus avoir de goût, et qui explose à la gueule quand il éclate. A condition qu'on joue avec. Mais comme Derek joue avec la vie comme Manon attend qu'elle lui fasse signe...
Si le zèbre était un type dont la folie ne faisait que tacheter l'identité, Derek est un dingue dont le grain en trop foudroie l'existence. Pourtant ces deux personnages sont réellement ressemblants: dans le mal qu'ils font aux autres, dans l'ennui que provoque en eux la vie, dans les idées folles qu'ils mettent en oeuvre. Une certaine forme de romantisme les unit, un romantisme animé par l'éternelle insécurité de ces êtres, dont le drame est d'exister, et qui décident impunément d'imposer l'enfer aux autres... Par amour? Un amour égoïste, égocentré et efficace dans ce qu'il a de destructeur pour soi et pour les autres. L'amour du "Requiem pour un fou", l'amour du "Mercure" d'Amélie Nothomb: celui qui ne veut pas exister, qui ne peut pas exister, qui n'existe pas puisqu'il est incarné par des âmes qui ne savent pas aimer tant leurs propres identités provoquent en elles de dégoût. Ces personnages, la littérature, le cinéma, les peintures et les textes de chansons en sont truffés. Ils passent inaperçus quand ils sont mal dits. Ils sont détestables quand les écrivains qui les font naître ont décidé de montrer leurs effets secondaires. Séduisants quand c'est Jean-Marie Rouart, Françoise Sagan ou Alexandre Jardin qui les racontent. Mais ils ont leur place dans une oeuvre pourvu qu'ils soient réinventés et qu’ils sachent la rendre, elle, follement séduisante.
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