Littérature, art contemporain, musiques, théâtre et cinéma : retrouvez le blog du site CultureCie et réagissez à nos articles ! Le webmag branché Culture a désormais son blog qui, comme son grand frère, ne veut "pas parler de tout... pour ne pas parler de rien" !

« Art Statements » rassemble plus de 30 jeunes galeries qui exposent en solo un jeune artiste, choisi par le comité d’Art Basel parmi plus de 290 candidatures. Le but est de promouvoir des artistes encore méconnus, avec des positions ou moyens d’expression plutôt difficiles, ou rares. On retient le travail de Julien Audebert, présenté par la galerie Art: Concept. Le visiteur se fraie un chemin au travers du mini dédale créé dans le stand : un texte est reproduit en petit format sur les murs. C’est « La lettre volée », une nouvelle d’Edgar Allan Poe. Ainsi réduite à une seule ligne, elle se déploie sur 54 mètres ! Au coeur de cette installation, un ektachrome illuminé : c’est une image d’un film compressé, un moment clé de « Blade Runner » de Ridley Scott, qui achève de surprendre le visiteur. Julien Audebert questionne avec brio la position du spectateur, la perception et l’influence du point de vue, le déstabilisant ainsi avec talent, tout en créant des réalités nouvelles. Nul doute que d’être exposé à Bâle est une excellente étape pour ce jeune artiste originaire de Corrèze qui n’a eu son premier solo show à Paris qu’en mars 2008.
Dans le même bâtiment, la visite s’enchaîne avec « Art Unlimited », dont le concept est de laisser les galeries proposer des projets ambitieux, en rupture avec le format habituel des foires, plus limité et commercial. Ici, 70 artistes de 27 pays présentent leurs travaux, dont certains ont été réalisés spécialement pour l’occasion. Parmi eux des noms installés, comme Carl André, Tom Wesselman ou Michelangelo Pistoletto et, à côté de ces artistes dont les carrières ont débuté dans les années 60-70, et dont on admire les oeuvres magistrales, on découvre des artistes encore peu connus, aux multiples moyens d’expression.
Pour « Art Unlimited », c’est un wagon de train vert, de ceux qui ont traversé la Chine au siècle dernier, qui est posé à même le sol, et dans lequel les visiteurs sont invités à rentrer. A l’intérieur, tout est immaculé, mais une odeur bien particulière rappelle avec force l’inconfort du voyage. Les fenêtres ont été remplacées par des écrans de projection sur lesquels défilent des images en continu et sans logique narrative, mélange d’archives de guerre et de la révolution culturelle. Elles sont ponctuées de vues de paysages contemporains et de peintures ou encore de calligraphies de l’artiste aux multiples talents, renvoyant le spectateur aux passés, aux présents, et à ce qui les lient, ou pas.
Posant évidemment avec force la question du rapport à la mémoire et du sens de l’histoire, l’oeuvre plonge le spectateur dans un univers étrange, où les images projetées ne finissent par plus avoir de réalité. Nous sommes invités à la regarder en face, l’amnésie, à la regarder amoureusement presque, et c’est vrai, elle est fascinante, l’amnésie. Si les fenêtres deviennent des écrans, alors le voyage est un train sans fin, dans lequel les fantômes nous renvoient au présent, un présent bien absurde pour un monde mis en question. Les écrans, comme des miroirs, ils sont hypnotisants, ils nous renvoient l’histoire en miroir, la nôtre, la leur, comme les yeux de ces oiseaux morts-vivants d’Emmanuel Berry, « les oiseaux de Sens ». Un train, pour questionner le sens du temps et celui du monde, c’est une idée bien judicieuse, finalement le voyage nous échappe, le grec le disait déjà, le « telos » c’est la fin comme un but, la fin comme une arrivée, la fin comme le sens. Le sens d’une vie, d’un voyage, de l’histoire… de l’humanité ? Alors on voyage pour se perdre, pour être éternellement ailleurs, mais on est embarqué, oui, embarqué dans l’histoire comme dans la vie, embarqué dans la nature comme perdu en elle. Et les superpositions ne deviennent qu’un moyen sans fin, fait d’histoire et de créations, l’Histoire nous a demandé parfois de nous oublier, et peut être que créer, c’est un peu se trouver. Et créer, ça sert à rien, ça n’a pas de sens en dehors du projet, ça ne va nulle part, partout, ailleurs, ça s’enracine où ça peut, mais créer c’est peut-être simplement humain, proprement humain, alors si, ça a un sens.
Le tourbillon d’Art Basel
De Scope à la Markthalle
