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La Tribune de CultureCie


Du 14 au 28 avril 2008 trois professeurs du Lycée Paul Eluard, dont le photographe Nicolas Urlacher, emmènent une classe d’un lycée de Saint-Denis en reportage le long de la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis : de San Diego à Tijuana en passant par Mexicali, les élèves sont invités à réfléchir sur le thème de "la frontière, lieu de rencontre et/ou de conflit". Historiens ou journalistes en herbe, les élèves sont invités à jouer les reporters pendant une quinzaine de jours. CultureCie publiera certains de leurs tout premiers reportages.

Antécédents positifs : post-conflit en Irlande du Nord…

En 2006-2007, M. Jean-Pierre Aurières, professeur d'histoire, M. Cayrel, professeur d'anglais et Nicolas Urlacher, professeur d’espagnol, avaient déjà élaboré un projet pédagogique avec une classe de 1ère ES du Lycée Paul Eluard de Saint-Denis (93). Pendant un an, les élèves avaient réfléchi sur le thème "Vivre après le conflit". Un travail croisé sur toute l'année avait été effectué dans les différentes matières sur les thèmes de la réconciliation, de la paix et de la démocratie en étudiant des cas concrets comme la Colombie, le Rwanda, l'ex Yougoslavie et de l'Irlande du Nord.

Le travail s’était conclu par un voyage d'étude avec cette classe en Irlande du Nord, région engagée dans un processus de paix depuis quelques années. Ce voyage intervenait une semaine avant que les deux camps historiquement ennemis ne siègent ensemble pour la première fois au Parlement de Belfast.

A Belfast et Derry, les élèves ont rencontré nombre de personnalités engagées dans le processus de paix, dont des ex-prisonniers républicains et loyalistes, ayant écopé de lourdes peines de prisons puis ayant été relâchés lors du processus de paix. « Ces personnalités leur ont fait découvrir les différents théâtres du conflit récent, et leur ont fait partagé leur vision et leur engagement dans le processus de réconciliation, confient les professeurs. A la fin du voyage nous avons eu le grand privilège d'être reçus par John Hume, Prix Nobel de la Paix, sur le campus de l'Université de Derry. Une heure de conférence pour les élèves sur son engagement pour la paix, la nécessité du dialogue et de la tolérance. Un échange passionnant s'est engagé entre cet homme hors pair et nos élèves, manifestement impressionnés par ce moment historique. »

Le projet a permis aux élèves de s'ouvrir à d'autres problématiques, de réfléchir sur des concepts nouveaux, qui étaient au demeurant très vagues pour eux. Il a suscité des échanges très enrichissants entre les intervenants et eux-mêmes. « Très souvent nos interlocuteurs ont été favorablement surpris par la qualité de leur écoute et de leurs questions, confient encore les professeurs porteurs du projet. Quant au voyage c'est un truisme que de dire qu'il forme la jeunesse ; mais dans ce cas-là cet aphorisme fut d'une totale pertinence. Transportés dans un milieu très différent de leur milieu habituel nos élèves ont très vite trouvé leurs marques. Ils nous ont étonnés par la maturité de leurs réflexions et la qualité des questions posées. »

Au retour de cette première expérience, une journaliste du Journal de Saint-Denis avait recueilli les impressions enthousiastes des élèves et une exposition de photos avait concrétisé les acquis. Avant le voyage, une petite formation à la prise de vue avait été effectuée par Nicolas Urlacher, professeur d’espagnol au lycée et photographe indépendant par ailleurs. L’équipe avait fourni de petits appareils numériques aux élèves afin que ces reporters en herbe puissent eux aussi laisser une trace personnelle lors de l'exposition. Devant ce bilan très positif, élèves et professeurs entendaient bien renouveler l’expérience.

La frontière mexicaine vue par une nouvelle classe…

Après bien des efforts pour arriver à récolter les fonds nécessaires au renouvellement d’une telle expérience, cette année, 30 élèves de la classe de 1ère ES1 du Lycée Paul Euard de Saint-Denis effectueront un nouveau voyage d'étude : cette fois, ce sera le long de la frontière qui sépare le Mexique des Etats-Unis, entre San Diego et Tijuana, du 14 au 26 avril 2008.

Avant le voyage, les élèves ont abordé le thème de la frontière de manière transversale, avec leurs différents professeurs. Lieu de rencontres, d'échanges et de séparation, le thème est riche en problématiques. Ils ont étudié au préalable les cas des frontières américano-mexicaine, chyprio-turque, la frontière Timor-Indonésie, l'espace méditerranéen et enfin l'interface israélo-palestinienne. Des personnes extérieures, spécialistes de ces questions et de ces zones géographiques, sont intervenues en classe en plus des trois professeurs d'anglais (Martin Cayrel), d'histoire-géographie (Jean-Pierre Aurières) et d'espagnol (Nicolas Urlacher) qui sont toujours les organisateurs du projet et les accompagnateurs et responsables du voyage.

Les élèves ont également été préalablement formés à une approche journalistique des réalités qu'ils vont appréhender : après une formation à la prise de vue photographique et à la post production des images faites, ils ont assisté à des ateliers de sensibilisation à la prise de note journalistique et à l'écriture d'articles, et ont enfin appris à créer un blog, qui sera mis en ligne pendant le voyage et alimenté chaque soir par les photos et comptes-rendus quotidiens.

Armée de tous ces préparatifs, la classe est invitée à réfléchir, sur place, à trois problèmes particuliers relevant du thème de la frontière : la problématique de l'immigration d’une part, le passage de la frontière et la clandestinité ; l’aspect économico-social de la frontière avec l'accord de libre échange (NAFTA) et enfin les identités culturelles existant de part et d'autre de la frontière.

Si le parcours de ce voyage de classe peu commun garde une grande place à l’improviste, les élèves connaissent déjà quelques-unes de leurs escales : la visite d’un centre d'accueil pour les candidats à l'immigration, la Casa del Migrante, est prévue à Tijuana, ainsi qu’une longue marche le long de différents points sensibles de la frontière à Tijuana : Mexicali et Tecate. Ils passeront du poste frontière de Tijuana à San Diego à pied, puis rencontreront divers acteurs vivant au quotidien à la frontière. D’abord la Border Patrol, chargée de surveiller la frontière du côté américain, puis diverses associations : les « Minutemen », association de nationalistes américains surveillant la frontière de manière volontaire, pour alerter la patrouille s'ils localisent des clandestins, puis les « Border's Angels », association qui, entre autres, pose des réserves d'eau sur les points de passage des migrants dans le désert afin que ceux-ci survivent aux conditions climatiques qui peuvent être mortelles. Nos reporters en herbe rencontreront enfin des travailleurs de "maquiladoras", et des membres de l'association « Support Committee for Maquiladora Workers » avant de visiter une école de San Diego et une de Tijuana puis, enfin, le Chicano Park.

Une initiative courageuse, que nous suivrons de près dès le 14 avril.

Actualité & politique sur CultureCie...

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Par AE - Publié dans : La Tribune de CultureCie

Entre scandales et silences, « Salade Maison » fait rage : le documentaire de l’égyptienne Nadia Kamel revisite le passé d’une famille multi-ethnique pour raconter l’identité d’un enfant. Pas évident, quand on n’a pas envie de raconter de salades aux enfants ni aux spectateurs, de revenir sur les traces d’une famille d’exilés, où islam et judaïsme cohabitent pour former une diaspora désunie. S'agit-il d'un documentaire engagé ? Dans sa fresque familiale, Nadia Kamel pose des questions politiques très anciennes, mais de manière nouvelle. CultureCie a voulu revenir, pour l’occasion, sur les mythes et les réalités qui sous-tendent un débat… vieux comme Virgile !

Melting-pot : Virgile & l’Amérique !

Pas si simple en effet de dresser le portrait d'une
« salade maison », et d’ailleurs pas si nouveau : « Salade maison », métaphore culinaire et familiale, fait explicitement écho au « melting pot », et plus précisément au « salad bowl » qui caractériserait l’identité américaine : le multiculturalisme. Mais bien avant le « melting pot », il existait une autre métaphore culinaire : celle de Virgile, « color est e pluribus unus ». Il s’agissait déjà de cuisine : de plantes, d’huile d’olive, le mélange formant un « moretum », une boule de fromage qui a changé de couleur car elle a été teintée par les herbes ! Miracle : « la multitude des couleurs se fond en une seule », tel est ce que dit Virgile.

Nadia Kamel ne remue pas qu’un passé familial avec ce documentaire : elle remue les questions politiques centrales qui traversent toute l’histoire de la pensée, et l’histoire de nos nations. L’identité d’un enfant, comme l’identité d’une nation, est une définition difficile, et soulève des questions fondatrices.

L’expression « melting pot » ou « salad bowl » remonte en effet au véritable sens de la devise « E Pluribus Unum » et, ironie d’une histoire trop souvent oubliée, l’Amérique, elle aussi, a dû choisir, comme le disait Horace Kallen , entre la « Kultur Klux Klan et le pluralisme culturel »* . Car oui, il y a eu des campagnes d’américanisation à 100% dans les années 20 aux Etats-Unis, comme il y a eu « l’assimilation » durant la colonisation.

La question du pluralisme est celle des guerres de religion et des « contractualistes »… celle de Hobbes, de Rousseau, mais aussi celle de Kant. Autrement dit, c’est une question centrale dans la pensée des Lumières, une question aussi, qui a donné naissance à nos nations telles qu’elles existent aujourd’hui.

Des « modèles » ?

Au vingtième siècle, on a assisté au renouveau de ce débat, en particulier aux Etats-Unis. Les « communautariens », qui se réclament d’Aristote, s’opposent alors aux « libertariens », qui se rangent derrière Kant, avec toujours la même question de fond : comment organiser au mieux la coexistence entre différentes religions, différentes cultures, différentes ethnies ? Faut-il donner le primat aux ethnies et aux communautés, ou bien à un universel, dans lequel tout le monde puisse se reconnaître ? La première solution peut mener à l’anarchie ; la deuxième risque de faire des exclus…

Et ces questions remuent encore les pays occidentaux : la pensée du pluralisme, qui a modelé nos régimes libéraux et alimenté les débats philosophiques fondateurs des nations occidentales, fait encore couler beaucoup d’encre. L’ « affirmative action » est finalement encore très jeune, et la question du voile, qui a remué la laïcité française ces dernières années et a poussé le modèle français à se réinterroger sur ses fondements et ses buts, en témoigne.

Le titre même du documentaire de Nadia Kamel invite à penser un multiculturalisme sémite et à mettre en place une coexistence politique viable entre les différentes ethnies qui composent les peuples des pays du Moyen Orient. La réponse des extrêmes, évidemment, n’est pas satisfaisante. Mais celle de l’occident non plus : le modèle occidental est pensé sur le modèle d’une stricte séparation entre le public et le religieux, séparation rendue possible dès lors que l’on accepte de reléguer le religieux à la sphère privée. Comment pourrait-on l’appliquer dans une région faite de nations fragiles, et caractérisée par la présence d’Israël - un pays défini par la religion ?

Surtout, l’alternative occidentale est possible, historiquement, dès lors que le modèle de l’empire est cassé pour accéder à ce que nous avons appelé la « modernité » : la nation. Dans sa « Raison des nations », Pierre Manent rappelait qu’ « au terme du processus des nations chrétiennes, la forme politique avait changé de définition – d’empire elle était devenue nation -, et la forme religieuse, de substance, ou substantif, était devenue attribut ou adjectif. »  Or, ajoute-t-il « l’islam n’a pas connu une telle transformation ou une transformation analogue. » Et de conclure : « Objectivité abrupte de l’islam, pente subjective de l’Occident. Des deux côtés, on est à la recherche de ce qui manque, à la recherche de son contraire ou de son complément. »* Aucun modèle ne pourra jamais être parfait, reste qu'à l'évidence, un modèle oriental reste à inventer, et c'est, sans doute, ce que commence à faire Nadia Kamel en faisant face aux intrications - familiales - mutuelles d'Israël et d'un pays arabe: l'Egypte.

Exils : belle humanité universelle… mais à quel corps politique ?

Le documentaire de Nadia Kamel a pour but de répondre a des questions enfantines : celles d’une identité. Il s’agit d’un enfant, pas vraiment apatride, mais muni d'un passeport de courtoisie, ne lui permettant pas de jouir de toutes les libertés d'un pays qui ne le reconnaît qu'à moitié. C'est finalement un passeport écran, une liberté d'apparence. En France, une palestinienne confie qu'un passeport lui a bien été délivré: à la ligne "nationalité", il est inscrit "apatride": la Palestine n'est pas reconnu comme un Etat.
Sans patrie ou avec une demie-patrie, une demie-reconnaissance, que sommes-nous ? Sans Etat ou reconnus "à demi", que sommes-nous ? Malgré leurs défauts et leurs guerres, les nations constituent bien un corps politique dans lequel il est possible d’établir des règles, de s’entendre, de… remédier à l’état de nature ! Suffirait-il que nous adhérions tous aux mêmes principes humanistes pour nous entendre ? Pas si sûr, et quelle identité ces principes peuvent-ils nous donner ? Sans forme politique, sans « cité », sans nation… pas de passeport, pas de patrie, demi-passeport, demie-patrie... demie-identité, pas d’identité ?

Dans la pensée juive, on trouvera bien des éléments pour soutenir le contraire : dans un entretien mémorable accordé à Antoine Spire sur France Culture, et depuis devenu un livre, George Steiner soutient que l’identité juive est justement fondée sur la diaspora. S’il ne s’agit absolument pas de stigmatiser l’Etat d’Israël, le philosophe juif revient en effet sur cette identité vive et vivante du peuple juif et précise que cette absence de corps politique, avec lequel la pensée juive a vécu pendant des siècles, peut, en soi, conférer une identité à un peuple, pour lequel la religion est alors automatiquement reléguée au privé : un peuple qui s’intègre à différentes nations, à différents corps politiques, son identité n’étant pas définie politiquement mais seulement de manière spirituelle. Mais évidemment, pour qu’une telle intégration soit possible, il faut que les corps politiques dans lesquels s’intègre la diaspora… soient ouverts, autrement dit qu’ils ne privent pas ces individus d’identité politique ! L’histoire est allée dans le sens de la création de l’Etat d’Israël, et pour cause, ces chapitres sont bien connus… Autrement dit, et pour revenir à notre analogie, si Nadia Kamel est en mesure de répondre aux questions de son neveu et si cet enfant n’est évidemment pas sans identité historique et spirituelle, il reste muni d'un passeport fantoche !

La salade de Nadia Kamel : pour la possibilité d’identités plurielles avec passeports !

Une « salade maison », c’est peut-être ce que l’on donne à manger aux enfants en se débrouillant, « avec les moyens du bord », quand on n’a pas d’autres choix en bref. Mais là encore, ce serait bien simple si nous n’étions que des carottes et des feuilles de salade ou des morceaux de gruyère ! « La métaphore du salad bowl, si familière aujourd’hui, est inepte en réalité, explique Denis Lacorne dans sa « Crise de l’identité américaine », parce qu’elle n’est pas soutenue par une véritable « théorie du saladier ». Aucune nation distincte ne peut surgir d’un mélange ethnoculturel qui refuserait toute forme d’assimilation ou d’intégration. »* Nadia Kamel ne refuse pas, elle, toute forme d’intégration ou d’assimilation : elle a l’air de réclamer un peu plus d’ouverture de la part de certains pays qui, eux, n’acceptent aucune forme de mélange et ne laissent donc aucune porte ouverte à l’assimilation ou l’intégration, si ce n'est une porte fantoche.

Il s’agit d’identité… donc inévitablement de politique. Si le documentaire est engagé, c’est l’existence du multiculturalisme qu’il défend, y compris le multiculturalisme alliant des cultures ou des nations en guerre : à lire la phrase de Mahmoud Darwich, qui accompagne l’affiche du film sur le blog de Nadia Kamel, il est clair qu’il s’agit de défendre une conception ouverte de l’identité. « L’identité est ce que nous laissons derrière nous, pas ce dont on hérite. C’est ce qu’on invente, pas ce dont on se souvient. » Tant qu’il y aura des pays pour ne pas partager ce point de vue… il y aura des enfants munis de passeports et privés de nationalités, tel est ce que nous dit en filigrane la réalisatrice. Nadia Kamel propose en effet d’inventer, et elle prône le multiculturalisme contre l’assimilationnisme, la vérité contre le mensonge, le possible contre le radical.

On salue son courage et son engagement. Son documentaire n’a pas fini de faire couler de l’encre. Reste à espérer qu’il ouvrira la voie à davantage de tolérance. A en juger par les dernières nouvelles d’Egypte, il faudra bien du temps : si le documentaire remporte un accueil chaleureux du public… il menace en même temps la réalisatrice d’être rayée du syndicat des réalisateurs égyptiens. « L’auteur exige d’être reconnu comme libre parce qu’il est l’auteur d’une création libre », écrivait Sartre dans un texte méconnu, intitulé « La Responsabilité de l’écrivain ». Les libertés individuelles que sont les spectateurs ne suffisent pas à laisser un auteur libre ; pour être libre, l’auteur est condamné à vivre dans un espace-temps qui reconnaît les libertés individuelles : les différences, celles de la pensée et du sang, celles que doit reconnaître… une démocratie. Nadia Kamel sera-t-elle en mesure d’exercer son métier en toute liberté dans son pays, ou celui-ci va-t-elle la condamner à l’exil ?

Notes...

* « Horace Kallen était le premier penseur du multiculturalisme américain et sa philosophie stimulante, mais traversée de contradictions et inachevée, contenait en germe tous les débats multiculturels des années 1980-1990. » in Denis Lacorne,
« La Crise de l’identité américaine, 1997
*
« Horace Kallen, Culture and Democracy », cité dans Denis Lacorne, « La Crise de l’identité américaine », 1997
* Pierre Manent,
« La Raison des nations », Gallimard, 2006.
* Il ne s’agit pas ici pour nous de défendre telle ou telle conception de telle ou telle religion ou de défendre le primat d’un modèle sur un autre, mais juste d’apporter des éléments qui soient en mesure de replacer le débat dans l’histoire, et de l’alimenter.
*
Denis Lacorne, « La Crise de l’identité américaine », 1997

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"Salata Baladi" / "Salade maison" de Nadia Kamel
Documentaire
Egypte, 2007
105 minutes

Le blog de Nadia Kamel (anglais et arabe)

Mention spéciale pour la musique du film par Kamilya Jubran


"Salade maison" sur CultureCie...

Le film & la critique

L'interview de Nadia Kamel, réalisatrice de « Salade maison »

La bio de Nadia Kamel

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Par Axelle Emden - Publié dans : La Tribune de CultureCie
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En somme, le rêve de chaque auteur ! »

Nos doutes…

De quoi s’agit-il exactement ? « Best seller consulting » cible les écrivains refusés par les maisons d’édition, mais s’adresse aux auteurs en général évidemment, pour leur proposer différents « packages » : du graphisme, de la présentation, éventuellement du conseil, c’est selon… car évidemment il y a plusieurs offres. Les « packs » sont vendus entre 129 et 289 euros, le plus cher garantissant évidemment un maximum de chance de transformer son manuscrit en « best seller » !

Voilà donc l’agence, qui est aussi un magazine virtuel et réel, qui propose à ceux qui ne savent pas se vendre de le faire pour eux : écriture d’une lettre d’argumentaire, liste ciblée de maisons d’éditions, mise en page et couverture, le tout pour une somme finalement dérisoire puisqu’il s’agit de « réaliser son rêve » ! Avec des librairies et des agents littéraires partenaires, « Best seller consulting » compte bien faire de ses auteurs des stars.

Pour ça, il faut évidemment que la presse parle d’eux, la solution est toute trouvée : « Best seller consulting » est aussi un magazine ! « Depuis le 20 décembre 2007, nous lançons un nouveau magazine mensuel spécialement réservé aux auteurs qui souhaitent publier leurs oeuvres "Le Magazine Best Seller Consulting". Chaque mois, nous chroniquerons les manuscrits de nos auteurs qui auront souscrits à nos Packs comme dans les magazines littéraires de grande audience.  Votre renommée va rapidement monter en flèche grâce à notre magazine qui sera envoyé à tous nos partenaires éditeurs, libraires, agents littéraires, à nos lecteurs et  à nos auteurs dans plus de 10 pays à travers le monde. »

On se demande bien comment une telle agence de « consulting » a pu voir le jour dans le pays de l’exception culturelle ! On se demande aussi comment ils pourraient trouver des partenaires sérieux… voyez-vous Gallimard partenaire d’un tel projet vous ? Peut-être naïvement, on imagine qu’au lieu de propulser des auteurs, ça va décrédibiliser certaines maisons d’éditions. On a du mal à imaginer un succès national ou mondial partant d'une telle démarche, qui prend ouvertement le public et les auteurs pour des moutons. Et on espère, évidemment, que ces charlatans qui prennent des auteurs pour des cons et qui réduisent la littérature à la renommée n’auront pas le succès attendu. Car si ça marche, on sera en mesure de se demander : l’édition d’un livre et son succès auprès du public se réduisent-ils à un chèque de 300 euros ?

Envie de voir de plus près...

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www.myspace.com/bestsellerconsulting

 

Par Axelle Emden - Publié dans : La Tribune de CultureCie
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