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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 05:33

Artificial animals Riding On Neverland. C'est un peu les Fleurs du mal, celles de la génération de Mélanie Laurent, des fleurs démoniaques qui poursuivent leur route et qui, comme Heidegger, empruntent des chemins qui ne mènent nulle part. C'est surtout notre coup de foudre de l'année: meilleure chanson, meilleur disc, meilleur concert, meilleur clip aussi... pour nous, et pas seulement pour nous, comme en témoigne le succès grandissant de ces curieux phénomènes.


Genèse d'une rencontre...

Photo Vanessa Filho

Qui n'a pas entendu parler de AaRON ? Si ça ne vous dit rien, c'est juste parce que vous faites partie de ceux - nombreux ! - qui ne se rappellent jamais des noms des groupes et des artistes: "Lili", ça vous dit quelque chose? Ou "Je vais bien, ne t'en fais pas", ce fabuleux livre, ce fabuleux film... Oui, oui, c'est ça, enfin, pas exactement: AaRON, c'est le nom d'un groupe qui réunit deux petits génies, deux hommes aux regards happants, deux hommes aux talents bluffants. Simon Buret et Olivier Coursier.

Simon Buret chante ce qu'il écrit, et il compose aussi même si on le connaît également acteur: il est poète et musicien. Olivier Coursier compose, beaucoup, il donne des ailes à un piano, puis il arrange, puis les titres deviennent des chansons... comme par enchantement.

Début 2004, Simon est invité par une relation commune, à passer chez Olivier, qui travaille sur plusieurs projets dans son home-studio parisien. Simon, de père américain, devait apporter quelques textes en anglais, il repart avec une rencontre scellée sous le nom d'AaRON et un premier titre "Endless Song". En deux mois, huit chansons voient le jour. Puis les obligations de chacun, tournage de film pour Simon, comédien de prime profession ; et tournée pour Olivier, musicien au long cours, raréfient leurs rencontres. Mais au bout d'un an, une vingtaine de chansons sont créées et réalisées, toujours dans le home-studio
d'Olivier. Simon ne cesse pas de créer, c'est une nécessité, une obsession, un besoin instinctif nommé plaisir. Il s'en détache alors et laisse l'auditeur maître du jeu, seul juge.

Histoire d'un succès...

"U-Turn (Lili)", premier single extrait de l'album "Artificial Animals Riding On Neverland", sorti le 29 janvier 2007, et chanson du film de Philippe Lioret "Je vais bien, ne t'en fais pas", porte tous les stigmates de l'histoire d'AaRON.

Simon vient passer des essais pour Philippe Lioret. Olivier et Simon viennent juste de finaliser "U-Turn (Lili)", et le font parvenir au réalisateur. Philippe Lioret décide non seulement d'intégrer cette chanson dans son film mais décide également de baptiser l'héroïne "Lili" (interprétée par la comédienne Mélanie Laurent) après cette chanson.

Près d'un million de spectateurs passent et la musique demeure. "U-Turn (Lili)" s'est vue plébiscitée par des milliers d'internautes en deux mois (105.000 connexions sur www.myspace.com/aaronrecordings), 70.000 streaming vidéo sur YouTube et n° 1 sur I-Tunes pendant un mois. Et pour cause: la première fois qu'on entend ces notes, c'est un peu comme la première fois des Nocturnes ou du concert de Cologne, ça nous évoque Chopin, Keith Jarett, la découverte d'un grand quoi, la découverte d'un nouveau son aussi, parce qu'étonnamment, avec "Lili", AaRON fait remonter à la surface Gymnopédie comme Otis Redding: l'intensité d'un piano, l'originalité d'un timbre, l'harmonie d'un tout... un délice qui frôle la douleur tant le plaisir est intense. C'est le nombre d'or, l'harmonie parfaite, un style sans genre: de l'inclassable.

L'universel d'un monde parallèle...

Photo Vanessa Filho

On pourrait parler de chaque chanson, mais le problème, c'est que ça risque de nous inspirer un livre, alors on se contentera de vous dire que ce premier album est un cadeau, à chaque minute, à chaque note, à chaque mot prononcé. Il y a "U-Turn" bien sûr, le tube, la bande originale du film de Lioret. "U-Turn", c'est l'espoir d'un demi-tour, d'un tournant à 180 degrés, c'est l'histoire d'un homme qui dit à une femme qu'elle est belle, et qui lui promet qu'un autre monde existe, si seulement elle voulait bien qu'il lui serve de guide, si seulement elle voulait bien raccrocher... car oui, ce premier opus est une histoire de maux, une histoire de drogues, une histoire d'amour. "Notre musique reflète le monde parallèle de chacun" confient les artistes: oui, c'est comme ça que nous l'avons ressenti. Le refuge où l'enfant intérieur panse le monde qu'il se doit d'endosser. Simon parle juste, et comme dans ses textes, laisse place à l'essentiel, aux sentiments du souterrain, il conte le non-dit, les à-côtés du quotidien.

Les paroles de Simon Buret sont celles d'un écorché vif, des paroles lucides d'un amoureux des paradis artificiels, des poésies rêveuses d'un ennemi de ces mêmes paradis, aussi. "Chose rare, de l’aveu de l’auteur lui-même, tous les textes sont autobiographiques : amour espéré, fantasmé, parfois contrarié, ou même trahi. Les faux-semblants, les paradis artificiels sont autant de détours racontés sans fard. Les notes d'Olivier Coursier battent le tempo d'un coeur, de "Lili" au "Tunnel d'or", on marche, le temps avance, mais on est au même endroit, dans la même douleur, dans la même peur, dans la même solitude et pourtant rien n'est sans espoir. Il y a toujours de la lumière dans les ombres de ces deux hommes, comme si la pulsion de vie pouvait encore prendre forme dans la destruction... Et après tout c'est vrai, on se sent vivant dans les larmes, et sentir le mal, c'est déjà sentir quelque chose à l'intérieur de soi. Avoir envie de drogues, c'est avoir envie de quelque chose, et c'est déjà autre chose que du vide, et tout savoir des méfaits des poudres, c'est encore être conscient ("Angel Dust", "Beautiful Scar"). Alors on est à la frontière de l'amour et de la mort, et on flirte avec un avenir incertain, mais on se sent vivant aujourd'hui, et même si un poisson rouge peut nous sembler plus humain que l'humanité entière ("Mister K"), il y a toujours un amour pour nous raccrocher à la vie, un amour qu'on aimerait, aussi, raccrocher à la vie.

Coup de foudre à Neverland...

Photo Vanessa Filho


Pas de lucidité sans cynisme, pas de paradis artificiel sans paradis perdu, pas de peur de l'avenir sans nostalgie... oui mais... il n'y a pas d'art, non plus, sans envie d'être entendu, pas de création d'aujourd'hui qui ne veuille s'exprimer demain alors... on est sur le fil du rasoir, on écoute ces animaux rendre hommage aux "fruits étranges" qui étaient pendus dans les arbres, quand la ségrégation faisait rage ("Strange Fruits", reprise de Billie Holiday), on écoute l'attente et les rêves qui s'envolent, la peur de l'amour et la conscience du mensonge, autant de cicatrices qu'AaRON a su magnifier.

L'héroïne, la cocaïne, les poussières angéliques et les nuits blanches, des mains sales sur des bras maigres, la bière qu'on boit à corps perdu dans un monde fou, dans lequel un drapeau s'identifie à une guerre ("War Flag"), et dans lequel on nous abandonne... faudrait-il s'étonner que l'on soit perdu ? La vie va trop vite, mais hier encore on était sympathique, demain est un ailleurs qui nous fait peur mais pourtant chez AaRON tout n'est jamais noir ou transparent: c'est un arc-en-ciel, qui transperce des photos en noir et blanc.

La musique fait danser, la musique fait pleurer, elle réveille comme elle endort: Olivier Coursier a ce don. C'est un peintre des notes en trois dimensions, il sait faire passer un rayon de soleil là où le coeur s'arrête. Le rythme ensorcelle, les mélodies restent et les accords... les accords sont magiques. De "Little Love" à "Blow" en passant par nos favorites ("Lili" et "Le Tunnel"), les accords sont magiques.

Tout aussi magique est l'univers de AaRON: entourés par la photographe Vanessa Filho, Simon et Olivier ont su recréer toute l'ambiguité de leur création au travers de leur clip, ou même des images avec lesquelles ils communiquent. La lumière, l'étrangeté, la familiarité... l'univers entier fascine, et quand AaRON est sur scène, l'atmosphère est indescriptible. C'est à l'aube d'une carrière de stars qu'on a l'impression d'assister, dans l'intimité du Théâtre des Bouffes du Nord: paysage improbable que ces rayons de lumière rouge et ces sons pop-rock qui résonnent dans la hauteur de la salle... Inoubliable concert, inoubliable inédit, inoubliables émotions.

Simon et Olivier ont un peu plus de trente ans. A leurs sons et leurs mots, ça s'entend. Chez eux il y a la France et l'Amérique, l'Histoire et l'aujourd'hui, le dégoût d'hier, le désenchantement quotidien mais il y a aussi l'amour et la vie. AaRON nous emmène dans le dédale de nos vies, au détour d’une rue, d’un souvenir, l’enfance accrochée à nos regards, portant la lumière nécessaire à toute vision. Entre l'enfant et l'inconscient, on hésite, mais c'est cela qu'on a l'impression d'entendre, l'inconscient qui parle, des confessions trop intimes, celles d'un enfant qui ne sait pas mentir, et qui se fout que toute vérité ne soit pas bonne à dire, ou à voir: "Dont’ care what people say, I’m dreamin’ louder every day".


A noter...

CD première édition : janvier 2007
L'album est réédité en septembre 2007 avec 6 bonus
Lien Amazon

AaRON est à l'Olympia les 20 et 24 novembre 2007 et en tournée dans toute la France en ce moment. Toutes les dates sont sur www.aaronwebsite.com , www.myspace.com/aaronrecordings

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Published by Axelle Emden - dans CDs
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