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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 21:56


 

On connaît surtout Justine Lévy pour son deuxième roman, « Rien de grave », sorti en 2004. Pourtant, la « fille de » avait déjà signé un excellent premier roman quelques années auparavant, « Le rendez-vous ». Un rendez-vous que nous n’avons pas manqué et auquel nous vous conseillons de vous rendre.

 

Louise a dix-huit ans. Elle est à l’Ecritoire, place de la Sorbonne, où elle a rendez-vous avec sa mère. Une demi-heure, une heure, deux heures, trois heures… Alice n’arrive pas ! Alors ça laisse le temps à Louise de s’inquiéter, de s’impatienter, de relativiser puis de ne plus s’inquiéter, puisqu’elle a le temps d’y penser, à cette chère et tendre maman, cette femme qui a si peu de ce que l’on attend d’une « mère ». Une mère « à l’ouest », une mère qui n’arrive jamais à l’heure, une maman qui est femme avant d’être mère, à moins qu’elle n’ait oublié d’abandonner l’adolescence pour devenir femme… Une mère qui oublie sa fille à la sortie de l’école, une mère qui embarque sa fille dans des squats quand elle la garde le week-end, une mère qui confie sa fille à n’importe qui dans un parc… et que Louise aime pourtant tendrement. Alice est une femme sublime, naturellement excentrique, simplement désaxée, droguée, ailleurs, nulle part, là-bas, et d’ailleurs, qu’est-ce qu’elle fait, elle est où ? Peut-être avec un homme, peut-être avec une femme, peut-être en train de dormir ou peut-être a-t-elle simplement oublié. C’est avec douceur et sans s’en rendre compte que cette mère a fait du mal à sa fille, qui lui crie, non sans talent, combien elle lui en veut et combien elle l’aime.

 

Mère et fille sont terriblement attachantes dans cette longue lettre de Justine Lévy. Malade, folle, enfantine, cette mère que l’on a toutes les raisons de considérer comme un bourreau devient, à travers la plume de sa fille, un objet fascinant que l’on rêve peu à peu de rencontrer. Alors, avec Louise, on se met à l’attendre, et tour à tour à l’aimer et à la détester, un peu comme on déteste et comme on aime notre propre mère. Inconsciente, inconséquente, irresponsable, celle-ci est originale, quoique… sont-elles si rares, les mères qui ne sont encore que des petites filles ?

 

A force de lire Freud, on finit par se dire que derrière toutes les histoires humaines se cache peut-être une héroïne absente, une mère trop aimée ou trop haïe. Justine Lévy arrive à faire de cette grande absente l’héroïne d’un livre troublant. On peut dire merci à cette mère qui déraille : en donnant à sa fille toutes les raisons du monde de la détester, elle lui a aussi laissé le temps de lui écrire un livre. Pour notre plus grand plaisir.

 

On a aimé le style, on a aimé le ton simple, direct et franc, on a aimé la brutalité et la tendresse de ce premier livre. On a aimé les flash-back et cette manière de nous raconter son histoire. Ce qu’on a trouvé brillant, c’est la justesse avec laquelle Justine Lévy décrit le sort des « petits adultes », ces enfants qui sont eux-mêmes les parents de leurs parents. Pourquoi ils ont raison de détester ces parents, pourquoi ils ont raison de fuir, pourquoi ils n’ont pas le choix et comment ils peuvent les aimer encore et le vide, le déchirement qui s’opère dans les paradoxes d’un enfant solide quand il est responsable et… si fragile dès lors qu’il souffre ! Les refus justes et l’amour irraisonné d’une fille qui a souffert des enfantillages de sa mère : on n’avait encore jamais lu ça sous cette forme là. Et puis on a aimé l’humour, on a aimé la gravité, les désillusions et l’espoir de cette toute jeune femme à laquelle la vie a donné trop ou… pas assez. Justine Lévy est sincère, la plume est vive et spontanée : on rit, on a peur, on compatit, on a pitié, on pleure. L’auteur est à cœur ouvert, les pages sont à vif : difficile, de rater ce rendez-vous.

 

Extraits choisis…

 

« Enfin, elle va venir, car c’est tout de même l’essentiel : maman finit toujours par arriver. Elle commandera une bière pression, dessinera un cœur dans la mousse avec son doigt. Elle ne la boira pas : elle n’aime de la bière que sa couleur. J’ai l’impression de la connaître sur le bout des ongles. Et pourtant, combien de fois, la voyant arriver, me suis-je dit : ce n’est pas elle !
Elle est désarmante.

Elle va venir et, quand elle entrera dans le café, elle tirera à elle tous les regards, et le silence se fera autour de nous. » (p.13)

« J’ai du mal à respirer. L’air, dans la pièce, est devenu épais, moite. Je n’ai pas peur. Car je sais que je bascule, mais que c’est vers maman que je tombe, là où je n’ai jamais pu la suivre, et que bientôt je serai près d’elle, c’est l’affaire d’une minute, d’une seconde peut-être, je vais enfin comprendre, la retrouver et comprendre. J’ai une telle envie de savoir ! » (p.92)

« Oui, bien sûr, c’est mesquin. On ne juge pas l’amour d’une mère à l’aune de ces attentions banales. Comme tu as raison ! Et pourtant…

Nous n’étions pas faites l’une pour l’autre, voilà la vérité. Non, non, laisse-moi finir. Tu n’avais pas que cela à faire d’avoir une fille. Je comprends, je comprends tellement. Cela prend du temps, finalement, de rater une vie. Ce n’est pas si facile. Il en faut, de l’énergie, et surtout de la constance… » (p.172)

 

Quelques citations

 
 
« Maman, grande sage devant l’Eternel. » (p.12)
 
« Cette honte d’avoir tout compris, et cette honte d’avoir honte… » 84
 
« Cela prend du temps, finalement, de rater une vie. » (p.172)
 
« Maman, ma maman, mon anti-modèle absolu. » (p.174)
 
« Sais-tu que j’ai été plus près de toi en t’attendant qu’en te voyant ? »
 

« Je t’attendrai toujours. C’est ainsi que je te retrouve. »

 

Infos...

Paru en 2004
Chez Pocket
167 pages
4,90 euros

Lien Amazon

 

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Published by Axelle Emden - dans Romans & Nouvelles
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