Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

CULTURE & CIE

lire      écouter  voir  sortir   personnalités           films      expos  musique    news art    romans    concerts     ...

Rechercher

CULTURE CIE & VOUS

PARTENAIRES

15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 23:00

Je fais la queue à la caisse de la Fnac Rennes. Le magasin a été chamboulé, c'est un vrai bordel. Les gens se bousculent et sont de mauvaise humeur. Une vieille dame me passe devant. Je n'ai pas envie de la laisser me mettre de mauvaise humeur. "Je vous en prie, je ne suis pas à une minute près", lui dis-je, souriante, alors qu'elle me bousculait. J'aime bien faire remarquer aux vieilles dames mal élevées que les jeunes gens remarquent leur impolitesse. Et j'aime bien faire remarquer aux gens trop pressés qu'ils sont ridicules, qui plus est quand ils sont retraités. Dans le bac des CD vierges et des piles, il y a un ou deux livres délaissés par des clients indécis. Je n'ai rien à faire à part attendre mon tour. Je jette un oeil sur le titre du livre: "Mémoires d'un jeune homme dérangé". Je souris. Voilà qui devrait pouvoir parler à une jeune bourgeoise déjantée... Mais qui est donc l'auteur de cette allusion à De Beauvoir ? Je pousse l'autre livre qui cachait le nom de l'auteur: Frédéric Beigbeder. Prise à mon propre piège: après tout, ce titre m'avait fait sourire, alors pourquoi donc céder à mes préjugés sur ce gringalet arrogant qu'il m'arrivait de croiser dans de hauts lieux de débauches ? Il m'agace à la télévision, je l'avais trouvé prétentieux lorsque nous avions échangé quelques mots lors d'une conférence de presse mais... Mais après tout, c'est vraiment pitoyable de se plaindre d'être victime d'un tas de préjugés et de ne pas tenter d'aller au-delà des siens. Et puis... est-ce que j'aurais lu du Modiano si je l'avais d'abord vu à la télévision ? Non. Ca aurait été une grande erreur ? Oui ! C'est mon tour à la caisse: j'embarque ces mémoires dérangées, ça fera de l'ordre dans ce bac sans dessus dessous.

C'est curieux les préjugés. C'est curieux la médiatisation, l'hostilité des endroits mondains aussi. Les médias n'avaient pas su me donner envie de lire "99 francs": rébellion pathétique d'étudiante en philo ? Peut-être ! Pourtant, c'est Sagan qui m'avait fait aimer la littérature... Comme on peut se tromper sur soi et sur les autres... Heureusement, il y a des gens qui délaissent des livres à la caisse: je m'attendais à du cynisme, à un manque de sincérité, à de l'arrogance, à un ego surdimensionné bien imprimé dans des lignes au talent insuffisant... Comme j'ai été surprise ! De l'humour, des calembours, de la vérité, de la simplicité, du romantisme et tout cela sans que l'auteur ne se prenne au sérieux: autant dire que je m'étais trompée sur toute la ligne. Beigbeder est drôle et simple. Ses jeunes mémoires sont sans prétention et se lisent en... une heure et demie ! Oui, elles sont jeunes et courtes, comme les premières amours: elles n'ont pas de fin, puisque nous avons nos souvenirs. Et nos rêves. Ce qu'elles racontent ? Nos vies ! La sienne, la mienne, la vôtre peut-être: une histoire qui prend fin, des nuits trop arrosées, des habitudes de drogués, de sale gosse, de rêveur, de romantique... qui a le sens des réalités, ou qui sait les inventer. Marc Marronnier est touchant, drôle, humain. Il tombe amoureux, voilà de quoi il s'agit.

Beigbeder est moins trash que Lolita Pille, plus fleur-bleue, moins hard, et bien plus respectueux de la grammaire. Il est plus sincère qu'un Florian Zeller,  plus direct qu'une Audrey Diwan mais c'est à cette génération d'écrivains qu'il appartient, même s'il est un peu plus vieux... Non, Beigbeder n'a pas grand chose de Jean-Marie Rouart ou de Duras. Quoique... Il aime l'amour, et il est lui-même. J'avoue: je ne lis pas Voici. Je ne savais pas que Beigbeder était écrivain.

Extraits choisis...

"En ce temps là, tout était grand. Nous passions nos journées dans de grandes écoles et nos nuits dans de grands appartements. Nous avions de grandes mains, des grands-parents et de grandes espérances. Les adjectifs qui revenaient le plus souvent dans nos conversations étaient "grandiose", "immense", "gigantesque", "énorme". Nous-mêmes n'avions probablement pas terminé notre croissance. De grands hommes ordonnaient de grands travaux, d'autres opéraient de grands changements un peu plus à droite sur la carte de la Grande Europe. De grandes épidémies menaçaient nos grandes envolées lyriques. Nous avions grand peur que cela ne tourne mal. A force, nous étions tentés d'être des gagne-petit." (les premiers mots...)

"Mon exaltation me faisait rire. J'avais enfin l'impression de concorder avec mon temps. Il y avait des révolutions partout, pourquoi pas en moi? On nous parlait de la fin de l'Histoire. Or la mienne redémarrait. La Fin des Idéologies avait engendré une idéologie de la Fin. C'était le culte de la chute. Tout était bien qui finissait mal. Foutaises ! Méfiez-vous de vos idéaux soft car ils m'ont donné des envies hard. Mon réveil sonne. Poussez-vous, j'arrive ! On a voulu faire de nous des lopettes fatiguées et voici qu'une génération déboule, violente, sexuelle, révolutionnaire et amoureuse. Qui a dit que l'histoire ne repassait jamais les plats ?"

"A l'intérieur, je fis l'imbécile. Le club était plein de célébrités, de poivrots, de mythomanes, d'écrivains, de putes et de violeurs. La clientèle habituelle. Je forçais Anne à danser, la quittais pour saluer des copains, embrassais des jolies filles devant elle. Je pensais l'épater mais je ne faisais que la décevoir. Je le sentais, mais continuais mon petit jeu car je n'avais pas d'autre idée, et mon cerveau s'embrouillait. Je ne peux m'en prendre qu'à moi si ce qui devait arriver arriva."

"Je hais les mecs invulnérables. Je n'ai de respect que pour les ridicules (...). Le ridicule est le propre de l'homme. Quiconque n'est pas régulièrement la risée des foules ne mérite pas d'être considéré comme un être humain. Je dirais même plus: le seul moyen de savoir qu'on existe est de se rendre grotesque. C'est le cogito de l'homme moderne. Ridiculo ergo sum. C'est dire si j'ai souvent conscience de ma propre existence."

"Le meilleur remède contre la vie quotidienne, c'est le culte du quotidien, dans sa fluidité. Les hommes craignent la vie de couple, pour une seule raison: la peur de la routine. Cette peur en cache une autre, celle de la monogamie. Les types n'arrivent pas à admettre qu'ils puissent rester toute leur vie avec la même femme. La solution est simple: il faut qu'elle soit bonniche et putain, vamp et lolita, bombe sexuelle et vierge effarouchée, infirmière et malade. Si la femme de votre vie est innombrable, pourquoi iriez-vous ailleurs? Votre vie quotidienne cessera alors d'être une vie de tous les jours."

Mes phrases cultes...

"Parfois il lui arrive de trouver imbéciles ses soirées mais il ne lui viendrait pas à l'idée d'en manquer une."

"Ils hésitaient entre un idéal d'extrême confort et le fantasme aristocratique de n'avoir rien pour avoir tout."

"Rien de tel qu'une ivresse parmi les fantômes pour remettre les pendules à l'heure."

"Il n'y avait ni vainqueur ni vaincu au jeu des sorties: juste un amour victime des paradis superficiels."

"J'aime notre bande: comme dans tous les groupes de copains, nous n'avons aucune raison de nous voir. Juste la déraison."

"Les Rita Mitsouko se sont trompés: les histoires d'amour finissent bien. Sinon, ce ne sont pas des histoires d'amour, ce sont des romans."

"Je suis heureux; tant pis, j'essaie d'écrire tout de même."

"Quiconque prétend comprendre la société devrait obligatoirement s'asseoir au bord de la piste de danse d'une boite de nuit pendant une heure en prenant des notes."

"Un fêtard qui tombe amoureux, c'est quelqu'un qui tourne la page."

A lire, en terrasse, dans son lit ou sur la plage...

"Mémoires d'un jeune homme dérangé"
Frédéric Beigbeder
La Table ronde
147 pages
7 euros
Lien Amazon

A lire aussi sur CultureCie...


bubble.jpglediabledhabillepradaaffiche.jpgla_fabrication_d__un_mensonge.jpg

Partager cet article

Repost 0
Published by Axelle Emden - dans Romans & Nouvelles
commenter cet article

commentaires