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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 00:59


Un excellent roman…

L’intrigue de La mariée libérée, c’est le divorce d’Ofer et Galia qui surgit un an seulement après leur mariage. Suite à cette séparation, Ofer s’exile à Paris sans révéler à sa famille ni à sa belle-famille les raisons de cette séparation. Galia, qui est à l’origine du divorce, refuse elle aussi de divulguer les raisons qui l’ont poussée à demander à son mari de partir.

C’est ce silence qui ronge le père d’Ofer, Rivline, orientaliste de renom et membre du département d’études moyen-orientales de l’université de Haïfa. Lorsqu’il apprend par hasard le décès du père de Galia, il décide de retourner à la pension de la belle-famille afin d’enquêter sur ce mystère. Il se garde bien d’en avertir qui que ce soit et surtout pas son fils, qui lui a interdit de s’approcher de sa belle-famille ou de tenter de percer son secret.

Ne supportant plus la douleur de son fils, qui devient aussi la sienne, l’empathie de Rivline est telle qu’il fait de ce divorce son propre fardeau. Pourquoi ce mariage a-t-il échoué ? Serait-il possible de le découvrir en suivant les chemins méthodiques des scientifiques ? Chercheur et père jusqu’au bout des ongles, Rivline ne peut se résoudre à rester dans l’ignorance à l’égard du maillon manquant qui serait la clé des souffrances de son fils. Cette quête de vérité va devenir obsessionnelle, et c’est sans doute ce qui rend ce père si attachant : la croisée d’un fin portrait psychologique et d’un personnage infiniment touchant.

Une réflexion pertinente…

Si l’on voulait résumer La Mariée libérée, on pourrait dire que ce roman est celui qui défie la frontière. Alors que les échos de cette région du monde sont chaque jour plus pessimistes, ils se rapportent toujours à la même problématique : les limites d’un territoire.

Tout au long du livre, Yehoshua défie et repousse sans cesse la frontière. En introduisant habilement des nuances mais aussi beaucoup de sensibilité dans les caractères de chacun des personnages, il fait sauter les frontières physiques, linguistiques et culturelles d’Israël.

Frontières physiques d’abord, à travers les constants allers-retours de Rivline entre les territoires palestiniens et le territoire israélien. Frontières linguistiques ensuite : l’hébreu et l’arabe sont parlés indifféremment par les uns et les autres tout au long du roman, toujours dans un souci de respect et de courtoisie vis-à-vis de l’interlocuteur. Frontières culturelles enfin : les échanges entre les deux peuples sont toujours raffinés et très riches. Rivline consacre d’ailleurs ses recherches scientifiques au monde arabo-musulman tandis que le vieux majordome de la pension de la belle-famille, Fouad, s’essaie au quatrain…

Un pavé de près de mille pages qui se lit d’une traite, c’est assez rare pour être souligné ! L’écriture est fluide et le livre est bien rythmé : par des tons changeants et par des variations de style très agréables – on passe de la lettre au récit et du récit à la correspondance… c’est un délice !

Extraits choisis...

« Il se dirige vers le fond de la salle, et déplace légèrement un fauteuil ; il tourne ainsi le dos à la réception, face au parc où s’épanouit une abondance de fleurs multicolores dans la belle lumière de l’après-midi, la lumière pure de son enfance de petit garçon triste. Etait-ce déjà comme cela à l’époque ? Si merveilleux ? si riche ? si vaste ? […] Son regard glisse vers le long du sentier menant à la pelouse. C’est là-bas vers minuit, que la jeune mariée, qui s’était débarrassée de son voile et de son boléro, l’avait invité à danser. Et lui, éperdu et heureux, agitait avec application les mains et les jambes, tout en lui répétant, ainsi qu’à la famille, qu’il n’avait pas dansé depuis l’époque des mouvements de jeunesse […] Il avait alors senti un bonheur vrai et profond emplir tout son être, comme si le mariage de son fils constituait la réussite la plus certaine de son existence, plus que tout autre livre ou article qu’il avait écrit ou écrirait à l’avenir »

« S’il avait pu prévoir que ce soir, sur cette colline, au cours de cette noce villageoise et dans l’air que parfume le vieux figuier penché sur leur table comme un invité supplémentaire, la déception et le sentiment d’échec l’étreindraient une fois de plus, il se serait sans doute élégamment tiré d’affaire. Avec une affabilité non dénuée d’autorité, il aurait refusé l’invitation de Samaher, une étudiante de deuxième cycle ambitieuse et tracassière, qui ne s’était pas contentée de les inviter par écrit et de vive voix, mais qui s’était aussi occupée du transport, insistant auprès du nouveau chef de département pour que tous les professeurs lui fassent l’honneur d’assister à son mariage […]
Cela n’a pas empêché le serpent de la jalousie, qui refuse de le lâcher depuis plusieurs années, de ramper sur ses talons jusqu’au fond de la Galilée. Là, dans le petit village d’El Mansoura, près de la frontière nord, il a déployé ses anneaux dans le fumet du mouton à la broche et dansé au son de la lancinante mélopée orientale, entrecoupée ça et là de sons durs et sauvages semblables aux mariages juifs. Le venin de sa morsure s’est fait cruellement ressentir quand – dans sa robe de mariée- est apparue l’étudiante : au lieu de lui présenter le travail de séminaire qu’elle lui doit depuis plus d’un an, elle lui présente son jeune époux. »

Infos…

Paru en 2003 en France chez Calmann-Levy
2005 pour l'édition Livre de Poche
Traduction de Francine Levy
10 euros
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Published by Amina Sabeur - dans Romans & Nouvelles
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