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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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22 mars 2007 4 22 /03 /mars /2007 02:21


1963. Paul Marleau a seize ans lorsqu’il rencontre la jeune Clara lors d’un séjour linguistique en Bavière. Elle, qui porte déjà sa caméra en bandoulière, est la fille d’un ancien docteur de la Wehrmacht. Lui, il a perdu son père à la fin de la guerre. Les deux adolescents ressentent une attirance peu commune. Bientôt ils s’effleurent et se racontent… Dans le village de Clara, il s’est passé  un drame terrible. Paul n’oubliera jamais l’histoire racontée ; Clara, celle de son berceau. Il sera toujours amoureux de la belle, indomptable et inclassable jeune femme. Ils se retrouveront souvent au cours de leurs vies d’artistes. Elle devient une célèbre photographe ; lui, un sculpteur reconnu. Mais tous deux sont ravagés par le Mal d’avant, le Mal des autres, celui qui devient leur propre douleur.

 

Après la guerre, la paix, certes, mais suffit-il de la signer pour qu’elle arrive ? Les dommages restent et les enfants de la guerre, ou de l’après guerre, peuvent subir les silencieuses et non moins atroces souffrances de leurs parents qui, pour se reconstruire… ont fondé des familles…

 

Ces deux là, très jeunes, se sont reconnus, unis dans une douleur secrète qu’ils domineront seulement dans l’accomplissement de leur art. Unis mais pas ensembles, ensembles mais  malades, chacun trouvant son docteur, jamais la guérison.

 

Un très beau livre, grave, et à aucun moment ennuyeux. Le rire de l’ogre était autrefois un conte pour enfants. Il s’est étrangement réalisé dans cette petite ville bavaroise…

Extraits choisis...

 

« … Ne pensez pas à l’âme comme à un cœur, un noyau, une essence… Mais comme à des combinaisons possibles… Il n’y a pas d’être, mais des devenirs qui dépendent de basculements aléatoires, aussi légers que des flocons de neige… Ne cherchez plus de cœur, ne cherchez pas de noyau. Il y a des centres, nombreux, tous décentrés… Tous influents. Et chaque individu est singulier, à la fois irremplaçable et pas du tout nécessaire. Comme n’importe quel déchet, n’importe quelle œuvre d’art, n’importe quel crime ! Acceptez donc de considérer chaque individu comme une … énigme… Oui, une énigme ! Chaque homme est une question dont la formulation ne peut être que très étrange. D’ailleurs, sans énigme, pas d’amour ! Tout ce que je peux vraiment aimer chez l’autre, c’est précisément son énigme, l’interrogation qui le vide et qu’il triballe partout, et qu’il ne saura jamais formuler lui-même et que je suis encore moins capable de formuler à sa place ! » (page 216)

 

« Du passé des êtres les plus proches, voire de leur vie entière, on ne retrouve jamais que des lambeaux pleins de silence et de poussière, comme quand on ouvre des placards contenant des vêtements démodés, dépareillés et quelques traces au fond des poches, vieux tickets, notes de restaurants disparus, pièces de monnaie qui n’ont plus cours et autres brindilles d’une existence effacée. (page 242)

 

« Tu vois, Phil, je voudrais que la chose que je sculpte, on ait envie de la «  toucher  » avec les yeux ! Toi comme moi, on trime, on palpe, on touche, on tâte. On porte des coups terribles : ça s’ouvre, ça se brise, mais on caresse aussi, on frotte, on frictionne. Ceux qui voient l’œuvre finie, pas besoin qu’ils touchent, eux… La sculpture doit donner naissance à un nouveau « regard tactile », une façon d’éprouver le vide et le plein, la matière et l’espace, le grain des choses et le flux qui passe entre les choses. Et pour toucher avec les yeux il faut du recul, un recul intérieur. Il faut aussi savoir regarder en bougeant, tu ne crois pas ? Inventer une façon de bouger. » (page 293) 

 

« Sous la chair et la peau des visages, elle guette des signes d’effroi, des signes de cruauté. Elle traque l’absurdité. La grimace visible du Mal. Elle braque son objectif – quel drôle de terme quand on y pense…- sur la gueule de ceux qui vont tuer ou qui vont l’être. Elle cherche. Elle voit. Mais au fond je crois qu’elle ne voit rien du tout !...

 

Quand elle rentre et vient nous rejoindre, c’est qu’elle n’en peut plus, vous savez. Elle rentre parce que ses petits rouleaux de pellicule lui pèsent comme des cailloux qui l’entraînent vers un fond bourbeux. Jusqu’ici, par chance, elle s’en est sortie… » (page 313)

Infos...

Chez Gallimard
307 pages
Sortie: août 2005
18 euros
Lien Amazon

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Published by Laurence Schmitt - dans Romans & Nouvelles
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