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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 17:25

Raphaëlle a tout pour être heureuse: un peu trop de diplômes, un peu trop d'argent, un peu trop d'insouciance... un peu trop d'ennui. Sur les bons conseils de papa, elle trouve, comme tous les étés, un job qui, peut-être, ramènera cette éternelle étudiante à la réalité. En effet, "si elle avait eu un peu d'intuition", elle ne serait sans doute pas rentrée dans cette boutique. Et pourtant... Pourtant "Mariage 2000" annonce une vraie rencontre avec le réel, à commencer par une rencontre avec quelqu'un. Une certaine Lola, une fille qui est l'exact opposé de la narratrice. Raphaëlle n'a rien vu, rien vécu. Elle a trop de confort mais pas assez de rêves, trop de diplômes mais pas assez d'ambition, trop de lassitude mais pas assez d'imagination. Lola, elle, a vu et vécu trop tôt. Le confort, elle en rêve; les diplômes, elle n’en a pas besoin. Quant à l'ambition... c'est une question d'imagination!

L'histoire? Aucune importance! Anecdotique cette histoire, bien menée, mais superflue. Un superflu que l'on pourrait dire sans surprise car, évidemment, on attend bien une entourloupe de cette Lola, un secret bien gardé, bien dévoilé aussi. Un mensonge brutal, qui n'a de romanesque que le mal qu'il fait aux autres. Un mensonge évident, tranchant comme une trahison amoureuse, auquel tout le monde s'attend à l'exception du naïf aveugle, une naïve en l'occurrence, cette parfaite anti-héroïne qui aura soudain des choses à raconter... Aucune importance cette histoire donc, ce qui importe c’est un regard, un état, le monde intérieur de cette jeune femme qui n’avait rien pour plaire et qui, pourtant, est si bien racontée qu’elle en est attachante.

Parfois, Audrey Diwan ne raconte rien, mais pourtant on ne s'ennuie pas. Le regard est juste, le ton faussement détaché. L'écriture est fluide, la lecture agréable. On lit ce livre le sourire en coin, et on éclate de rire de temps en temps, devant des phrases naturellement incisives, qui disent la vérité, comme ça, sans en avoir l'air, sans insister dessus trop longtemps. On ne pensait pas pouvoir s'attacher à cette Raphaëlle, à cette gamine déphasée qui n'a pris de l'argent que l'ennui dans lequel il la laisse. Pourtant, loin de la provocation et des paillettes de Lolita Pille, loin de la légère gravité d'une Sagan, Audrey Diwan invente un personnage qui est à vif autrement, un premier roman lucide sans provocation. Un premier roman dans lequel il y a l'envie de vivre et de disparaître, les angoisses de l'ennui et une tristesse sans larmes... Un premier roman réussi: on attend les autres non sans impatience!

Extraits choisis...

« Les confidences me faisaient peur. Aussitôt livrées, elles devenaient des armes bactériologiques qui pouvaient à tout instant, dès que le vent tournait, vous exploser à la gueule. Je voulais pas qu’on m’inocule un jour le virus de ma propre existence, qu’on me jette au visage mes pauvres secrets. J’avais construit autour de moi une carapace anti-choc, une bulle de verre qui me protégeait parfaitement des autres et m’enfermait, dommage collatéral, dans une solitude à l’épreuve des balles. J’étais coincée, la plupart du temps, en ma propre compagnie, torture que je ne souhaitais même pas à mon pire ennemi. » (p.47)


« J’étais diagnostiquée inapte au plaisir. Un mal d’autant plus incurable que personne n’avait envie d’en identifier la cause tant elle était injuste. Mes parents étaient trop coupables d’avoir trop voulu mon bien. Mes madeleines à moi n’avaient aucun goût et parfois je me disais que c’était con d’avoir tout eu au point de ne rien regretter. (…) Pourtant, je n’avais pas arrêté de croire en silence que le jour où se pointerait une véritable catastrophe, je serais la fille à la hauteur, celle qui sauverait la situation à la force de son frêle poignet de nantie inactive. J’avais même rêvé la ruine de mes parents, juste comme ça, pour voir. » (p.62)


« Je n’arrivais pas à y croire. La tristesse existait d’un bloc. Une douleur vide. Rien à droite, rien à gauche. Rien pour se divertir. Une punition comme on n’en faisait plus. Mais c’était passionnant cette douleur au milieu de soi, comme un objet d’une inquiétante étrangeté, comme une greffe dont on n’en pouvait plus d’attendre le rejet. J’avais des larmes sans eau, d’autant plus dangereuses qu’elles ne sortaient pas, qu’aucun jaillissement ne mettait jamais fin à l’envie de pleurer. Le pire au final, c’étaient ces larmes intérieures, celles qui n’abîment pas le visage mais qui dévastent tout au-dedans. Une inondation secrète, qui pourrissait lentement les fondations, faisait moisir les espoirs. » (p.138)

La presse en parle...


« La Fabrication d’un mensonge est un premier roman aussi drôle que désabusé, et Audrey Diwan fait preuve d’un véritable sens du rythme et de la formule (extra)lucide ! » - Le Monde des Livres


« Audrey Diwan est, d’évidence, aussi douée pour la fabrication d’un roman bien torché que pour celle de ce péché dit capital, mais tellement utile.

Son écriture procède de la même efficacité et témoigne d’un précieux talent à concilier un style simple et direct avec l’image juste, futée, souvent drôle et empreinte d’une jeunesse de ton qui se refuse à tous les clichés bêtas du jeunisme. » - Le Vif/L’Express


A noter...

En poche le 9 avril 2008

En librairie le 5 janvier 2007
Editions Flammarion
15 euros
Lien Amazon


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Published by Axelle Emden - dans Romans & Nouvelles
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