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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 01:30


Après une tournée triomphale de 80 villes, le spectacle Toc Toc, écrit et mis en scène par Laurent Baffie, revient à Paris dès le 8 mars 2008. Zoom sur l'un de nos coups de foudre 2007.

La pièce de Laurent Baffie est un régal. Nul besoin d'apprécier particulièrement les "vannes" de l'acolyte de Thierry Ardisson pour passer un excellent moment au théâtre du Palais Royal. Portée par une troupe exceptionnelle, la pièce met en scène les "tocs" de six personnalités aux caractères bien trempés. Un par un, les personnages font leur entrée dans la salle d'attente, heureux d'avoir pu enfin obtenir un rendez-vous avec l’illustre docteur Stern, connu pour faire disparaître manies et phobies en une seule séance. Leurs points communs? Ces "tocs" qui gâchent leurs vies et plus encore celles de ceux qui les entourent. Ils attendent. Comment donc ce satané neuro-psychiatre peut-il avoir tant de retard ?

Prenant place dans la salle d'attente, la pièce se déroule dans un huis clos très réussi, bien plus sartrien qu'on ne l'aurait pensé: l'enfer, c'est les autres, justement parce qu'ils nous renvoient en miroir les travers dans lesquels nous ne voulons pas nous laisser enfermer. Comment on se soigne de cet enfer? Peut être en attendant, peut-être en parlant, en se laissant interpeller par les autres, qui nous rendront sans doute plus transparents à nous-mêmes. En laissant ces autres nous imposer un face à face avec soi, en regardant, en écoutant... pour s'oublier. Une pièce freudienne en somme!  Mais qui a dit que les comiques n’avaient rien à dire ?

Drôle et fine, grâce au scénariste, qui ne cessera d'étonner ses contemporains, la pièce est aussi réussie grâce à un Bernard Dhéran sublime, qui campe un personnage déroutant. Un charisme évident, une voix claire et marquée, une attitude posée faite pour lui… qui contraste fort avec le célèbre syndrome de Tourette dont son personnage est atteint ! Mais Dhéran est au-delà de la crédibilité : il fallait juste penser à lui faire dire les pires vulgarités dans un costume à la Philippe Noiret. Une idée délicieuse, et un défi fort bien relevé.

Daniel Russo incarne un malade des chiffres : chauffeur de taxi, il compte les mots, les kilomètres, les secondes, les gens, les probabilités et les statistiques de tout et de rien. Le personnage est agaçant, attachant, drôle évidemment, et on ne saurait contester les talents de ce comédien que l’on avait pu apprécier dans « L’Appât », « Le Bonheur est dans le pré » ou encore « A cran », sans parler de sa nomination en 1995 au César du second rôle pour « Neuf mois ». Il serait tout simplement irréprochable s’il en faisait un tout petit peu moins sur scène : inutile de rire sur l’estrade, et inutile, surtout, de cracher de l’eau sur les spectateurs des premiers rangs (par pitié !).

Claire Maurier, plus célèbre encore pour ses rôles au théâtre que pour ses performances au cinéma, où nous l’avons vue pour la dernière fois dans « Amélie Poulain », est tout simplement hilarante dans le rôle de « Marie » : Dieu est partout, et « Sainte Marie Joseph » cessez donc de blasphémer ! Touchante et juste, elle arrive à rendre cette femme vivante et à lui donner une tournure désopilante.


Sophie Mounicot, que les fans de « H » connaissent bien, endosse quant à elle la femme en blanc : le blanc de la pureté, de l’infirmière, de… la maniaque qui voit des microbes partout et qui se lave les mains des moqueries de ses camarades. « Blanche » aurait pu être très ennuyeuse et pourtant, son personnage est fort accrocheur.


Laurent Baffie avait écrit "Toc Toc" en ayant déjà en tête les acteurs de la pièce. On pourrait dire que ça se sent, mais à voir Zoé Nonn reprendre le rôle de Marilou Berry, on ne le dira pas, car la jeune comédienne est tout simplement parfaite. Dans l’angoissée à la fois timide et révoltée, elle nous livre une interprétation bien plus que prometteuse. Sa présence est étonnante, et son débit irréprochable. Comme les autres, « Lili » porte bien son nom : depuis la mort de son père, la grande enfant répète absolument chacun de ses propos deux fois… Ca aurait pu être fatiguant, c’est aussi réel que théâtral. Une jeune femme que le public français n’a sans doute pas fini de découvrir.


L’amourette avec le très touchant Yvon Martin fait rire et sourire car, à l’image de tous les héros de cette pièce, « Bob » se révèle peu à peu, et il est bien plus que l’homme au nom symétrique qui refuse de marcher sur les traits du plancher.


Au final, des jeunes talents, des comédiens célèbres que l’on n’avait pas encore vus prendre de tels emplois, des répliques qui, entre grotesque et finesse, se jouent des préjugés sans se prendre au sérieux, un scénario cohérent, joué par des comédiens brillants… Rien ne manque à cette pièce vive et intelligente qui appelle, avec humour, cynisme et compassion, à réfléchir. A soi, aux autres, aux maux et aux destins, mais surtout à repenser l’évidence. Baffie sait jouer de ses caricatures tout simplement car ses personnages ne s’y réduisent pas. Et même si on avait deviné la chute, ça n’a pas d’importance, car elle fait sens. On ne peut donc qu’espérer que Laurent Baffie se consacre davantage au théâtre qu’à la télévision, car l’écriture lui va comme un gant, et la télé lui fait écran.

A noter...

Scénario & mise en scène de Laurent Baffie.
Avec Daniel Russo, Bernard Dheran, Zoé Noon, Claire Maurier, Sophie Mounicot, Yvon Martin, Marie Cuvelier (en 2007)

Du 8 mars au 28 juin 2008
Au Théâtre du Palais Royal: réservations ici
Ou au 01.42.97.40.00

Du Mardi au Vendredi à 20h30
Samedi à 17h et 21h
Dimanche à 15h30

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Published by Axelle Emden - dans Théâtre
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