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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 07:13

Chaque année en juin, Bâle devient la capitale de l’art moderne et contemporain, où se pressent collectionneurs et professionnels du monde entier afin d’assister à la grand messe d’Art Basel, la foire de référence qui rassemble quelques 300 galeries parmi les plus prestigieuses au monde, et qui a attiré l’an dernier 55000 visiteurs. De nombreux événements artistiques et d’autres foires comme Volta, Liste, Balelatina ou Scope sont venus se greffer au fil du temps autour de l’événement principal et, dès le lundi 2 juin dernier, deux jours avant l’ouverture officielle de la foire, les aficionados pouvaient commencer leur marathon de visites, dans l’atmosphère paisible caractéristique de la petite ville suisse. Retour sur nos coups de cœur et nos découvertes impromptues, nos voyages et nos déroutes.

« Art Statements » et « Art Unlimited », de savoureux mélanges


On commence en début d’après midi, ce lundi 2 juin, par une visite de « Art Unlimited » et « Art Statements », événements organisés par Art Basel et pour lesquels les galeries n’exposent qu’un seul artiste. Après avoir goûté au champagne et aux fraises proposés à l’extérieur, on découvre les artistes sur lesquels ont misé les galeries participantes.

Julien Audebert - Inside the Letter (the clue) « Art Statements » rassemble plus de 30 jeunes galeries qui exposent en solo un jeune artiste, choisi par le comité d’Art Basel parmi plus de 290 candidatures. Le but est de promouvoir des artistes encore méconnus, avec des positions ou moyens d’expression plutôt difficiles, ou rares. On retient le travail de Julien Audebert, présenté par la galerie Art: Concept. Le visiteur se fraie un chemin au travers du mini dédale créé dans le stand : un texte est reproduit en petit format sur les murs. C’est « La lettre volée », une nouvelle d’Edgar Allan Poe. Ainsi réduite à une seule ligne, elle se déploie sur 54 mètres ! Au coeur de cette installation, un ektachrome illuminé : c’est une image d’un film compressé, un moment clé de « Blade Runner » de Ridley Scott, qui achève de surprendre le visiteur. Julien Audebert questionne avec brio la position du spectateur, la perception et l’influence du point de vue, le déstabilisant ainsi avec talent, tout en créant des réalités nouvelles. Nul doute que d’être exposé à Bâle est une excellente étape pour ce jeune artiste originaire de Corrèze qui n’a eu son premier solo show à Paris qu’en mars 2008.

Carl Andre, Lament for the children, 1976/1996 (Courtesy Paula Copper Gallery, New York)Dans le même bâtiment, la visite s’enchaîne avec « Art Unlimited », dont le concept est de laisser les galeries proposer des projets ambitieux, en rupture avec le format habituel des foires, plus limité et commercial. Ici, 70 artistes de 27 pays présentent leurs travaux, dont certains ont été réalisés spécialement pour l’occasion. Parmi eux des noms installés, comme Carl André, Tom Wesselman ou Michelangelo Pistoletto et, à côté de ces artistes dont les carrières ont débuté dans les années 60-70, et dont on admire les oeuvres magistrales, on découvre des artistes encore peu connus, aux multiples moyens d’expression.

Coup de foudre en Amnésie, au pays de Qiu Anxiong

Notre coup de coeur va sans hésiter au chinois Qiu Anxiong pour son émouvant et impressionnant travail « Staring into Amnésia ». Né en 1972, cet artiste de Shanghai passe des peintures aux animations puis aux installations vidéos, pour proposer des œuvres sensibles à l’histoire et à la nature, à ce que fait l’histoire de la nature, à ce qui pourrait sensibiliser un public à la dégradation de l’environnement.

Pour « Art Unlimited », c’est un wagon de train vert, de ceux qui ont traversé la Chine au siècle dernier, qui est posé à même le sol, et dans lequel les visiteurs sont invités à rentrer. A l’intérieur, tout est immaculé, mais une odeur bien particulière rappelle avec force l’inconfort du voyage.  Les fenêtres ont été remplacées par des écrans de projection sur lesquels défilent des images en continu et sans logique narrative, mélange d’archives de guerre et de la révolution culturelle. Elles sont ponctuées de vues de paysages contemporains et de peintures ou encore de calligraphies de l’artiste aux multiples talents, renvoyant le spectateur aux passés, aux présents, et à ce qui les lient, ou pas.

Posant évidemment avec force la question du rapport à la mémoire et du sens de l’histoire, l’oeuvre plonge le spectateur dans un univers étrange, où les images projetées ne finissent par plus avoir de réalité. Nous sommes invités à la regarder en face, l’amnésie, à la regarder amoureusement presque, et c’est vrai, elle est fascinante, l’amnésie. Si les fenêtres deviennent des écrans, alors le voyage est un train sans fin, dans lequel les fantômes nous renvoient au présent, un présent bien absurde pour un monde mis en question. Les écrans, comme des miroirs, ils sont hypnotisants, ils nous renvoient l’histoire en miroir, la nôtre, la leur, comme les yeux de ces oiseaux morts-vivants d’Emmanuel Berry,
« les oiseaux de Sens ». Un train, pour questionner le sens du temps et celui du monde, c’est une idée bien judicieuse, finalement le voyage nous échappe, le grec le disait déjà, le « telos » c’est la fin comme un but, la fin comme une arrivée, la fin comme le sens. Le sens d’une vie, d’un voyage, de l’histoire… de l’humanité ? Alors on voyage pour se perdre, pour être éternellement ailleurs, mais on est embarqué, oui, embarqué dans l’histoire comme dans la vie, embarqué dans la nature comme perdu en elle. Et les superpositions ne deviennent qu’un moyen sans fin, fait d’histoire et de créations, l’Histoire nous a demandé parfois de nous oublier, et peut être que créer, c’est un peu se trouver. Et créer, ça sert à rien, ça n’a pas de sens en dehors du projet, ça ne va nulle part, partout, ailleurs, ça s’enracine où ça peut, mais créer c’est peut-être simplement humain, proprement humain, alors si, ça a un sens.

Nouveautés et recyclages

Toujours dans « Art Unlimited », on apprécie de revoir cette oeuvre de l’artiste El Anatsui, de format plus modeste que celle qui avait été acclamée à la dernière Biennale de Venise, mais tout aussi belle : formée de capsules et de tours de bouteilles en métal tissés, la sculpture-tapisserie semble incroyablement souple et rappelle à la fois les tissus traditionnels africains et les peintures abstraites de l’art moderne. Confronté au contraste entre la modestie des matériaux utilisés et la beauté de l’oeuvre, le spectateur s’interroge, transi, sur la logique contemporaine de la production, de la consommation et du recyclage…

Après « Art Statements » et « Art Unlimited » la visite les jeunes foires Liste et Volta s’impose. Liste, qui jouit d’une bonne réputation comme d’une première étape avant une entrée potentielle dans la grande foire, est pourtant décevante cette année. Beaucoup de travaux qui semblent faits de matériaux recyclés, ou en tous cas modestes, dernière tendance chez les jeunes artistes, pourraient offrir un contrepoids intéressant à la monumentalité de « Art Unlimited », mais leur accumulation et un certain manque d’énergie finit par lasser le visiteur.

Volta offre un choix de travaux plus variés et on remarque notamment la virtuosité des travaux de Marti Cormand, artiste d’origine espagnole désormais installé à Brooklyn et représenté par la galerie Josée Bienvenu de New York. Entièrement réalisés au crayon et à la gouache, les dessins de paysage et de nature sont hyper réalistes et avec une précision, un jeu de lumière et d’ombre qui le place dans la tradition de l’Ecole de peinture hollandaise. Mais il introduit également des images faisant référence à la technologie digitale pour nous présenter un monde naturel infiltré par l’artificiel et qui nous devient finalement étranger.

Le tourbillon d’Art Basel

Mardi 3 juin, c’est le début d’Art Basel pour les visiteurs les plus chanceux, et on est surpris de voir combien ils sont nombreux à se presser dans les allées de la foire, dès 11 heures du matin. Désormais l’art est décidément people : au sein de la foule, des jet-setters de l’art et d’ailleurs, des professionnels, des conservateurs de musées, des collectionneurs anonymes et des férus plus célèbres, Brad Pitt, Sofia Coppola ou encore le couple Abramovich. Le business man millionnaire, propriétaire du Club de football de Chelsea, a récemment fait beaucoup parler de lui en déboursant 120 millions de dollars pour un Francis Bacon et un Lucien Freud aux dernières ventes aux enchères du printemps à New York, et les spéculations allaient bon train quant à de possibles premières acquisitions en galeries.

Répartie sur deux niveaux, Art Basel est immense et déroutante, avec des oeuvres de très grande qualité. Ici, on ne mise pas sur les artistes chinois du moment afin d’attirer l’oeil. On retrouve tous les artistes contemporains de notoriété internationale, au coude à coude avec les grands maîtres modernes. Les galeristes sont assaillis et les pièces maîtresses partent très vite. Le crash du marché de l’art semble encore bien loin, même si les collectionneurs américains, y compris les plus grands, commencent à être sérieusement freinés par la faiblesse de leur devise. Les galeristes ont choisi la sécurité avec une qualité jugée supérieure à l’année précédente, ce qui leur permet, malgré des prix en hausse, d’assurer très vite de belles ventes. Parmi nos artistes favoris, on remarque que les oeuvres de Rudolf Stingel, Wayne Gonzales,
Tianbing Li et Kehinde Wiley ont très vite trouvé acquéreurs. Les dessins et peinture de mains de Tabaimo que l’on avait pu admirer à New York en mars et présentés cette fois par sa galerie japonaise Konayagi ont aussi rencontré un succès immédiat, de même que les superbes photos de Hiroshi Sugimoto. Une première journée de foire très active donc, qui s’évanouit dans une VIP room remplie de collectionneurs épuisés, trinquant au milieu de meubles design après avoir fait la queue pour le champagne et les glaces !

De Scope à la Markthalle

Troisième jour à Bâle, mercredi 4 juin. On commence la journée par la foire Scope, qui a décidé cette année d’établir ses quartiers dans une tente sur les quais, au bord du Rhin et en dehors du centre ville, afin de disposer de davantage d’espace pour accueillir 85 galeries internationales. Ouverte depuis deux heures déjà, il n’y a pourtant pas foule lorsqu’on y arrive vers midi et on apprécie, après les allées bondées d’Art Basel, de pouvoir circuler plus librement et de discuter avec les galeristes.  Malgré une faible fréquentation depuis son ouverture, la qualité des oeuvres présentée est sans conteste meilleure que Volta et Liste. On trouve beaucoup d’artistes chinois et de photographies, et on craque pour les tableaux pop et girlie de la jeune Han Yajuan, présentés par la galerie Willem Kerseboom d’Amsterdam et Olivya Oriental de Londres. Née en 1980, elle termine actuellement ses études aux Beaux Arts de Pékin et connaît un succès phénoménal pour ces peintures au style manga qui mettent en scène les jeunes chinoises folles de shopping dans des scènes exubérantes et pleines d’humour.

On retourne à Art Basel où les ventes vont toujours bon train et où plusieurs galeries ont déjà modifié leurs accrochages. On passe plus de temps dans la section des galeries d’art moderne, pour le plaisir des yeux devant lesquels défilent de beaux spécimens de Robert Motherwell, Andy Wharhol, Jean Dubuffet, Alberto Giacometti, bref une véritable visite de musée !

Difficile, de rentrer, alors on rejoint la Markthalle à la superbe architecture et dans laquelle les galeries de design participent pour la deuxième année consécutive à Design Miami Basel. Les meubles sont exposés comme des oeuvres d’art et la visite offre un excellent panorama du meilleur du design des années 50 à nos jours. On regrette peut être seulement que les créations, certes magnifiques de Jean Prouvé, ne soient par trop présentes, en réponse sans doute à un énorme succès commercial. On jette un dernier coup d’oeil à la coupole en partant, car on vient de nous apprendre que la Markthalle vient d’être rachetée par un supermarché et nul ne sait ce qui va advenir de cette belle architecture qui se prêtait si bien à de telles manifestations. Au final, on serait bien resté, mais il fallait rentrer. Art Basel mérite décidément sa réputation avérée, on attend avec impatience d’être en juin prochain, et on se dit qu’on ne pourra plus jamais entrer dans un train sans penser un peu à Qiu Anxiong, car par chance on n’est pas encore amnésique.

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Published by Laetitia Delorme - dans Installations - expos mixtes
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