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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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6 juillet 2008 7 06 /07 /juillet /2008 23:37


L’intitulé de la pièce laisse perplexe ; qui est ce Charles Gonzalès ? Comment un homme peut-il prétendre devenir la célèbre Camille Claudel ? Peut-on seulement devenir quelqu’un d’autre ? Autrement dit, d’homme et de comédien, Charles Gonzalès parviendra-t-il à devenir tout à la fois femme et amoureuse, amante, sœur et sculptrice ? Le pari est ambitieux, et la curiosité à son comble lorsque le rideau s’ouvre sur la petite scène du Théâtre des Mathurins.

Dans la pénombre, la pièce débute sur un comédien vêtu d’une robe en haillons, à terre, le visage fatigué, à l’image de ses vêtements. On est d’abord surpris, un peu dérouté de trouver là cet homme-femme qui ne cherche pourtant pas à se travestir, ni à se grimer, puis on se laisse happer par la force du texte, l’énergie intense qui émane du comédien.
Nous sommes en 1886, Camille Claudel lit une lettre extraite de sa correspondance avec Rodin que l’amante termine par ces mots tragiques à l’attention du Maître : « Ne me trompez plus ». Une conclusion en forme d’incantation qui pourrait bien préfigurer les rapports compliqués et douloureux de Camille Claudel aux autres.

Seul en scène pendant plus d’une heure, le comédien rend hommage à l’artiste-maudit dans une mise en scène épurée à l’extrême. La pièce déroule le fil chronologique de la vie de la sculptrice à travers ses correspondances, et bientôt, au fil des lettres lues, le comédien n’est plus. Charles Gonzalès est Camille Claudel. Habité par l’artiste, par son désarroi, puis la folie qui couve. Il ne joue pas à la femme. Il est lui-même sous la robe.
Contrairement à ce qu’en dit le titre, Charles Gonzalès ne devient pas Camille Claudel. Il joue sur ses intonations de voix pour figurer la passion, le désespoir. Et l’on prend la mesure de la solitude de cette femme, recluse dans sa paranoïa, s’enfonçant inexorablement dans l’abîme de la folie. Camille Claudel est tour à tour Camille, Camomille, Mademoiselle Claudel. Elle aussi devient autre au fur et à mesure de la pièce. Au fur et à mesure de sa vie.

La pièce met en exergue les rancœurs de l’artiste, son rapport à l’argent, à l’art, aux autres, sa furie souvent. Tout l’art du comédien-metteur en scène est de nous faire progressivement glisser dans les souffrances de la sculptrice. On la voit se perdre dans le syndrome de persécution, on ressent sa terreur de la « bande à Rodin », on perçoit son chagrin. On devine à quel point le fil entre folie et génie est ténu. L’artiste maudite dit d’elle-même « je suis la peste et le choléra des marchands d’art ». Tristement lucide.

Dès 1913 et jusqu’à la fin de sa vie, Camille Claudel vit dans un asile, aliénée anonyme, sans amour et sans marbre. Elle dira ensuite que « ses mains se sont tues » pour signifier combien elle est privée de sa matière féconde. A partir de 1927, ses lettres à sa mère et à Paul, son cher Paul, ce frère qui se fait toujours plus silencieux, laissent transparaître toute sa douleur d’enfant et de sœur en même temps qu’elles font éclater sa colère. « Maman, viens me chercher ». « Paul, je t’attends » dit-elle inexorablement dans des appels à l’aide que le comédien rend déchirants.
Dans ses lettres, s’expriment les petits riens de la vie qui prennent des proportions exacerbées du fait de l’enfermement, doublé de folie insidieuse. Camille Claudel y jette toutes ses récriminations, toute son aigreur, évoque les conditions de l’asile, se plaint de la nourriture, du froid, de la misère de son quotidien. « Je réclame la liberté à cor et à cri » hurle Charles Gonzalès. Et c’est tout le désespoir de la sculptrice qui résonne dans la salle.

A noter…

« Charles Gonzales devient… Camille Claudel »
D’après les lettres de Camille Claudel, et avec Charles Gonzales
Durée : 75 mn

Conception, réalisation et interprétation : Charles Gonzalès
Création lumières : Mohamed Maaratié
Technique : Joachim Defgnée
Costumes : Ateliers de l'Imprimerie
Avec le soutien de D.B. Mots Bouts, Théâtre poème de Bruxelles, Acerma

Du 22 avril au au 26 juillet 2008

Théâtre des Mathurins
36 rue des Mathurins
75008 Paris

Petite salle, du mardi au samedi à 19h
Tarif normal : 28€ (1,5€ de frais de réservation téléphonique)
Tarif étudiant : 14€
Tarif jeunes (- de 26 ans du mardi au jeudi dans la limite des places disponibles) : 10€

Renseignements et réservations
de 11h à 19h sur place ou par téléphone : 01 42 65 90 00

Site du Théâtre des Mathurins

www.charles-gonzales.com

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Published by Agnès Matha - dans Théâtre
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