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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 23:10

Pour fêter ses 10 ans, la collection « Nouvelle Génération » des éditions « J'ai Lu », celle qui a eu l’impertinence de proposer, au format poche, les premiers romans de Michel Houellebecq, Virginie Despentes, Vincent Ravalec ou Éric Holder, s’offre aujourd’hui un recueil de 10 nouvelles inédites écrites pour l’occasion par 10 auteurs emblématiques de son catalogue : Zeller, Ann Scott, Arnaud Cathrine, Thomas Lélu et quelques autres se sont prêtés au jeu. Ils ont repris la première phrase de leur premier roman et ils en ont fait autre chose, juste quelques pages pour nous donner de leurs nouvelles… des nouvelles de la jeune génération littéraire. « Preuve, s’il en fallait, que la jeune littérature n’a pas dit son dernier mot. »

« 10 ans 10 auteurs 10 nouvelles », c’est une idée judicieuse, une formidable occasion de retrouver les auteurs que nous aimons déjà et de découvrir ceux que nous ne connaissons pas encore. Car il y en a, souvent, sans doute dans tous les rayons anonymes et les bibliothèques personnelles, des auteurs contemporains dont on reconnaît les noms sans encore les avoir lus, des premiers romans à côté desquels on est passé, des talents qu’on a mis du temps à rencontrer. Alors, c’est vrai, « il était temps de prendre des nouvelles de ces premiers romans qui, chacun dans leur style, ont bousculé le roman français. »

On a aimé des textes en particulier bien sûr, la justesse avec laquelle Zeller raconte l’engrenage de la paranoïa, les détails cinématographiques d’Ann Scott qui nous piège avec brio dans une narration bien menée, la manière dont Jaenada endosse son fantôme, la manière dont Valérie Mréjen nous propulse dans la folie et l’évidence de l’enfance.

On a aimé les clins d’œil aux premiers romans que nous avions dévorés, ces premiers romans qui ont su propulser des écrivains au devant de la scène littéraire, mais on a surtout aimé ce paradoxe ramassé en un recueil : la « nouvelle génération » littéraire est ambiguë, et elle a su s’amuser de ses travers, de ses « papiers », de sa personnalité. Nicolas Rey ne masque pas ses personnages sous de faux noms, ils « sont bel et bien vivants. Ils possèdent une date de naissance, des grains de beauté et vont tous mourir un jour. Ils sont évidemment dépressifs. Ils ont des problèmes sentimentaux, ils sont nombrilistes, ils dorment mal, ils ont parfois des abcès dentaires, des prix littéraires et des problèmes de dos. » Ce qu’on a aimé, c’est croiser dans un même livres Serge Joncour raconté par Nicolas Rey et rencontrer Samuel S. avec Arnaud Cathrine.

Ce dernier nous propulse dans une interview dont il fait un univers, traquant la pudeur et l’impudeur des écrivains, dessinant à distance les recettes d’un succès contemporain : deux écrivains se rencontrent, l’un à l’aube de sa carrière, l’autre au seuil de son parcours. « Votre pudeur, Damien. Pardonnez-moi, je remets le couvert. Vous faites partie d’une espèce rare, vous en êtes conscient n’est-ce pas ? Mauvais point. L’impudeur réussit bien mieux aux artistes. Je sais ce que vous me direz : porter un bout de soi en place publique, quelle chose curieuse… On a tendance à l’oublier. Je veux dire : on ne sait pas ce que c’est, les incidences que ça a. Nous vivons sous dictature des « livres témoignages » et autres récits de personnalités venues se justifier ou se glorifier de je ne sais quel fait d’armes… alors ça nous paraît normal et on ne sait plus quels sont les effets de l’impudeur. »

Oui, la nouvelle génération est impudique. Impudique quand elle raconte le prix des magnums, impudique quand elle est pornographique, impudique quand elle intitule un texte « Jeanne Mas a fait caca dans un champ » ! Et pourtant l’impudeur est diffuse, un catalogue de soi ne dit rien de personne, et puisque les mots ne choquent plus personne, l’impudeur… est-ce qu’elle existe encore ? Oui, sans doute, ne serait-ce parce que c’est impudique d’écrire, même sans se raconter, c’est fou et impudique, plus encore parfois quand on ne se livre que par le style, mais il faut bien livrer ses mots, l’éditeur les attend, reste à écrire donc, sans forcément pouvoir choisir si les mots nous livrent, ou nous cachent.

Alors ces dix nouvelles s’amusent et jouent de leur commande, jouant avec une première phrase comme le jeu met à distance la porte de son contour. 13 ans après, 10 ans après, un écrivain est toujours lui-même et pourtant il a eu le temps de montrer qu’il est aussi un autre, une autre. Ainsi l’auteur de « Superstars », loin de son asphyxie et de ses héroïnes, endosse un nouvel acteur du pire des mondes, un acteur anonyme, l’inconnu que l’on croise, dans les rues ou en sortant du supermarché. L’inconnu que l’on ne voit pas et qu’on ne veut pas voir, le clochard, l’incarnation de nos peurs et de nos réalités.

Oui, la littérature contemporaine est narcissique, elle se masque derrière l’authenticité des gens et des situations mais qui nous dit qu’elle n’invente rien ? C’est la nouvelle génération de lecteurs qui retrouvera ici sa littérature sans frontières et, au-delà d’elle, l’univers commun dont se nourrissent les anonymes et les auteurs : la littérature d’aujourd’hui, c’est un rapport sur soi qui raconte une histoire, un rapport à soi qui s’essaye à l’agonie des autres et évidemment, c’est un monde barré qui n’en adore pas moins les premières phrases, demande de l’éditeur oblige. 13 ans après, 10 ans après, des siècles après, les livres continuent d’inventer la vérité, d’endosser pour de faux des personnages vrais ou de se projeter dans des univers fantastiques ou fantasmatiques. Reste qu’ « Une interview de Samuel S. » dresse un formidable portrait de la littérature contemporaine - dans lequel on devine aisément un soutien à Marie Darieussecq dans le procès que lui a lancé notre pourtant très aimée Camille Laurens - et en racontant une histoire !

L’ironie, et l’évidence, c’est de retrouver dans un même livre « Le Soleil noir de Nikki Beach » de Simon Liberati et les réflexions tranchantes d’Arnaud Cathrine. Car à côté du  parisianisme russo-tropézien pseudo sociologique et du n’importe quoi de Lélu qui dit combien la confession fictive peut être vide, il y a l’expérience limite de Grégoire Bouiller et la finesse du verbe de Zeller, les plans de Scott et l’innocente folie de Valérie Mréjen. C’est « tout ça » la nouvelle génération, mais c’est peut-être tout simplement « tout ce bordel » dont parle Klapisch dans son « Auberge espagnole », « tout ce bordel » qui fait que la littérature reste fidèle à elle-même, par delà les temps et les espaces : d’une madeleine à une première gorgée de bière, il y a un monde et pourtant, rien n’a vraiment changé, les mots ne sont qu’un médium bourré de possibles. Rien n’a vraiment changé si ce n’est qu’aujourd’hui, on peut faire un catalogue de soi jusqu’aux détails les plus intimes, un catalogue qui ne raconte rien et qui porte « caca » dans son titre. Alors quand on demande à la nouvelle génération de se projeter en arrière pour raconter autre chose, il y a toujours, en filigrane, un regard sur l’écriture qui ancre ce livre dans ce que les philosophes appelleraient "le monde de l'oeuvre", et dans ce que le monde d’aujourd’hui appelle la culture pop. A lire donc, pour le plaisir des histoires et pour l'histoire d'un portrait, celle d'une "nouvelle" génération.

A noter…

10 nouvelles inédites
Grégoire Bouillier, Arnaud Cathrine, Philippe Jaenada, Thomas Lélu, Simon Liberati, Valérie Mrejen, Vincent Ravalec, Nicolas Rey, Ann Scott, Florian Zeller

En librairie le 11 mars
Aux Editions J’ai lu
Collection « Nouvelle génération »
160 pages
6 euros

Lien Amazon

Dédicace des 10 auteurs le 24 juin 2008 à la Fnac Montparnasse


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Published by Axelle Emden - dans Romans & Nouvelles
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