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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 00:07

Dans le dédale des « backstage » du Zèbre de Belleville, en haut d’un escalier, dans une petite salle où ça gesticule et bavarde, sandwichs et bières à la main, téléphones vissés à l’oreille et derniers réglages en route, le trio d’EOL paraît plutôt paisible au milieu de cette agitation : silhouettes tranquilles et mêmes visages bonhommes sont au rendez-vous, quelques minutes avant le concert donné à l’occasion de la sortie de leur premier album, « Mister K », prévue pour le 26 mai 2008. Rencontre avec un trio éclectique et fraternel, pour une improvisation sur les thèmes de l’enfance, de la famille et pourquoi pas, du jazz.

L’histoire commence déjà par la musique dans laquelle les trois garçons sont tombés lorsqu’ils étaient tout petits, à l’âge de quatre cinq ans, grâce aux blanches et noires touches d’un piano. Même début pour tous les trois. Hasard ou coïncidence ? Plutôt une évidence. Car ces trois-là sont frères. Laurent, Denis et Xavier Girard ont donc les mêmes parents qui les ont poussés à apprendre le piano, écoutaient la même musique classique à la maison et suivaient le même grand-père qui avait un orchestre et animait les bals. Ils baignaient dans les mêmes notes, du moins au début. Parce qu’ensuite, à chaque caractère correspondra une approche différente du son, de l’instrument, de la manière et de l’envie de jouer.
« Enfants, notre mère nous mettait la pression pour travailler le piano » se souviennent-ils. Malgré cette contrainte que l’on devine un peu douloureuse pour certains, ils n’ont pas abandonné la musique en bloc à l’adolescence : « nous avons sans doute voulu rejeter ce rapport « d’obligation » à la musique quand nous avons grandi, pour le transformer en pur plaisir » expliquent-ils. Pari réussi, les goûts s’affinent, les personnalités se prononcent, Laurent choisit la contrebasse, Denis reste aux claviers et Xavier élit la batterie.

Impossible de ne pas se demander comment cette aventure a réellement commencé, comment de « frères » on devient en plus un trio musical. « Nous avions monté un groupe au lycée, nous étions une dizaine. Mais nous étions trop nombreux, il y avait beaucoup de désaccords sur la musique entre nous tous. C’est difficile de constituer un groupe sur la durée, c’est plus compliqué de se remettre en question à dix, et que tous acceptent la critique… bonne ou mauvaise d’ailleurs. Et comme en revanche nous étions toujours d’accord tous les trois, tout naturellement nous nous sommes concentrés sur le trio » racontent-ils. Logique en effet. « Mais c’est humainement surtout que c’est différent entre nous parce qu’on ne peut pas claquer la porte après un concert comme si plus aucun lien ne nous unissait ».

A la question de leurs influences musicales, les réponses sont nettes et précises, uniformes : « Dans le désordre, Miles Davis et Herbie Hancock des années 70 pour leur jazz expérimental et psyché, et puis côté rock, Led Zeppelin et les Pixies. Nos rencontres respectives font que notre univers musical s’ouvre toujours plus. On a essayé de garder les multiples influences qui nous ont nourris et de constituer à partir d’elles notre fil conducteur, notre identité. Ca a été très très laborieux ». En riant, Laurent ajoute : « nous jouons en trio depuis environ dix ans mais nous avons passé au moins cinq ans dans la cave, à jouer en autistes ».

Ils sont sortis de l’ombre à force de travail, avec des morceaux rythmés, énergiques, parfois compliqués, toujours inclassables et plus tard avec un premier album au titre mystérieux. Qui est donc Mister K ? Un poisson rouge qui appelle une réflexion sur la solitude humaine, comme dans la chanson du groupe
AaRON ? Presque : « K pour Kafka, dont nous nous sommes inspirés de l’univers. Parce que notre musique ressemble parfois à ses textes, elle commence quelque part mais elle ne se termine jamais où on l’attend. Et puis il y a cette absence de repères chez l’écrivain qui nous correspond aussi. Mais en ce qui concerne le sentiment d’oppression que l’on peut ressentir à sa lecture, nous espérons que nos morceaux ne sont pas étouffants car il nous semble qu’ils ne sont jamais complètement noirs, il y a toujours une éclaircie mélodique ». L’éclaircie est aussi sur scène lorsqu’ils se placent devant leurs instruments et font corps avec eux.

Denis, le pianiste, est le compositeur, et les deux frères lui reconnaissent un talent manifeste pour l’écriture. « J’écrivais comme pour du classique, des feuilles entières pour tous les instruments, et puis j’ai compris qu’avec ces deux-là ça ne servait à rien parce qu’ils improvisent dessus. Maintenant ma manière d’écrire est plus ‘jazzy’ ». dit-il. Et à propos du jazz justement les frères sont totalement autodidactes en la matière et, s’il fallait tenter de « classer » EOL, ils diraient que leur musique est parfois plus influencée par le rock que par le jazz. « Les gens viennent parfois nous voir à la fin des concerts en nous demandant pourquoi nous n’avons pas fait de solos » rapportent-ils, amusés.

A bien les écouter en live, des solos il y en a effectivement, mais à leur manière, c’est-à-dire sans démonstration, comme avec discrétion. Il a soufflé ce soir-là sur la scène si chaleureuse du Zèbre de Belleville un vent de liberté et d’excentricité qui a enflammé le public.

« Les reprises nous ennuient » disent-ils, « ce que nous voulons c’est chercher, inventer, créer, nous faire plaisir ». Loin des contraintes marketing qui formatent parfois les jeunes groupes, Eol sait qu’il emprunte des chemins musicaux différents, risqués souvent. Mais le public les suit et lorsqu’ils ont l’opportunité de jouer en live, leur son enivre… effectivement.
Démonstration le soir même. Il est 21h et le Zèbre se remplit vite ; derniers essais de lumière, on range ce qui traine encore et c’est parti pour plus d’une heure de rythme fou, de musique qui fait voler en éclat les contours du jazz et du rock : l’électricité est palpable. Leur son rassemble, sans doute pas les « jazzmen », mais les autres, les curieux, ceux qui refusent les cases et acceptent de se laissent happer par cette musique sans concession.

Plus qu’un trio, Eol est un laboratoire de sons et d’expériences. Eol « en référence au dieu du vent, mais sans le E parce que nous ne sommes que trois ». Et libres comme l’air.

Propos recueillis par Agnès Matha pour CultureCie le 9 avril 2008
Prochaines dates...

En concert le jeudi 12 Juin, en première partie de Laurent de Wilde
Au centre Barbara Goutte d’Or
75018 Paris

EOL1.gif Plus d'infos sur le web...

www.myspace.com/eoltrio
www.eoltrio.com

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Published by Agnès Matha - dans Interviews
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