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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 06:08

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A ce jour, aucune exposition n’a jamais été consacrée à Babylone. Ce sera désormais chose faite : pionnier, le Louvre nous offre un bel événement inaugural, sans doute l’une des expositions les plus importantes de la saison, à voir avant le 2 juin 2008. Construite en trois sections, l’exposition fait le choix d’une démarche historique. Elle présente d’abord la ville antique, puis étudie la fortune critique de Babylone, des temps anciens au début du XXe siècle, et se penche pour finir sur la redécouverte de la civilisation babylonienne par les fouilles.

La ville historique…

L’histoire et l’architecture impressionnante de la ville de Babylone sont évoquées pour elles-mêmes et mises en valeur par une présentation de la documentation matérielle et textuelle fournie par les fouilles du site. Grâce aux études encore en cours de cet ensemble, il est désormais possible de retracer une histoire de Babylone qui ne dépende plus fondamentalement des sources bibliques ou classiques tardives, comme ce fut longtemps le cas. A une vision déformée de Babylone, vue à travers le spectre de ses voisins (amis ou ennemis, vainqueurs ou vaincus) ou de la postérité se juxtapose ainsi un portrait plus riche de Babylone vue par les Babyloniens.

L’histoire de la ville, au prestige incomparable et au rayonnement exceptionnel, est marquée par quatre grandes époques, toutes évoquées dans l’exposition.


Le règne de Hammurabi (début du XVIIIe siècle avant J.-C.)...

 

Sous l’égide de ce grand roi, modèle du souverain idéal, Babylone devient une capitale d’empire et un grand centre religieux et culturel. Véritable fondateur de Babylone, Hammurabi est à l’origine de la puissance et de la renommée de la ville. Les temples principaux, dont l’emplacement formera le noyau central et immuable du plan de Babylone pendant près de 2000 ans, furent érigés durant cette période.

Sont ici présentés notamment des portraits du roi ou de ses contemporains (stèles de pierre, statues et statuettes de pierre, cuivre et terre cuite), des stèles de victoire, des exemples d’offrandes royales aux temples de Babylone (statuettes en métal précieux, sceaux et bijoux de pierres dures) mais aussi des documents qui permettent de reconstruire en partie le plan de la ville que les fouilles n’ont pas révélé. Stèle de plus de deux mètres de haut, le Code d’Hammurabi, le plus célèbre et le plus complet des codes de lois de l’Antiquité, est l’oeuvre emblématique de cette section.

La IIe moitié du IIe millénaire avant J.-C. …

Babylone connaît une éclipse politique mais demeure un centre culturel international grâce à la diffusion de l’enseignement de ses scribes. La langue babylonienne est en effet « lingua franca » de l’Iran à l’Egypte, langue diplomatique et langue de culture, ce qui permit une diffusion large et profonde de la civilisation matérielle et de la pensée mésopotamiennes.

Les œuvres rassemblées insistent sur l’importance des échanges avec les autres civilisations du Proche-Orient, notamment la diffusion des grands thèmes littéraires, comme l’épopée de Gilgamesh.

L’apogée de Babylone à l'époque de Nabuchodonosor II (605-562 avant J.-C.)…

 

La dissolution de l’empire assyrien et un renouveau du nationalisme redonnent sa primauté à Babylone, élevée au rang de centre cosmique. Nabuchodonosor II donna à sa capitale une splendeur inégalée. Babylone est alors considérée comme le symbole de l’harmonie du monde, née de la puissance de Marduk, son dieu suprême. Cette vision cosmologique est à l’origine de toute la conception architecturale et décorative de la ville.

Relief-de-briques---gla-ure-Dragon-de-Marduk-du-dernier--tat-de-la-Porte-d-Ishtar---poque-de-Nabuchodonoso-II--panneau-de-briques---gla-ure--Berlin--Vorderasiatische.jpgLes fouilles ont livré un riche décor architectural de briques à glaçure colorée, dont une petite partie peut être reconstituée dans les salles d’exposition. Il représente les figures symboliques de la religion babylonienne : le lion, attribut de la déesse Ishtar ; le dragon, symbole de Marduk ; le taureau d’Adad, le dieu de l’orage. Des textes, des aquarelles réalisées lors des fouilles par l’architecte Walter Andrae, et des objets venant du trésor du sanctuaire de Marduk complètent l’évocation topographique et sociale de la ville historique, dominée par sa tour à étages (ziggurat) qui donnera lieu à la légende de la Tour de Babel. La science des savants « chaldéens » (de la Chaldée ou Babylonie) est alors à son zénith. C’est de cette époque que datent la prise de Jérusalem et sa destruction (587 avant J.-C.), événement qui allait déterminer la fortune critique attachée à ce souverain et à sa capitale.

La perte d’indépendance sous l’Empire perse…

Après sa conquête par Cyrus le Grand en 539 avant J.-C. et la perte d’indépendance qui en découle, Babylone demeure une ville importante de l’empire perse, puis un conservatoire de la culture babylonienne sous les successeurs grecs d’Alexandre le Grand, qui l’a conquise en 330 avant J.-C., et encore sous la domination parthe (époque romaine). La ville conserva donc son caractère de capitale culturelle internationale, même aux heures les plus sombres de son histoire.

La fortune critique de Babylone…

Cette deuxième partie poursuit deux objectifs : expliquer l’importance et la profondeur de l’héritage culturel de Babylone, souvent totalement méconnu, et établir le lien étroit des traditions légendaires et symboliques avec la Babylone antique. En gardant comme fil conducteur la réalité historique, l’exposition essaie donc de décortiquer la fabrication de la légende, sa mise en écrit et en image, en traitant son évolution et ses adaptations, parallèles ou successives, à travers les âges.

L’héritage de la civilisation babylonienne…

Dans bien des domaines, le legs babylonien aux autres civilisations est essentiel. Jusqu’au Moyen Age, de Rome à l’Inde, il influence les sciences et la littérature occidentales et orientales, ce dont témoignent notamment les manuscrits de l’Antiquité tardive et du Moyen Orient médiéval, qui transmettent les traditions historiques babyloniennes et la science des « Chaldéens ». Des objets et de textes babyloniens ou d’influence babylonienne retrouvés loin de Babylone complètent l’évocation de cet extraordinaire héritage.

L’exposition met ainsi en lumière les éléments importants de la civilisation babylonienne qui ont survécu à travers les âges, de façon directe ou par des sources secondaires : sa conception de l’histoire (principe des chroniques et listes dynastiques qui inspira les rédacteurs de la Bible et les auteurs classiques), son enseignement (dictionnaires multilingues élaborés dans tout le Proche Orient antique), ses sciences (lois, poids et mesures, astronomie, astrologie, divination : la transmission majeure des savants chaldéens à la civilisation occidentale est le système sexagésimal, c’est-à-dire la division du cercle en 360°, et les douze mois de l’année), sa littérature et ses thèmes iconographiques qui influenceront les livres bibliques (thème du Déluge, littérature de sagesse, livres historiques) et la littérature grecque (Homère, les fables).

Des compositions littéraires et des réalisations artistiques de l’Antiquité, du Moyen Age et des temps modernes, ont été influencées par des aspects différents de la civilisation ou de l’histoire babylonienne. Babylone lègue aussi un modèle de gouvernement et de conception architecturale (pour de grandes villes postérieures : Séleucie, Ctésiphon, Samarra et Bagdad, jusqu’au projet de reconstruction de Bagdad par Frank Lloyd Wright au XXe siècle).

Les légendes et traditions créées autour de Babylone en Occident et en Orient...

Babylone est unique et le fut de tout temps, aux yeux de ses habitants comme à ceux de ses voisins. La dimension mythique est intrinsèque à la cité et à son histoire. Si les légendes sont multiples, deux traditions majeures se détachent nettement.

Pour le monde biblique, la ville est synonyme d’admiration et de malédiction. Si les livres historiques (Rois, Chroniques) relatent des faits réels, on assiste parallèlement à la création de mythes tels que celui de Babel/Babylone, ville maudite, ville de la confusion, dont la fameuse Tour symbolise l’orgueil, ou celui de Nabuchodonosor, archétype du roi maudit. Ceci explique pourquoi Babylone devint par la suite, dans l’imaginaire de la culture juive et chrétienne, l’un des symboles du mal (l’Apocalypse de Jean : Babylone la ville du diable, « la grande prostituée ») et l’antithèse de Jérusalem. Un manuscrit flamand du XIVe siècle de La Cité de Dieu de Saint Augustin s’en fait l’écho en représentant Babylone envahie de créatures diaboliques, incarnations de ses vices.

Au contraire, pour les historiens antiques, Babylone est une ville gigantesque et splendide, qui abrite deux des sept merveilles du monde : les jardins suspendus et ses murailles. La fascination née de cette magnificence conduit rapidement à une déformation des faits historiques, qui donnera naissance, entre autres, à la création des légendes de Sémiramis et de Sardanapale.

Au fil du temps, la légende a ainsi pris le pas sur l’histoire, confortée pendant des siècles par l’absence de toute trace archéologique. Aujourd’hui encore, l’image que l’on se fait de Babylone résulte de l’entrelacement, de l’interpénétration, des traditions biblique et classique.

Peter-Bruegel-l-Ancien----la-petite-tour----1563---Museum-Boijmans-Van-Beuningen--Rotterdam.jpg

L’histoire de la ville est le fil conducteur et la raison du choix des thèmes légendaires traités dans l’exposition : la Tour de Babel, dont le destin pictural et imprimé est considérable (voir, pour n’en citer qu’un, « La Petite tour » de Peter Bruegel l’Ancien, exceptionnellement prêtée), Nabuchodonosor, le festin de Balthazar, Sémiramis, les Jardins suspendus... Des miniatures du Moyen Age occidental et oriental, des imprimés, des dessins et peintures évoquent l’extrême richesse iconographique de ces mythes autant qu’ils témoignent de la fécondité du thème babylonien sous toutes ses formes et déformations.

La redécouverte de Babylone et de sa civilisation…

Au cours de l’histoire, jamais la trace du lieu de Babylone ne fut perdue (site de « Tell Babil »). Si les voyageurs orientaux s’y sont toujours succédés, c’est à partir du XVIe siècle que leurs homologues occidentaux redécouvrent Babylone et que leur vision commence à se refléter dans la peinture et les arts graphiques. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les ouvrages littéraires et scientifiques sont inspirés par la multiplication des contacts politiques avec ces régions (A. Kircher, Voltaire..) et par la traduction des « Mille et une nuits ». A cette époque apparaissent les premiers objets babyloniens rapportés en Occident.

A partir du milieu du XIXe siècle, le début des fouilles en Mésopotamie, sur les sites de l’ancien royaume d’Assyrie, puis le déchiffrement des inscriptions cunéiformes dans la deuxième moitié du XIXe siècle ont une répercussion dans la littérature et les arts : musique, peinture, architecture. Les fouilles du site de la ville antique, d’abord ponctuelles, puis approfondies et scientifiques à partir de 1899 (mission allemande), donnent une réalité nouvelle à Babylone, sans mettre fin à la légende. Par exemple, certaines peintures « historiques » suivent, en partie, les descriptions données par les voyageurs (John Martin, « The Fall of Babylon », « Belshazzar’s dream »), et, plus tard, les premiers résultats des fouilles en Mésopotamie (George Rochegrosse, « La Fin de Babylone »). Le film de Griffith, « Intolerance », inspiré par ces peintures, démontre également la connaissance des fouilles allemandes de Babylone.

L’exposition présente des documents sur ce film ainsi que quelques-uns de ses décors. Cette histoire de la redécouverte de Babylone par les voyageurs et des premières prospections, suivies des fouilles archéologiques au début du XXe siècle, est également mise en parallèle avec l’évolution de la politique et des mentalités qui influèrent sur l’idée que les intellectuels européens se faisaient de « Babylone ».

 

Plaquette-de-terre-cuite----La-reine-de-la-nuit---poque-pal-o-babylonienne--copyright-The-Trustees.jpgA noter...

Jusqu'au 2 juin 2008

Musée du Louvre, Hall Napoléon
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18h et jusqu’à 22 h les mercredi et vendredi

Billet spécifique pour l’exposition Babylone : 9.50 euros
Billet jumelé (collections permanentes + exposition Babylone) : 13 euros avant 18 h, 11 euros après 18h les mercredi et vendredi
Accès libre pour les moins de 18 ans, les chômeurs, les titulaires des cartes
Louvre jeunes, Louvre enseignants, Louvre professionnels, Louvre étudiants partenaires ou de la carte Amis du Louvre

Renseignements : 01 40 20 53 17
www.louvre.fr

Commissaires de l’exposition : Béatrice André-Salvini, conservateur général en charge du département des Antiquités orientales (commissaire général de l’exposition), et Sébastien Allard, conservateur au département des Peintures, musée du Louvre.

Cette exposition est organisée par le musée du Louvre et la Réunion des musées nationaux, Paris ; les Staatliche Museen zu Berlin et le British Museum de Londres. Elle bénéficie du mécénat de Natixis et est organisée en partenariat avec RTL et Paris Première.

 

 

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