Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

CULTURE & CIE

lire      écouter  voir  sortir   personnalités           films      expos  musique    news art    romans    concerts     ...

Rechercher

CULTURE CIE & VOUS

PARTENAIRES

18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 16:13
EXP-LESINQUIETS_inquiets.jpgRefuge1, Ahlam Shibli
© Ahlam Shibli

L'exposition "Les Inquiets" présente les oeuvres de cinq artistes ayant en commun un sentiment d'implication personnelle face aux questions liées à la guerre au Moyen-Orient. Photographies et vidéos disent la censure et le vide, l'impuissance sans doute, dans laquelle ces artistes sont, face au conflit. L'exposition, très courte, propose une réflexion sur les méthodes de représentation du conflit: c'est à la fois le sujet et l'objet de l'exposition.

Représentatifs d'une génération de jeunes artistes capables de traduire l'oppression du conflit à l'aide d'un langage alternatif, ces cinq artistes tentent, dans l'espace qui leur est donné et avec leurs moyens, d'analyser les causes et les origines des conflits qu'ils subissent dans leurs régions.

"Toutes les généralisations et les tentatives de relier les partis opposés dans le conflit du Moyen-Orient manquant de légitimité, une appréhension subjective semble la plus à même de relever le défi de cette représentation". De cette situation découle le titre de l'exposition, celui d'un roman de l'écrivain israélien d'origine polonaise Leo Lipski, "Niespokojni" (Les Inquiets), dans lequel l'auteur décrit la situation d'artistes qui, grâce à leur hypersensibilité ont pressenti, à la veille de la seconde guerre mondiale, l'horreur imminente.

02.-Ahlam-Shibli---les-inquiets-culturecie.com.jpg Depuis longtemps, des artistes se sont essayés à représenter le conflit du Moyen-Orient. L'une des tentatives majeures fut le film de Godard, "Ici et Ailleurs", en 1974, où la division et l'interdépendance entre les participants directs et les spectateurs passifs de la guerre, assis devant leur poste de télévision, est bien mise en relief. On se rappelle aussi d'un documentaire hors du commun, "Promesses", film américano-israélo-palestinien de Justine Shapiro, B. Z. Goldberg et Carlos Bolado, dans lequel les enfants étaient rois. Montrer le quotidien, les non-dits et les sous-entendus, l'atmosphère dans laquelle les gens vivent, dans le conflit, tel est, sans doute, le but de la dernière génération.

Si vous passez devant ces photos sans rien savoir d'elles, c'est le vide qui ressort: qu'y a-t-il à montrer, s'agirait-il d'un témoignage de ce que l'on ne peut justement pas montrer ? On passe de pays en pays, on reste dans la même région, celle du désert, de la misère, de la peur, de la solitude aussi: la région est un temps, un temps de guerre. Des rues et des paysages vides: c'est la guerre, les gens, sans doute, restent terrés chez eux. Rien à voir ? Pas si sûr...

Yael Bartana expose une pièce de 2004, "Low Relief" : une quadruple projection vidéo en longueur formant un bas-relief d'images mobiles. Ces images trafiquées digitalement donnent l'impression que les personnages appartiennent à une formation militaire. Le spectateur est invité à observer cette démonstration militaire mais on ne peut dire s'il s'agit d'un discours pour la paix, pour l'environnement ou pour autre chose encore. C'est le doute, la suspiscion: qu'est-ce qui nous est montré ? Sans doute "une métaphore de la vie en Israël, où il est difficile d'éviter les références politiques et la réalité militaire".

omer-fast-The-Casting--2007---les-inquiets---centre-pompidou---culturecie.com.jpg Dans son installation "Casting" (2007), Omer Fast étudie l'impact du spectacle télévisé de la guerre. Casting fictif ou réel pour un documentaire, Fast mène des entretiens avec des soldats américains ayant participé aux opérations en Irak. Les visages de l'artiste et du participant sont en permanence à l'écran. Nous ne saurons jamais si les différents intervenants évoquent des événements réels ou si nous sommes dans le domaine de la fiction, et d'ailleurs, en temps de crise... où est la réalité ?

Rabih Mroué propose quant à lui une vidéo intitulée "Three Posters" (2003) dans laquelle il questionne la possibilité de représenter un événement aussi dramatique que le suicide d'un martyr. À partir de bandes vidéo trouvées dans les années 80 au sein des bureaux du Parti Communiste libanais, Mroué reconstitue le témoignage d'un martyr. Le visionnage de cette reconstitution entraîne de nombreuses questions à propos de la transformation graduelle de l'idéologie sous-jacente des combattants, d'abord de gauche, puis Islamistes. D'autres questions se posent, au sujet des politiques qui envoient les martyrs à la mort et enfin, à propos de l'influence de tout cela sur la vie d'un artiste et sa capacité à le représenter.

Ahlam Shibli présente une série de photographies récentes prises dans le village d'Al-Shibli. Capturant tous les détails topographiques, les vestiges historiques et les détails caractéristiques du quotidien de son village natal, Shibli tente de reconstituer l'impact de l'histoire sur notre présent. La plupart des habitants se sont enfuis durant la guerre de 1948, ils ont tout quitté pour une vie d'insécurité, incertains de leur nouveau rôle et de leur futur. Les photographies d'Ahlam Shibli n'évoquent pas tant la violence que la faiblesse et la complexité des relations humaines.

09.-Akram-Zaatari---les-inquiets---centre-pompidou---culturecie.com.jpgAkram Zaatari a conçu un film pour l'exposition. Il a filmé un long plan séquence durant lequel un vieux résistant libanais se trouve de nouveau face à son uniforme qu'il prend lentement en mains, nettoie méticuleusement et essaie. En se réappropriant son uniforme, l'homme reprend son identité de soldat. L'habit ferait-il le "moine" ? Le travail d'Akram Zaatari aborde la question fondamentale de ce qui fait l'histoire et comment les différentes vérités sont divulguées et déguisées à travers la production et la circulation d'images. Dans ce sens, Zaatari reflète les différentes représentations de la guerre, soulignant les dimensions émotionnelles et esthétiques, cherchant une place dans la société comme une personne hypersensible.

Au final le conflit et la place de l'artiste dans un tel environnement apparaissent, évidemment, étroitement liés: préoccupés personnellement par leur région, inquiets de ce que l'on dit et de ce que l'on ne dit pas, soucieux de montrer au mieux ce que les spectateurs vivent, tous ces "inquiets" se demandent comment parler de la guerre, comment restituer les vies et les âmes d'une région plongée au quotidien dans le conflit, conflit extérieur, conflit intérieur, conflit... toujours présent et qu'il s'agit de re-présenter personnellement, sous un angle volontairement sub-jectif.

10.-Akram-Zaatari---les-inquiets---centre-pompidou---culturecie.com.jpgA noter...

"Les Inquiets, cinq artistes sous la pression de la guerre"
Du 13 février au 19 mai 2008

Centre Georges Pompidou
Espace 315, niveau 1
Exposition ouverte tous les jours de 11h à 21h, sauf le mardi et le 1er mai

Tarifs: 10 à 12 euros,
Tarif réduit : 8 à 9 euros
Billet valable pour le Musée national d’art moderne et l‘ensemble des expositions
Billet imprimable à domicile sur www.centrepompidou.fr
Accès gratuit pour les moins de 18 ans et les adhérents du Centre Pompidou (porteurs du Laissez-passer annuel)
Renseignements au 01 44 78 14 63

Les expos sur CultureCie...

undefined
undefinedundefinedYash-Godebski.jpg

Partager cet article

Repost 0

commentaires