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CULTURE & CIE

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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 00:00
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Portrait d’un famille, d’un temps et d’une région en crise, le documentaire « multilingue et multi-ethnique » de Nadia Kamel, « Salade maison », fait l’éloge des richesses du multiculturalisme en même temps qu’il pose une question simple : le multiculturalisme est-il praticable au Moyen-Orient, ou les enfants aux origines multiples sont-ils condamnés à n’avoir ni nationalité ni histoire ? A travers l’histoire d’une famille invitée à revisiter son passé, Nadia Kamel pose brillamment la question de l’identité plurielle… d’un enfant, de ses peuples et de ses nations.

Le long pitch…

Première scène : le jour de l’Aid el Kebir, plus grande fête musulmane commémorant le sacrifice du bélier par Abraham, Nabil, petit garçon musulman, assiste à la grande prière à la Mosquée Moustafa Mahmoud au Caire… Lors de cette prière qui rassemble un très grand nombre de fidèles, le prêche de l’imam dépasse bien vite les frontières du religieux et prend une tonalité violente et extrémiste. Sur le chemin qui les raccompagne à la maison, la tante de Nabil, Nadia Kamel, qui avait accompagné son neveu à Mosquée, s’inquiète de la montée des extrêmes en Egypte et s’interroge sur l’avenir des jeunes générations dans un monde arabe en crise : comment son neveu va-t-il grandir dans un tel environnement ?

Nabil, 10 ans, n’a pas de nationalité. Son père est palestinien - de Gaza - et sa mère, égyptienne, ne peut pas lui transmettre sa nationalité. Nabil dispose donc de ce qu’on appelle un  « passeport de courtoisie » délivré par l’Egypte et qui lui permet de voyager « en théorie » librement… Mais ce passeport ne lui donne aucun droit lié à la nationalité égyptienne…

Dans la famille de Nabil, c’est un sacré « melting-pot ». Sa grand-mère maternelle, Naëla Kamel, née Mary Rosenthal, est d’origine juive italienne. Cette journaliste communiste et militante pour la cause palestinienne s’est convertie au christianisme puis à l’islam. Le grand-père maternel de Nabil, Sa’ad Kamel est égyptien, musulman et a des origines turques et caucasiennes. Lui aussi est journaliste et militant communiste. Quant à la tante paternelle de Nabil, palestinienne, elle a un passeport américain.

Tout ce mélange, toute cette « salade », amène le petit Nabil à se poser des questions sur son identité. C’est ce questionnement de l’enfant, dans un contexte régional tendu, qui a donné l’idée à Nadia Kamel de réaliser un documentaire sur sa propre famille, à la fois creuset et reflet d’un Moyen Orient multiculturel et multiconfessionnel : une multiplicité niée par les extrêmes.

Le désir légitime de Nabil de comprendre les différentes trajectoires des membres de sa famille, et celui tout à fait naturel de sa grand-mère Mary, de transmettre et de donner un maximum de réponses sur l’histoire familiale à son petit-fils, entraîne toute la famille à plonger dans le passé et à effectuer deux voyages hors d’Egypte : un premier en Italie et un second en Israël, où Mary a encore de la famille, qu’elle n’avait jamais revu depuis son départ.

C’est ce second voyage qui sera le plus délicat à énoncer, à organiser et à réaliser.

La première opposition à laquelle Mary sera confrontée est le jugement des autres égyptiens : si les accords de Camp David ont fait de l’Egypte le premier pays arabe à normaliser ses relations avec Israël, le peuple égyptien, lui, continuerait de boycotter l’Etat d’Israël. Le fait même de s’y rendre laisserait donc entendre que l’on cautionne l’existence même de cet Etat, et la politique de l’Etat israélien vis-à-vis des palestiniens. Tel est le point de vue défendu par la famille et les amis de Mary, mais aussi par les autorités.

La seconde réserve viendra du côté de la belle-famille de Mary, qui avait « oublié » les origines juives de celle-ci et n’en avait retenu que les origines italiennes.

Nab_Grany.jpgLa critique d’Amina Sabeur…

Filmé avec simplicité, le documentaire est troublant.

Les membres de la famille de Nadia Kamel, authentiques et attachants, parviennent à capter l’attention des spectateurs sans aucun mal. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on suit le cheminement et les hésitations de Mary, cette ancienne journaliste militante qui a passé sept ans derrière les barreaux. Devenue « mamie gâteau », elle va remuer son passé familial, « cette grande salade », pour transmettre un héritage complet, sans tabou ni mensonge, à son petit-fils.

« Salade maison » a-t-il vocation à être un documentaire politique ou engagé ? Peut-être pas, mais en entrant au cœur de l’intimité de cette famille, Nadia Kamel en arrive inévitablement à évoquer la politique. Que dire par exemple de cet égyptien de confession juive, devenu citoyen israélien, résidant à Tel Aviv, qui parle encore parfaitement l’arabe et s’enferme tous les jeudis soirs pour écouter des vieilles cassettes audio de la grande cantatrice Om Kalsoum en pleurant ?

L’histoire des membres de cette famille, qui semble si atypique aujourd’hui, était pourtant la norme autrefois. L’Egypte et les autres pays de la région, qui étaient multiconfessionnels, ont vu cette dynamique cassée par l’intrusion du politique et des radicalismes religieux. Le « vivre ensemble » et la tolérance qui prévalaient autrefois sont aujourd’hui traqués par les extrémismes de tous bords qui rêvent d’enfermer les peuples sous une chape de plomb : « Un Etat => un peuple => une religion » disent-ils.

Seulement tout n’est pas si simple… 

« Salade maison » : un pari osé et réussi.


Quelques détails…

Polémiques maison…
Sorti récemment en Egypte, le documentaire remporte un énorme succès public en même temps qu’il soulève la controverse, au point de menacer son auteur, Nadia Kemal, d’être radiée du syndicat des réalisateurs égyptiens.

Prix internationaux…
Premier prix du Festival du documentaire à San Francisco, « Salade maison » a également remporté le prix du meilleur long documentaire et le prix spécial du jury au Festival du film de Bombay.

La presse en parle...


"Il en va de ce film comme d’un rituel soufi : il procède du for intérieur. (...) Le mérite de Nadia Kamel est de s’être affranchie de cet état d’esprit totalitaire. Elle suscite des questions plutôt que d’asséner des vérités. (...) Sa force réside dans sa sincérité." Dalal Bizri, Al Hayat
(traduit dans le  Courrier international de décembre 2007).

Rien de mieux que vos yeux…



A noter…

"Salata Baladi" / "Salade maison" de Nadia Kamel
Documentaire
Egypte, 2007
105 minutes

Le blog de Nadia Kamel (anglais et arabe)
Mention spéciale pour la musique du film par Kamilya Jubran


"Salade maison" sur CultureCie...

L'interview de Nadia Kamel, réalisatrice de « Salade maison »

Retours sur la renaissance d’un mythe et de ses réalités

La bio de Nadia Kamel

Au cinéma & sur CultureCie...

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Published by Amina Sabeur - dans Cinéma
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