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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 02:09
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Patrice Palacio
expose ses peintures récentes du 15 février au 29 mars à la galerie Seine 51. Essentiellement tirées de sa série « jamais 203 », suite de la « série 102 » dont certaines toiles ont été exposées l’an dernier à la même galerie, les peintures présentées, à la puissance déroutante, forment une totalité hors du commun. Histoire de notre premier coup de cœur 2008.


L’exposition s’ouvre avec un texte qui n’a ni lieu ni temps : dialogue entre un ange et une femme, rencontre avec l’amour ou avec la mort, le spectateur est projeté dans une histoire, peut-être surnaturelle, qui semble tout droit sortie d’un film. C’est une rencontre, l’histoire d’un souvenir, d’un endroit, d’une maison. La rencontre de l’inconnu, ou l’inconnue, la mémoire qui revient. Un échange, des phrases courtes, une impression d’ailleurs : d’infini. Mais la scène écrite ne dure que quelques secondes. Interrogatives, immenses, ces phrases laissent le champ ouvert au visiteur, désormais suspendu aux lèvres d’un mur muet. Soudain, déjà, nous sommes curieux, happés. Et nous basculons dans un autre univers. Celui de la série 203 de Patrice Palacio.

palacio.jpgNous avançons dans la salle, et nous reconnaissons des phrases, des mots. Les peintures parlent de couleurs, de femmes, de matières. De proximité, de distance, de vues, d’aveuglements. D’amour, de danger aussi. Du noir et blanc, de la mélancolie. Des clins d’œil à la photographie, des clins d’œil à la vidéo, au pop art, à Lichtenstein, Warhol, et à tous ceux que l’on ne citera pas. Ce sont des scènes. Des arrêts sur image. Des séquences. De la télévision. Un film. Des rushes. Un roman photo. Et c’est de la peinture. Très contemporaine, affirmée, précise, travaillée et jetée, parfois ajoutée à du verre, à des galets, à la banalité de la rue, à la brutalité de l’accident. La vie est partout. La fin aussi.

Pas de bulles chez Palacio : les mots sont inscrits, blanc sur noir, en bas de l’écran. Sur chacun des tableaux, explique le peintre, « il y a un cartouche noir et une écriture blanche standardisée faite à la main (le blanc est celui de la toile vierge).» Sous-titres ? Les mots sont là et parfois on se demande s’ils ne pourraient pas être ailleurs, s’il ne s’agit pas de ce « jeu », un jeu de sens, un jeu de non sens : pourquoi donc aurions-nous besoin d’un texte, d’un support d’interprétation ? Interchangeons les mots et les peintures : ça fonctionne, parfois. C’est du Lelouch. Des histoires anachroniques sur un trait contemporain, des scènes décousues, et tout fait sens, c’est atemporel, fou, évident. Etrange. Les images n’illustrent pas de textes, les mots n’accompagnent pas l’image, le texte n’est qu’ironie, le tout est peinture, il n’y a pas de séparation, qu’un trait et nos perceptions. Le tout est là, ensemble, dialoguant… « Hasards ou coïncidences » ?

untitled-e.jpgLe peintre avoue que les textes n’accompagnent pas les images. Et les textes… c’est une mise en scène de plus, une référence de plus, un clin d’œil encore, à un autre support : le roman photo. Un prétexte inutile pour que les images se parlent explicitement. « Il s’agit d’une série qui s’appuie sur l’histoire de l’art, chaque tableau est une référence mais traité à la manière d’un roman photo. Les 203 tableaux réunis forment un dialogue qui ne traitera pas de l’art mais plutôt de la notion d’espace et de temps. » On aurait aimé voir la totalité de la série, les 203 tableaux. Mais l’exposition la coupe, « short cuts » obligent, et c’est évidemment sans importance pour le sens. Car nous sommes hors temps, devant ces peintures pétries de références picturales, argentiques, numériques, cinématographiques, ces peintures qui se rient de l’imitation par leur force créatrice, ces peintures qui sont simplement don et talent mais qui s’amusent… avec la culture.

Chez Palacio la référence est accessoire : son univers existe, il s’impose avec ses formats, ses couleurs, sa mélancolie vivante et ses images à lui. La peinture de Palacio échappe à la facilité de la redite, à la banalité du clin d’un d’œil, à la reprise du passé. Il n’imite pas ; il fait. Si son domaine était la philosophie, il serait le philosophe, contre l’historien du concept, contre le commentaire, contre l’académicien mais… maîtrisant et jouant avec l’histoire. L’histoire tout court, et son histoire. « Tous les visuels sont réalisés par l’artiste, qui met en situation des personnes de son entourage. De fait, ce travail est relativement autobiographique, avec un coté décalé voire ironique ou absurde, sur l’omniprésence de la référence dans la création contemporaine. » L’ironie passe car son univers artistique est manifeste. Le tout est une écorchure gaie qui s’accroche à la vie.

a-looking-glass.jpgLe travail de Palacio est riche. Visuellement d’abord : les toiles sont brutes et malgré l’ironie latente la peinture touche. Enrichie par une mise en scène textuelle aussi inutile que poétique, le bout de série 203 qui nous est donné de voir réussit la prouesse de multiplier les références prises à l’extérieur de l’œuvre et de proposer une création qui se suffit à elle-même, et dont l’originalité réside dans une esthétique très personnelle. Ses peintures parlent d’autres arts, d’autres artistes. Ses peintures se parlent entre elles. Ses peintures parlent de lui. Des textes dialoguent avec les images et les 203 tableaux forment une même œuvre. En effet, « il s’agit autant d’une oeuvre picturale, que d’une installation, une vidéo ou une oeuvre littéraire. » Nous avons rarement eu l’occasion de découvrir une telle puissance esthétique en même temps qu’un tel humour intellectuel.

Clins d’oeil aux différents supports de l’image et du texte, et références artistiques finissent par… « questionner la question » comme disait Leibniz : que voit-on, dans l’image ? A quel point notre perception est-elle conditionnée par son support, par ses références, par son histoire, par… l’inconscient aveuglant ? Tout en questionnant la « mimèsis », l’art ancestral et éternel de l’imitation, Palacio bouleverse les codes, pour donner ou redonner à la peinture une place centrale dans la création contemporaine. Si sa série est une invitation à questionner la place de la création dans l’histoire, elle montre, de l’intérieur, que création et interprétation peuvent coexister ailleurs, sans temps, sans espace : devant le tableau.

« Le déroulement de ce travail interroge la relation entre vie quotidienne de l’artiste en tant qu’individu et l’influence de l’art sur cette existence, selon Palacio. L’art vient il de l’artiste ou de l’individu ? Et finalement qui subit l’autre ? » Nous laisserons Paul Ricoeur proposer une alternative : « nos images sont parlées avant d’être vues », disait-il dans un livre intitulé « Du texte… à l’action ». Oubliez notre texte et les reproductions abîmées par le numérique, et allez voir ces peintures : l’émotion et la grandeur ne s’enferment pas dans la grammaire alors… les peintures vous parleront mieux que nous. Lire l'interview

photo_galerie6_135p.jpgA noter absolument…

Patrice Palacio

« Short Cuts », peintures récentes
Du 15 février au 29 mars 2008

Galerie Seine 51
51 rue de Seine
75006 Paris

01 43 26 91 50
www.seine51.com
www.patricepalacio.com


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La bio de Patrice Palacio

L'interview de Patrice Palacio

Patrice Palacio au Lille Art Fair 2008

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