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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 00:39
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Photographe originaire de Sarajevo, Milomir Kovačević propose un travail simple et poignant sur l’exil : «Sarajevo dans le cœur de Paris» réunit les clichés d’une centaine d’objets choisis et favoris de ses compatriotes exilés. Organisée par l'association «Pour que l'esprit vive», l’exposition a lieu du 19 février au 26 avril à la galerie Fait et cause, à Paris. Plus que l’approche esthétique, c’est le chemin intime et universel du voyage qui a retenu notre attention.

Milomir Kovačević a voulu montrer l’intimité d’un voyage étrange et incertain : l’exil, dont parlent si bien Hugo ou Lévinas, est à la fois une trouvaille et une vie en suspens. Dans ce mélange de peur et d’espoir, qu’est-ce qu’on emporte, dans la précipitation ? Des choses que l’on ne veut pas laisser derrière soi, ces objets familiers avec lesquels on veut continuer à vivre, qu’ils soient utiles ou non. Ce qu’on emporte d’inutile, ce qu’on aime par-dessus tout, ce avec quoi on a voulu partir, c’est cela que le photographe a voulu montrer. Ce qu’on a pris de la vie du présent et du passé… sans savoir si l’on reviendrait un jour : la « chose » à laquelle ces exilés tiennent le plus. Il a donc immortalisé, chez une centaine de ses compatriotes, l’objet qu’ils ont pu prendre en partant.

L’histoire des « Sarajeviens » qui vivent à Paris, notamment depuis la guerre, est l’histoire de tous les exilés : une seconde vie faites de nouveaux bonheurs et d’autres malheurs, la galère, le passé aboli, la nostalgie et l’espoir… Ils ne sont plus là-bas, ils ne sont pas d’ici, ils vivent entre deux langues et avec deux pays mais toujours avec ces choses qui ne devaient pas rester souvenirs.

Objets rares ou courants, précieux ou sans valeur, hors d’usage ou impeccables, ces choses qui sont « à eux » sont comme les « traces » de l’humanité entière.
«Sous les photos, chacun a écrit en quelques lignes ce qu’est – pour lui - cet objet. Et tout à coup, confie le directeur Photo de l’association Michel Christolhomme, dans notre monde du prêt-à-jeter, de super et d’hypermarchés, de vente par correspondance et de vente sur Internet, de promotions et de soldes, de brocantes et de vides greniers, voici les objets investis d’une valeur sacrée.» C'est vrai, ces objets nous renvoient à ce qu'il y a de plus archaïque dans nos rapports aux «choses» et ils nous renvoient, aussi, aux ambivalences évidentes du matérialisme.

Il y a bien un point où, ni nomades ni consommateurs, nous sommes tout simplement attachés, enracinés, liés: à des objets, des lieux, des temps.
Un enracinement... dont la dimension sacrée sait aller parfois jusqu'au mysticime, si l'on se rappelle de Simone Weil. Chaussures d’enfants, photos de mariage témoin de l'instant ou valise offerte dans l'enfance... ces objets fétiches, sortes de «doudous» d'adultes ou plus simplement d'humains, nous rappellent fatalement cet attachement que l’on a pour un « chez soi », qu’il soit une maison, une ville ou un pays. Paradoxalement ces objets sont sans lieu, sans temps: universellement intimes, ils sont simplement là pour toujours.

Sans doute pour marquer l'universalité du thème de l'exil, les photos sont prises sur fond neutre, bien cadrées, mais les choses sont simplement photographiées: la place est donnée à l'objet, le photographe s'efface pour laisser parler «le reste»: l'essentiel. «Une valise (cabossée), une pince à sucre (en argent), une écharpe (pliée), des dentelles (impeccables), une paire de chaussures d’enfant (éculées), une poupée (abîmée), des photos de famille, de tableaux etc. Comme un catalogue de l’hétéroclite.» C'est du photo-journalisme? De la photo de témoignage, oui: un témoignage éternel, de la photo tout court. Ces clichés sans importance, d’une simplicité désarmante, forment un miroir poignant de l’enracinement, inhérent à l’humanité entière, celle d’hier et d’aujourd’hui, celle d’ici… et d’ailleurs.

A noter...

« Sarajevo dans le cœur de Paris »
Photographies de Milomir Kovačević
Expo organisée par l’association « Pour Que l’Esprit Vive »

Du mardi 19 février au samedi 26 avril 2008
Cette exposition en deux temps (deux séries de 60 photos chacune) fera l’objet de deux vernissages : le 4 mars et le 8 avril 2008 de 18h30 à 21h

Galerie Fait & cause
58 rue Quincampoix 75004 Paris
Galerie ouverte du mardi au samedi de 13h30 à 18h30
01 42 74 26 36
www.sophot.com

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Published by Axelle Emden - dans Photographie
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