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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 02:47
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"Une saison en enfer" et "Illuminations" sont présentés en alternance à la Maison de la poésie dans le cadre de la programmation « Un hiver amoureux ». Ces "relecture hallucinées et inspirées" des deux chefs-d’œuvre de Rimbaud sont jouées et mises en scène par
Nâzim Boudjenah. Le comédien et metteur en scène revient pour nous sur sa conception des "Illuminations".


Avant ou après "Une saison en enfer" ? Où, comment, pourquoi, ont-elles été écrites ? Dans quel ordre les lire ? Autant de questions que je ne me suis pas posé en voulant en proposer ma lecture.

Enfin non, je mens encore mais c’est si difficile de dire la vérité, je teste un ordre nouveau.
Il raconterait le cheminement poétique de « l’âme et du corps » de Rimbaud, de sa bien connue adolescence jusqu’à son agonie à Marseille. On sait que ce garçon non content d’être poète, était aussi prophète ou voyant, enfin qu’il avait comme des vues d’avenir, et du sien en particulier, il fit le récit souvent dans les quelques paragraphes et poèmes qu’il nous laissa écrits de sa main entre seize et vingt ans.

En partant du principe que "Les Illuminations" sont autant de pièces d’un puzzle à reconstituer pour que, celui-ci accompli, apparaisse une sorte de récit global du voyage intérieur, j’ai construit un spectacle qui permet de les dire en dépassant la forme habituelle du récital ou de la lecture et cela dans leur intégralité et peut-être en évitant de faire dire au poète ce qu’il n’aurait pas voulu dire ; quoique sur ce point, l’auteur ayant voulu tout dire, et dans tous les sens, je ne m’avance pas beaucoup…Voilà pour le défi.

Les grandes étapes de l’aventure, les voici :
- la lassitude devant la comédie humaine
- le départ
- les adieux
- la marche
- la chute
- l’abandon du désespoir
- l’arrivée en terre promise
- la découverte des « splendides villes » annoncées à la fin de la Saison en enfer.
- la rencontre dans ces villes du Génie, qui n’est autre que lui-même.
- la mort.

Visuellement, la plus grande simplicité voisine avec la complexité moderne de tous effets de lumières ou de sons possibles et « réalisables », le but avoué, comme disait Racine, étant de plaire et de toucher. De se souvenir, aussi. On croisera sur le plateau un train, un touriste, des clowns, des conteurs, des acteurs antiques, Œdipe se crevant les globes oculaires, un bateau, un salon, un philosophe taupe, une bibliothèque, une belle brochette d’illuminés, évidemment, des prostituées et des princesses, le ciel le jour et la nuit, des théâtres, ta mère, un cimetière, du feu, du sang, des pauvres, des fantômes ! une prison, un bordel, musique et sagesse, un hôpital, Madame la mort, l’Europe, des saints, l’orient, le cirque, quoi. Vous n’avez pas oublié que Rimbaud a travaillé dans un cirque ? Si, en Suède !… il n’a quand même pas fait que vendre des armes au père d’Hailé Selassié (*) !

Ce que l’on peut retenir de sa vie, à part les faits, c’est d’abord la fulgurance, sa rapidité de déplacement et sa capacité d’adaptation à de nouvelles fonctions, de nouveaux métiers, de nouveaux caractères. Le fil conducteur : la quête ! Chercher avec passion et acharnement et l’indice. Une fois découvert, chercher encore pour fuir l’ennui provoqué par le succès de l’invention. A la fin sur son lit de mort, il aura cette parole tragique : « tout est là et moi… je ne puis rien trouver ».

Mais que cherchait-il me direz-vous ? Une chose, un être, une énergie, tout ? Là, pardon, il m’est impossible d’apporter plus de précisions, je sens que je nous engagerais à nouveau dans une recherche qui pourrait vite nous faire ruer dans la folie ! Le plus simple est d’assister, avec un sens aigu des responsabilités qui caractérise les amateurs de littérature et de théâtre que nous sommes, à l’une des représentations des Illuminations, pour que l’indicible innocemment se glisse entre celui qui parle et celui qui écoute cette langue qu’un jeune, très jeune homme, inventa en son temps et qu’il nomma « de l’âme pour l’âme ».


La poésie a moins à voir avec la littérature qu’avec la vie, moins à voir avec les livres qu’avec le théâtre, elle a autant à voir avec le travail qu’avec l’amour.


Je ne sais pas ce qui m’a le plus fasciné chez Rimbaud, son style ou son message, sa faculté à saisir le présent ou celle de prophétiser l’avenir ; mais il semble que nous ayons quelque chose à faire dans ce monde, et beaucoup se désespèrent souvent de savoir quoi. Il voulait le savoir. Il a su le voir. Et son histoire il l’a vécue à fond peut-être pour être sur qu’à vingt ans il ne s’était pas trompé ; mais je comprends qu’on puisse s’arrêter de travailler quand le labeur est terminé ; depuis longtemps j’entends cette phrase d’un vieux sage indien quand je pense à Rimbaud, à sa vie et à son œuvre, et si la vie existe après la mort, je me dis qu’il doit être bien agréable dans les nuées de d’endormir en se répétant : j’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai donné ce que j’avais à donner, j’ai reçu ce que j’avais à recevoir…


* insolite: Rimbaud, donc vendeur d’armes, aura fait commerce avec le Ras Makonnen en 1886, père du futur empereur et Négus d’Éthiopie Hailé Sellassié, dit Ras Tafari, né en 1892, et considéré par le mouvement rasta comme le Messie, le dirigeant légal de la terre en tant que descendant direct du roi Salomon.


A noter...

Du 10 janvier au 2 mars 2008

undefinedMaison de la Poésie Paris – Petite Salle
Passage Molière
157, rue Saint-Martin 75003  Paris
Métro Rambuteau – Les Halles

De 8 à 16 euros
Renseignements et location : 01 44 54 53 00
www.maisondelapoesieparis.com

"Une saison en enfer" et "Illuminations" ont paru ont éditions Gallimard, Paris, 1999, collection « Folio classique »

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Published by AE - dans Interviews
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