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CULTURE & CIE

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CULTURE CIE & VOUS

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1 janvier 2008 2 01 /01 /janvier /2008 02:30
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"Une saison en enfer" et "Illuminations" sont présentés en alternance à la Maison de la poésie dans le cadre de la programmation « Un hiver amoureux ». Ces "relecture hallucinées et inspirées" des deux chefs-d’œuvre de Rimbaud sont jouées et mises en scène par Nâzim Boudjenah. Il revient sur le texte, sa contemporanéité et sur les choix de sa mise en scène.

Récit d’une grande entreprise intérieure visant à la libération « littéralement et dans tous les sens », Une saison en enfer est une bouée visionnaire lancée à notre monde contemporain abandonné (ou dominé) par la certitude.

Aujourd’hui nous constatons que rien de ce en quoi les hommes ont cru n’a réussi à triompher de la souffrance. Ni la science, ni l’instruction, ni le progrès, ni la démocratie, ni le socialisme, ni la religion ne nous ont donné l’harmonie et le bonheur. Dès avant notre effrayant vingtième siècle, Rimbaud plaidait pour « le travail nouveau, la sagesse nouvelle », et par le génie littéraire, la force poétique débordante, à l’image des grands sages qui ont jalonné l’histoire de l’humanité, il trouvait moyen désespérément de nous avertir ("Une saison en enfer" est le seul texte qu’il ait voulu publier de son vivant) du résultat de son entreprise humaine : il est possible de s’éveiller, de se libérer, d’atteindre la perfection.

J’ai rencontré ce texte au printemps 1999. J’en ai d’abord présenté une première mise en forme dans la classe de Catherine Hiegel, en dernière année de conservatoire. Puis l’œuvre se déposa en moi et y eut comme une vie propre, influençant ou se nourrissant d’une pièce ou d’un film dans lequel j’étais engagé ou d’un voyage, ou d’une étape de vie : il m’est arrivé de dire le poème dans le désert du Sahara, il m’est arrivé d’en repérer la présence et l’influence poétique au sein de cette immense œuvre qu’est "Le Soulier de Satin"…

Ma mise en scène est donc en effet le fruit d’un dialogue inconscient entre ma « voie » et l’œuvre de Rimbaud et à la fois d’une mure réflexion sur la manière la plus « classique » de représenter le « Livre païen » dans son intégralité.

Si le verbe d’Arthur Rimbaud rivalise avec celui des évangiles, c’est une provocation vertigineusement blasphématoire, mais c’est aussi vraie communion avec le Père qui nous veut « froids ou bouillants », et le sacrifice suprême n’est-il pas le sacrifice de sa propre possibilité d’être saint ?

Il faudrait donc tenter de dire, religieusement toutefois, ou bien c’est peine perdu, MERDE A DIEU, (merde qui, au théâtre signifie « va, je suis avec toi !).
Dire merde à dieu, comme le jeune Arthur Rimbaud le gravait au couteau sur les bancs de Charleville, c’est dire adieu au « vieil homme » en soi, au sort qui lui était imparti, et bonjour à l’inconnu, c’est fondamentalement se libérer de toute entrave sociale, confessionnelle et psychique et s’ouvrir au réel dans sa vérité la plus nette.
Pour Rimbaud, l’éternité, c’est dans la vie, ici et maintenant.

Parce que je crois fermement qu’Arthur Rimbaud écrit d’un lieu psychique peu fréquenté qui se situe au delà de notre existence terrestre.
Après
Autour
Ailleurs
Donc

Il s’agissait de trouver le lieu juste où la parole d’"Une saison en enfer" puisse être dite et entendue, et ce lieu c’est la Croix, l’endroit du mystère, c’est aussi l’Eglise et l’église est aussi un théâtre, au sens terrestre et au sens céleste ; un lieu matériel et un lieu psychique approprié, qui appartient à l’homme autant qu’à Dieu. S’y déroule ce qui, d’abord à l’air d’une simple messe, mais qui se révèle être un dialogue avec la spiritualité chrétienne, on assiste, acteur et spectateurs, par le verbe et le rite à une véritable confrontation avec le divin et c’est cette confrontation, cette « divagation spirituelle » à travers laquelle nous communions.

Tout est disposé, l’autel avec le pain et le vin, la Croix est érigée sur la scène. L’autel sera aussi la table de maquillage de l’acteur. Mais c’est un Rimbaud qui officie, « damné par l’arc-en-ciel ».  S’il s’effondre de chagrin à genoux devant la Croix, c’est pour, plus tard s’en servir comme d’un portique de gymnaste ou pour s’y percher comme le corbeau. Notre Rimbaud est perçu comme Rimbaud écrivant Une saison en enfer, mais aussi Rimbaud au Harar, Rimbaud-mort (réellement d’outre-tombe), Rimbaud-piéton et Rimbaud-boiteux, Rimbaud-buveur, Rimbaud-prophète, Rimbaud-homme et Rimbaud-femme… L’acteur sera ici tout autant le prêtre le damné, le condamné, un fou, un savant, « un musicien même », un ange, une pauvre fille, un blanc, un nègre, bon, il sera, essaiera d’être TOUT, mais c’est cela un prêtre, un « pr(o)-être », un être qui garde la parole de Dieu, devrait tout faire pour essayer de la comprendre lui-même, non ?

S’élever et s’abaisser pour trouver l’équilibre, comme Jésus, avec les prêtres et les prostituées, pour essayer de TOUT connaître, quitte à s’apercevoir que c’est impossible et n’aspirer qu’à redevenir européen, une jambe en moins, au soleil couchant.  Il y a cet acteur, ce prêtre, il y a surtout cette expérience humaine qui est une mutation de l’ordre de la purification intérieure, à réaliser, à re-réaliser en la racontant. Cela a autant à voir avec la transe soufie qu’avec le théâtre de vaudeville (drôle de ménage !), ça hurle, ça pleure et ça susurre, ça s’apaise et ça bondit de bonheur, il n’y a pas d’effet, l’éclairage simple et constant de l’événement permet de faire ressortir l’extrême humanité qui se révèle souvent il est vrai dans la précarité.

Trois grands temps délimitent les étapes d’un processus humain légèrement alchimique :
- Le temps du « nègre » qui est aussi le damné (masque noir)
- Le temps de la vierge (masque blanc)
- Le temps du sacrifice (masque rouge)

Ce prêtre donc, essaiera par le théâtre, par ces peintures de peau-rouge criard, par l’incarnation de tous les personnages intérieurs du poète, de ressusciter devant « les villes », ce vieux « travail humain », cette vieille méthode de transformation de l’être, cette expérience désuète qui ne se révèle plus à nous que sous des formes perverties : faire un régime amaigrissant, arrêter de fumer ou de boire pendant trois mois, où pire encore, devenir religieux…

A noter...

Du 10 janvier au 2 mars 2008

undefinedMaison de la Poésie Paris – Petite Salle
Passage Molière
157, rue Saint-Martin 75003  Paris
Métro Rambuteau – Les Halles

De 8 à 16 euros
Renseignements et location : 01 44 54 53 00
www.maisondelapoesieparis.com

Voir aussi sur CultureCie...


Copie-de-BleuDuCiel-LePlusClairweb.jpgLa critique du spectacle

La note d'intention de Nâzim Boudjenah sur "Illuminations"

La bio de
Nâzim Boudjenah

La bio de Rimbaud

La programmation "Un hiver amoureux" à la Maison de la poésie


Et aussi...

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Published by AE - dans Interviews
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