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CULTURE & CIE

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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 01:10

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L'hiver est amoureux en 2008: c'est le choix de la Maison de la poésie, qui présente six spectacles sur le thème, du 9 janvier au 13 avril 2008. De l'érotisme, du sensuel, de la provocation classique et moderne. Pratiquer l’héritage entre Sade, Georges Bataille, Bernard Noël et Sophie Loizeau, tel est le choix, fort original, de Claude Guerre, directeur de la Maison. Il nous explique son approche.

J’ai souhaité placer la saison nouvelle de la Maison de la Poésie sous le signe de l’héritage. Le nouveau siècle doit faire le tri du vieux vingtième siècle. Comme dans toutes les passations, on garde et l’on jette. La mémoire travaille, s’avive, fait son deuil, historicise. Toute vie doit s’écrire pour laisser une trace. Il n’y a pas de peuple et pas de civilisation sans mémoire. Et la nôtre a furieusement tendance à oublier, tant de raisons d’oublier, tant de crimes à faire disparaître ! René Char disait que le vingtième siècle était le siècle des utopies sanglantes. L’héritage, la mémoire, l’histoire sont les trois armes de la pensée collective. La poésie ne refuse pas sa responsabilité. Nous faisons dans notre programme œuvre de mémoire. Les générations à peine nées, celles qui viennent à la conscience, ont droit et devoir de mémoire. Un directeur d’école nationale d’acteur dit que l’horizon historique des élèves nouveaux venus ne dépasse pas 1981, et il s’emploie en premier lieu à enseigner l’histoire contemporaine, connaissance sans laquelle il n’y a pas d’art dramatique qui soit.

J’ai souhaité dans notre programme de cette saison aborder cette question plusieurs fois. L’énorme production que nous avons mise sur pied avec l’œuvre entière du grand poète palestinien Mahmoud Darwich, le spectacle "Le Cul de Judas" sur les textes de Lobo Antunes, les pièces de Jean Genet, de Jean-Charles Massera, de Christophe Tarkos, de Guy Debord, tous nos spectacles sont liés par cette préoccupation.

Ainsi en est-il naturellement de ce travail que j’ai composé autour
de Sade, Georges Bataille et Bernard Noël et Sophie Loizeau. Tous quatre ont écrit dans la veine qu’on dit « érotique ». Tous quatre sont reliés par la pensée de l’érotisme. Et l’ensemble de cet enchaînement lutte contre la pornographie marchandisée qui sévit aujourd’hui dans la soi-disant liberté de notre époque, écritures livresques et imagées qui ne pensent plus l’acte d’amour mais consomment l’amour comme un produit de spectacle, aliénant ses spectateurs à la fonction passive hallucinée.

Tout au contraire, Sade invente et construit la grammaire et le répertoire amoureux, collectionnant et imaginant jusqu’à l’ivresse intellectuelle la machinerie des plaisirs, et jette vers les générations futures la liberté de son verbe et de sa joie, portant jusqu’à l’absurde la relation entre l’imaginaire et son langage et l’acte de chair. L’héritage sadien attendra un siècle et trouvera en Georges Bataille un lecteur inspiré (et Bataille le sera de Blake également, de Proust, de Kafka, etc.). Voilà notre premier héritage. La philosophie poétique de
Georges Bataille, car c’est ainsi qu’il faut tenter de saisir l’œuvre de l’écrivain bibliothécaire, traitera elle aussi de la naissance et de la limite tout aussi introuvable de l’amour. Car toute l’œuvre s’articule autour de « l’impossible », sorte de scepticisme agissant et jubilatoire, le lieu précisément où se rend Sade en permanence dans son acte d’écrire, ce qui, justement, le rend indispensable, génération après génération.

Bernard Noël ne cache pas l’importance de son héritage envers Bataille. Il a écrit sur lui. Il a commenté, image par image, les agissements des personnages de "L’Histoire de l’œil" et du "Bleu du ciel" dans "L’Enfer", dit-on. Il a produit son chef-d’œuvre ou sa pièce scandaleuse incunable dans la provocation sadienne et dans la veine de Bataille qui a nom "Le Château de Cène". Il s’est continûment mesuré aux poèmes de L’Archangélique. Rien n’est aussi beau que la tendresse de Bernard Noël pour la haine de la poésie chez Bataille, acte qui fonde l’impossible achèvement et la continuelle vivacité de l’écriture refusant toutes les réifications.

Bernard Noël a écrit la quatrième de couverture de "Environs du bouc" de Sophie Loizeau, jeune poète de ces dernières années encore au tout début de son œuvre, et déjà affairée à sortir l’érotisme de ses ornières pornographes telles qu’on en cause à la télévision. Celle-ci fonde en ce moment une œuvre joyeuse ou l’amour féminin trace le trait qui de Louise Labbé conduit à Catherine Pozzi. Voilà que l’écriture ose tout et ne se permet rien à notre place. Voici que se pense un théâtre collectif où l’amour est une pièce du puzzle humain. Trois livres érotiques, pas une bavure pornographe.

Nous avons lié ces auteurs ensemble dans l’événement d’un trimestre que nous avons appelé « un hiver amoureux ». Nous avons voulu que l’enchaînement entre les œuvres se voit et se parle. Nous avons voulu que les spectacles s’interpénètrent et, de fait, ils vont se suivre dans une même journée, permettant au spectateur désireux de passer de l’un à l’autre. Ainsi, nous avons désiré activer un peu plus la pensée érotique comme un acte créateur, libératoire, gai comme Nietzsche disait que le savoir est.

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Published by AE - dans Théâtre
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